16.01.19

Permalien 17:56:43, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, ANQUETILLEMENT  

EVENEMENT: Philosophie morale, Vladimir Jankélévitch.(Mille & Une Pages/ Flammarion)

Jankélévitch n’a jamais fait le trottoir pour alpaguer le lecteur comme tant d’imposteurs parmi ce que l’on ose appeler ses confrères. Lire Jankélévitch c’est passer de bons moments avec un ami qui nous veut du bien.

Quatre livres permettent de retrouver Vladimir Jankélévitch (1903-1985) qui est de la famille d’esprit de Voltaire, d’Emmanuel Berl et bien sûr de Montaigne, sans remonter à Socrate. On a rendez-vous avec l’intelligence quand on lit Jankélévitch, l’intelligence du cœur aussi et surtout, celle qui empêche de se perdre dans de nébuleuses pensées que plus personne ne comprend, à commencer par celui qui les diffuse. On doit donc lire le somptueux volume Philosophie morale qui comprend La Mauvaise Conscience (1933)et Le Pardon (1963) que l’on retrouve aussi en format de poche. 1175 pages aériennes et non pas indigestes. Voilà de quoi voyager dans tout ce qui fait ce que nous sommes sans savoir mettre des mots. Jankélévitch nous donne les siens pour y voir clair. Fulgurant ! Autre événement: Debussy et le mystère de l’instant nous permet de (re)découvrir le versant musical de la vie et de l’œuvre du virtuose. Philosophe et musicologue, Jankélévitch - pianiste à ses heures- a toujours conservé la fraîcheur de l’enfance. Nous sommes en face d’un poète sans poèmes.
Si audible, si perceptible, Vladimir Jankélévitch (1903-1985), brillant orateur, était un champion de la modestie, un maître en humilité. «Modeste ? Disons plutôt que je suis prudent et lucide ». Décidément, les plus grands résistants n’aiment pas parler de ce qu’ils ont fait pendant la guerre. Mobilisé le 1er septembre 1939, le lieutenant d’infanterie, blessé à Nantes, le 20 juin 1940, se prépare à entrer dans la clandestinité car il ne reconnaît plus la France qui l’a vu naître le 31 août 1903 à Bourges. Après la fin de la IIIe République, le brillantissime professeur de philosophie, reçu premier à l’agrégation, à 23 ans, ami avec Henri Bergson depuis 1923, apprend qu’il est révoqué, le 18 juillet 1940.
L’administration française nazifiée lui reproche d’abord de n’être pas un vrai français puisque ses parents médecins sont juifs russes – son père est le premier traducteur de Freud en France- et sa révocation de l’enseignement devient officielle après la promulgation du «statut des juifs ». Totalement déchu de son identité, il s’engage fin 1940 dans un réseau de résistants. Pendant l’Occupation, de cachette en cachette, il s’active le mieux possible pour combattre l’ennemi, passe son temps à éviter les Allemands et les collaborateurs au service de la Milice.
La paix revenue, Vladimir Jankélévitch est nommé professeur à Lille. Dans «Les Temps Modernes», il publie, en 1948, un texte très violent sur la France sous le joug de Pétain à la mode hitlérienne : «La haute bourgeoisie parisienne est la plus intelligente, la plus méchante, la plus agressive et la plus corrompue de l’Europe». Quand il intègre la Sorbonne, en 1952, il ne se doute pas qu’il enseignera à Paris jusqu’en 1979 avec une parenthèse en Belgique. En mai 1968, au cœur de la révolte estudiantine, il déclare : «Les étudiants sont mes amis. Je vois des jeunes remarquables. Je reçois plus que je ne donne».
