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La biographie incandescente de Romy Schneider, par Sophie Guillou. (Libretto/ Phébus)

La caméra est anthropophage. Elle a dévoré la jeunesse de Romy Schneider. Eblouissante filmée par Andrzej Zulawski. La scène ci-dessus est l’un des plus grands moments de sa carrière cinématographique. Pour atteindre ce moment de vérité, il faut un don de soi absolu.

Filles d’un couple d’acteurs, Romy Schneider (1938-1982) a été élevée par ses grands-parents maternels. Elle est née à Vienne, la veille de la guerre. Toute son enfance est vécue dans l’absence des parents qui bien sûr illuminent les moments passés ensemble. C’est un raccourci psychologique mais des natures sont plus sensibles que d’autres aux séquences fondatrices. Sophie Guillou commence son livre- j’allais écrire son film- sur le tournage de La Passante du Sans-Souci à Berlin. Personne ne sait alors qu’il s’agit du dernier film. Dernier et non pas Nouveau. Brisée par la mort accidentelle de son fils, elle s’abrutit de médicaments noyés dans l’alcool, tournant machinalement. Sophie Guillou insiste sur l’absence. Elle a raison. Après celle de ses parents, voici qu’elle est confrontée à l’absence définitive de son fils David. Il est évident qu’elle culpabilise : si elle avait été présente, son fils n’aurait pas fait d’imprudence. Son fils était seul, comme elle le fut si souvent.
Le récit de Sophie Guillou nous met en présence du parcours d’une très belle héroïne à la recherche perpétuelle du bonheur. Quand elle a un petit frère, elle perd un peu de son prestige, n’étant plus la petite dernière. Lorsqu’elle a dix ans, ses parents divorcent. L’éclatement de la famille après la fin de la guerre n’améliore pas sa construction de jeune fille. Un passage chez les religieuses lui permet de découvrir l’amitié. Fille d’acteurs, elle s’invente des rencontres avec Gary Cooper qui fascinent ses copines. Elle mesure son pouvoir d’évocation, et l’infime lisière entre le réel et la fiction. Petit à petit, elle découvre le pouvoir du cinéma et décide de prendre le chemin de ses parents : elle veut être actrice. En 1953, elle fait ses premiers pas. Elle a 15 ans. Le cinéma n’est pas aussi paradisiaque qu’elle le pensait- en raison des attentes interminables entre les scènes- mais ce qui se passe après « Moteur ! » lui plait beaucoup. Elle semble n’existait que lorsque la caméra la filme. Elle a un atout considérable : la photogénique. Romy Schneider est encore plus belle à l’écran que dans la vie. Pour la plupart des gens, c’est le contraire. Elle comprend le mécanisme du jeu : se concentrer, rassembler son énergie pour la libérer à tel moment, se laisser aller tout en contrôlant la situation, paraître naturelle… maquillée devant une équipe de techniciens ! En coulisses, sa mère sent le potentiel et vit par procuration l’ascension de sa fille.
Le film Sissi la propulse star et dans la foulée elle rencontre Alain Delon, à Paris, sur le tournage de Christine qui lui offre l’amitié durable de Jean-Claude Brialy. A la fin du tournage, elle quitte la France avant de revenir s’installer en France afin de ne plus être éloignée d’Alain Delon. Cela lui permet de mettre de la distance avec sa mère tout en diminuant la dimension mythique qu’elle avait donnée à son père. En France, elle est confrontée à l’émergence de la Nouvelle vague qui la considère comme ringarde car elle incarne le «cinéma de papa». Elle repart à zéro, avec l’impression d’arriver en terre inconnue et d’avoir trahi son pays d’origine. Le couple Delon-Schneider fait vendre beaucoup de journaux. Le duo est starifié mais il n’est pas facile de tourner des films loin l’un de l’autre. Quand elle reste à la maison, elle est dans la peau de la femme qui attend, encore l’absence… Il lui faut s’imposer dans son pays d’accueil. Elle y parvient grâce au théâtre et à Luchino Visconti alors qu’au début de leur rencontre, il y avait beaucoup de tension dans l’air. Peu à peu, son union avec Delon se délite pour s’achever. Les sentiments restent mais le quotidien n’existe plus encore eux. Le duo adoré par les médias et le public sera reconstitué pour La piscine, en 1968. Reconstitué professionnellement. Malgré les sentiments qui les unissent, c’est chacun sa vie.
Les journaux ne cessent pas de décortiquée sa vie privée. Séparée de son mari allemand, elle obtient la garde de leur fils. Page 81 c’est la naissance de sa fille Sarah, né de l’union avec le nouvel homme de sa vie. Nous étions le 21 juillet 1977. Au niveau professionnel, sa notoriété est au zénith. «Aucun metteur en scène ne peut imaginer combien je me trouve seule devant la caméra », avoue-t-elle. Cela devrait faire réfléchir les jeunes actrices. Nous sommes tous seuls. Elle l’était un peu plus que les autres. Il est exténuant de sans arrêt jouer sur les sentiments. Le bureau d’un acteur : c’est le fond de son âme. On n’y descend pas sans souffrance. On n’y remonte pas sans dégâts. Ce n’est pas un hasard si tant de comédiennes finissent par quitter l’écran qui par ailleurs les aimante comme la flamme attire le papillon.
Sophie Guillou est très respectueuse de Romy Schneider et ne nous met jamais en position de voyeur. Après la disparition de David- le 5 juillet 1981- Romy Schneider a tenu jusqu’au 29 mai 1982. L’actrice vivait toujours mais la femme n’en pouvait plus. Trop c’est trop. On peut mourir à force d’être étreint pas l’angoisse. On a tous une image de Romy Schneider. Pour moi, c’est la scène du film de série B qu’elle est censé tourner dans L’important c’est d’aimer. Un photographe la shoote tandis qu’elle pleure en disant : «Vous savez, je suis une vraie comédienne, je sais jouer. Je fais ça pour manger… » Je cite de mémoire. J’ai le parfum général de la scène dans un univers totalement de pacotille, voulu de manière volontaire par A. Zulawski. Un moment grandiose. Aucune autre actrice au monde n’aurait fait mieux qu’elle à ce moment-là. Un moment vrai, déchirant, bouleversant. Un don de soi impressionnant. Une alchimie mystérieuse. La vie n’a pas été gentille avec elle.

-Romy Schneider, de Sophie Guillou. Libretto/ Phébus, 102 p., 6,70€

“La gloire est le deuil éclatant du bonheur” (Madame de Staël) Romy Schneider, écoeurée par la violence des vampires de l’image.

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