La simplicité est ancré dans le caractère du professeur : «Je n’ai pas la vocation. C’est une idée romantique. On a pudeur en à parler. J’aurais aimé être pianiste. Ce que l’on fait, il faut le faire le mieux possible. L’illusion selon laquelle on aurait pu faire mieux est un mirage. Je me méfie de ceux qui prétendent avoir la vocation vu qu’elle n’est que le fruit de circonstances». Toute sa vie, il a enseigné le mieux possible, jamais distrait par la mode.
Pourquoi a-t-il choisi d’être professeur de philosophie ? «Mon père m’a poussé dans la voie qu’il aurait voulu prendre. J’enseigne pour vivre ». Au niveau des droits d’auteur, il n’a pas «de quoi pouvoir acheter une paire de chaussures à sa fille». Ce qu’il aimait le plus c’était de parler seul à ses étudiants car dès qu’il fallait discuter à plusieurs son esprit se dispersait tant il se mettait à l’écoute d’autrui. Il ne soliloquait absolument pas : il était certain d’avoir «quelque chose à dire» pour le bien de tous sans forfanterie. « Je n’ai aucun message à délivrer. Je sais décoder ceux des autres : les imitateurs sont à fuir. Ce qui compte c’est la spontanéité, la sincérité. La fausse profondeur se reconnaît tout de suite ». Pour Vladimir Jankélévitch, la seule façon d’être philosophe c’est de l’enseigner. «La philosophie, il faut en faire et non pas en parler. Ne jamais pérorer». Pour lui, la philosophie ne servait à rien du tout, par rapport à une fourchette qui sert à manger. La philosophie doit se vivre et surtout ne pas être défendue : «Les sourds, on les laisse !»
A la mort de Martin Heidegger, en 1976, le résistant Jankélévitch ne participe pas au concert de louanges qui accompagne les obsèques de l’ancien membre du parti nazi : «Tout penseur doit savoir ce qu’il fait (…) Monsieur fait de la philosophie tranquillement dans son village et meurt dans son lit à quatre-vingt-six ans alors que les victimes de l’Holocauste sont en cendres depuis longtemps ». Si la philosophie doit nous conduire à devenir hitlérien sous prétexte qu’il faut faire manger sa famille, non merci. Jankélévitch a la dent dure avec les imposteurs. Outre ses qualités d’enseignant et d’écrivain, le remarquable pamphlétaire a cloué au pilori Heidegger que René Char avait accueilli chez lui, comme si de rien n’était.
Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages sur la philosophie et la musique- il était aussi pianiste- le titre de son œuvre référence «Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien » (1957) reste sa définition de la philosophie. Jankélévitch est l’homme des «frontières, des limites, des acrobaties». Il part de l’abstrait pour parvenir au concret. Et surtout pas le contraire, loin des intellectuels vaseux qu’il exécrait. Le philosophe était un humaniste de la dimension de Gaston Bachelard. Il n’aimait pas se voir à la télévision : «J’ai une voix prétentieuse d’écrivain de la NRF ! Une voix d’intellectuel de gauche !»

-Philosophie morale, Vladimir Jankélévitch. Edition établie par Françoise Schwab. Mille & Une Pages/ Flammarion, 1175 p., 32 €.
-La Mauvaise Conscience, Vladimir Jankélévitch. Préface de Pierre-Alban Guinfolleau. Champs Essais, 290 p., 11 €.
- Le Pardon, Vladimir Jankélévitch. Préface de Laure Barillas. Champs Essais, 283 p., 11 €.
- Debussy et le mystère de l’instant. Vladimir Jankélévitch. Plon, 314 p.,21 €

Permalien 00:26:23, Catégories: LITS ET RATURES  

Dictionnaire amoureux de l’Esprit français, Metin Arditi. (Plon/Grasset)

Sacha Guitry ou l’esprit français dans sa plus belle expression. On le croit kitsch, mais il est toujours plus moderne qu’un rappeur du dernier cri.

Un Suisse pour parler de l’Esprit français ? Pourquoi pas. L’auteur, Metin Arditi, a l’humilité de reconnaitre que vingt mille autres que lui auraient pu écrire ce livre. Oui, vingt mille. Il n’y va pas avec le dos de la cuiller. Dès l’ouverture, il nous dit que pour fêter le dixième anniversaire de ses petits-enfants, il leur fait découvrir Paris.
Metin Arditi aime le français parce qu’il permet le mot juste, le bon mot qui fait “mouche". L’esprit français se pratique comme l’escrime. Cependant pourquoi diable (!) fait-il cet éloge sous la bannière de l’Académie française. Pour un Angelo Rinaldi combien de plumitifs casse-bonbons.
Ce dictionnaire n’est pas qu’une suite d’impressions sur X ou Y, il a nous apprend aussi des faits ignorés. Qui sait qu’en Allemagne, les lycées techniques n’existent pas ? Metin Arditi en profite pour égratigner l’élite française qui méprise le travail manuel, à en dégoûter les jeunes. Au point que le taux de chômage des 16-25 ans est très élevé dans l’Hexagone. Un politicien s’est même permis de dire à un journaliste qu’il était du «niveau d’un CAP d’ajusteur-monteur».
Quand on avance dans la lecture, on tombe sur les stars du Panthéon de Metin Arditi: Apollinaire, Charles Boyer (l’acteur oublié), Brassens, Jacques Canetti (le grand découvreur de la chanson française), son compatriote Blaise Cendrars (le plus Français des Suisses)… Concernant Céline, Metin Arditi penche pour le constat sans appel d’une «incapacité d’aimer». Rien n’est moins sûr car il aimait sa femme, Michel Simon et Arletty. Disons qu’il avait ses «têtes de turc». Il était antisémite comme on fait de l’albumine. Au rayon collabo, l’essayiste ne ferme pas la porte à Drieu dont il apprécié la veine romanesque.
Quand il évoque Jean Cocteau, on tombe sur cette appréciation : «sorte de Jean d’Ormesson avant l’heure par son affabilité (mais sans le charme ravageur de Jean d’O…)» Là, désaccord total : Cocteau avait beaucoup plus de charme. Quelle voix inoubliable ! Et les films de l’écrivain le plus médiatisé du pays ils sont où ? Obsédé par Jean d’O – on apprend pourquoi- Metin Arditi lui réserve une entrée et lui trouve toutes les qualités, à commencer par l’art de la conversation. C’est méconnaitre Anna de Noailles et Emmanuel Berl. D’Ormesson «roi de l’autodérision» ? Il ne fallait surtout pas lui dire qu’il vendait des livres comme d’autres des salades. Rien à voir avec la littérature. Par snobisme, il citait Guy Debord, son exact contraire.
Si Colette, Desnos, Diderot, Gainsbourg, De Gaulle, Guitry (Sacha), Péguy, Proust et Jules Renard sont présents, pas de place pour Paul Léautaud. Rousseau, oui. Voltaire, non. Jean Giono, oui. Pagnol, non. Queneau, oui. Vian- as pataphysicien- non. Marseille, oui. Raimu, non. Maurras, oui… Rabelais, non ! Piaf et Montand, oui. Chaval et Sempé, non. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas.
Croiser Maurras ne nous rend pas fier d’être Français. Ouf ! il y a Mendès France. On se réjouit de saluer Prévert mais l’on est peiné de pas pouvoir saluer Tristan Bernard, Alphonse Allais, Georges Feydeau et Georges Perec.
Simone de Beauvoir est très bien servie, à l’inverse d’Evelyne Sullerot, immense dame du XXe siècle totalement zappée. Bien servie, sans rappeler la collaboration à Radio Vichy, et les jeunes filles redirigées vers son mentor JPS. De grands esprits sont rattrapés par le col de la chemise. Des insignifiants ont droit à la citation. Dans trente ans, il faudra rappeler leur CV car ils seront totalement oubliés, contrairement à Frédéric Dard, qui brille par son absence du livre.

-Dictionnaire amoureux de l’Esprit français, Metin Arditi. Plon/Grasset, 670 p., 25 €

13.01.19

Permalien 20:07:35, Catégories: THE RED DEVILS, GRAND MONSIEUR  

Man United vainqueur à Londres! 15 points sur 15...

OGS a inculqué l’esprit de solidarité à tout le groupe de Red Devils, juste en quelques séances d’entraînement. L’important c’était de chasser les nuisances. On savait d’où elles venaient.

Dimanche 13 janvier 2019
Tottenham 0-1 Manchester United
But pour MU: Rashford (44e)

Tottenham: Lloris ©, Trippier, Alderweireld, Vertonghen, Davies, Winks (Llorente 80e), Sissoko (Lamela 42e), Eriksen, Alli, Son, Kane.

Man United: De Gea, Young ©, Lindelof, Jones, Shaw, Matic, Herrera, Pogba (McTominay 90e), Lingard (Dalot 83e), Rashford, Martial (Lukaku 73e).
Sur le banc: Romero, Andreas, Fred, Mata.

Le nouveau MU est arrivé ! Qui peut le nier ?
Ole Gunnar Solskjaer fait du neuf avec du vieux.
Paris est loin d’être en 1/4 de C1.
L’envie, la rage et la fierté sont revenus à MU désintoxiqué des ondes néfastes de Mourinho qui avait fini de massacrer tout le travail de Ferguson-Cantona. Il faut le répéter et le répéter encore et toujours.
On avait mis un loup dans la bergerie !
A présent, l’esprit de MU est bel et bien revenu.
Le gardien David De Gea a été héroïque.
Les Spurs auraient pu jouer 6 jours sans marquer.
La cage rouge était fermée à double-tour.
De Gea va-t-il contenir les assauts de Neymar, Cavani et Mbappé ?
Le 8e aller MU-PSG va valoir le déplacement. On attend un Old Trafford volcanique.

Permalien 00:44:51, Catégories: De GAULLE ET MITTERRAND SONT MORTS  

Meilleurs voeux aux jeunes mamans de 2019

Entre les attentats, les menaces d’attentats, et tout ce qui se passe chaque week-end en France, je pense aux jeunes mamans actuelles qui viennent de mettre au monde leur enfant.
J’imagine leurs derniers jours de grossesse.
Il faut vraiment avoir un mental d’acier, même si une jeune maman qui donne la vie à une force extraordinaire car rien ne peut l’atteindre.
Bien sûr, la France a connu pire.
N’empêche, j’adresse mes vœux aux jeunes nouvelles mamans tout particulièrement.
Le soleil se lève chaque jour.
La mer est toujours à sa place.
Après la pluie, le beau temps.

12.01.19

Permalien 11:03:36, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Solal et les Solal, Albert Cohen.(Quarto/ Gallimard)

Albert Cohen, fume, reçoit en peignoir. La grande classe. Impossible aujourd’hui.

Ce livre c’est tout un continent. Celui de l’univers d’Albert Cohen (1895-1981), amoureux de la vie, comme le furent Colette et Giono. La littérature compte beaucoup d’experts en pessimisme mais très peu de propagateurs du bonheur ou du moins d’artistes capables d’éprouver la joie de brefs instants de gaité passagère. La salutaire fantaisie de l’auteur de Belle du Seigneur remonte à l’enfance. Fin diplomate, Cohen se sortait de toutes les situations. Insulté par un antisémite, il trouva du réconfort auprès de son ami d’enfance, Marcel Pagnol, cet autre as de l’existence, qu’il aima comme un frère dès le lycée Thiers de Marseille, au début du XXe siècle.
Au cœur du Quarto, cette antichambre de la Pléiade, on trouve des merveilles au fil des pages qui contiennent de l’émotion conservé sans naphtaline. Dans une interview des années 1970, il déclara qu’il était heureux grâce à sa femme Bella rencontrée en 1943. Au seuil de la mort, en 1981, il répéta que le plus important à 85 ans était d’être aimé. Lors de sa Radioscopie avec Jacques Chancel, il dézingua Marguerite Yourcenar, pas assez belle à son goût, et aimant trop les femmes ce qui faisait d’elles l’une de ses concurrentes ! Pour éteindre la polémique, il fit un rectificatif les jours suivants pour s’excuser : il n’avait jamais lu une seule ligne de sa consœur. Depuis cette saillie, tous les féministes lui tombent sur le dos pour faire de lui le portrait d’un incurable misogyne. Sa femme pensait exactement le contraire. Pour vous en persuader lisez Le livre de ma mère qui n’est pas dans le Quarto. Le fils orphelin s’embrasse la main pour retrouver le parfum de sa maman. Des misogynes de son espèce j’aimerais en rencontrer d’autres. Cohen, l’écrivain en majesté. Sa vie durant, il mit un portait de Marcel Pagnol dans tous ses domiciles, pour toujours (a)voir son ami auprès de lui.

-Solal et les Solal, Albert Cohen. Sous la direction de Philippe Zard. Quarto/ Gallimard, 1664 p., 32 €.

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