Archives pour: Septembre 2014, 17

Des conférences sur Jean Prévost (1910-1944) mort aux combats

17.09.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, De GAULLE ET MITTERRAND SONT MORTS, GRAND MONSIEUR

Ecoutez le testament de Jean Prévost. Tout y est: courage, humilité, générosité, humour et lucidité. Il était allé jusqu’à titrer Le petit testament ce qui en fait est un gigantesque testament.

«Jean Prévost, écrivain stendhalien»
du 26 au 28 septembre
à Grenoble, Sassenage et Brangues,
organisé par l’Association Stendhal de Grenoble et les Amis de Jean Prévost.

Lorsque je pense aux dirigeants politiques de 2014, j’ai honte d’être français.
Lorsque je pense à Jean Prévost, je suis fier d’être français.
Quand ses confrères se couchaient devant l’occupant,Jean Prévost (1901-1944), lui, a pris les armes au péril de sa vie.
Alors que la politique a dépassé le niveau zéro sous la présidence de l’actuel résident à l’Elysée, traîné dans la boue publiquement dans un torchon littéraire best-seller de la rentrée 2014, il est impératif de se souvenir de Jean Prévost mort pour la France.
Au livre poubelle qui fait un succès de librairie - pauvres lecteurs victimes des médias institutionnels- opposons Jean Prévost qui a tout pour me plaire: il était épris de littérature et de sport. Hermétique au football et au sport d’une manière générale, mon ami Emmanuel Berl a ouvert les colonnes de Marianne au sport, à la demande de Jean Prévost. A la fois écrivain, chroniqueur littéraire et reporter sportif. Vrai vivant, Jean Prévost pratiquait la boxe, loin des rats de bibliothèque. Précision: je parle du vrai Marianne, celui de 1932-1936.

Dans le cadre des 70 ans de la mort de Jean Prévost (1901-1944) mort aux combats, une exposition sur ses liens avec l’œuvre de Stendhal est organisée à Grenoble.
Voici le programme qui rend hommage à l’écrivain résistant, l’honneur des Lettres françaises.

V e n d r e d i 2 6 s e p t e m b r e 2014
● maison du tourisme / grenoble / 14 h 30 (entrée libre)
Conférences : «Jean Prévost, une vie, un parcours»
par E. Bluteau et «Jean Prévost, critique stendhalien» par F. Vanoosthuyse
● salle de la cour d’assises de l’ancien palais de justice /
grenoble / 18 h 30 (entrée libre)
«Prévost, Stendhal et le procès Berthet» par G. Rannaud

sa m e d i 2 7 s e p t e m b r e
● mémorial de la résistance du pont charvet /
côtes de sassenage / 15 h 30
Commémoration du 70e anniversaire de la disparition de Jean Prévost
● parc de la propriété dalloz-gröll /
côtes de sassenage / 16 h (sur réservation)
Jean Prévost et Pierre Dalloz : évocations, lectures, interventions

d i m a n c h e 2 8 s e p t e m b r e
● salle des fêtes / brangues / 16 h 30 (entrée libre)
Conférence : «Jean Prévost, un stendhalien résistant» , auteur de L’Affaire Berthet (1942) par E. Bluteau

Tout le programme est organisé par l’Association Stendhal & Les Amis de Jean Prévost

Informations & réservations : contact@association-stendhal.com et 06 80 68 59 58

site officiel: http://www.jeanprevost.org/

A noter:
24e Salon de la Revue, les 11 et 12 octobre 2014
à l’espace des Blancs-Manteaux, 48, rue Vieille-du-Temple 75004(5Paris)
Les Amis de Jean Prévost vous accueilleront sur leur stand.

Conférence-débat «Ecrivains en Résistance»
jeudi 16 octobre à 18 h 30
à la Bibliothèque municipale de Grenoble avec
Emmanuel Bluteau (Amis de Jean Prévost) et Philippe Barrière, historien spécialiste de la Résistance.
Médiation : Olivier Cogne, directeur du Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère.

L’invention de Saint-Germain-des-Prés, d’Eric Dussault. (Vendémiaire)

17.09.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES

Un éditeur qui prend pour slogan un vers d’Apollinaire mérite un grand coup de chapeau. C’est le cas de Vendémiaire qui fait suivre son nom par la devise : « Hommes de l’avenir, souvenez-vous de moi ». Le poète hante encore les lieux de Saint-Germain-des-Prés auxquels Eric Dussault rend hommage dans un livre qui comprend un cahier photo sur quelques temps forts dont l’époque des zazous incarnée par Boris Vian et Juliette Gréco dont Miles Davis fut très épris. Près de 250 pages retracent tout le quartier qui est le cœur de la capitale quand les Halles n’en étaient que le ventre.
En 2014, on a beau chercher des artistes à la terrasse des deux Magots ou sur celle du Flore, mais on n’y voit que des vedettes. Aujourd’hui, ce n’est pas au Flore qu’il faut être. La vitrine qui fait vendre est celle des écrans de la télévision. il suffit de voir les politiques qui y couchent. On est passé du monde de l’écrit à celui de l’image. Au temps de Sartre et Beauvoir nous étions à l’entre-deux, à savoir que Paris Match prenait le pas sur Les Nouvelles Littéraires. Le duo starifié des Lettres médiatiques a très vite compris l’usage des médias. De Gaulle et Malraux aussi. Auparavant, Cocteau les avait devancés.
Ecrire un bon livre ne sert à rien si personne n’en parle. Le dernier grand écrivain à se poser en vitrine dans les cafés parisiens est sans nul doute mon ami Albert Cossery. On se marrait bien tous les deux sur le dos des passants. Deux mateurs pas avares de mitraille.
Hier, SGDP était le lieu des libraires. Aujourd’hui quelques fleurons des cathédrales dédiées au papier ont fermé boutique au profit des magasins de mode, grandes marques si possible. A présent, il vaut mieux soigner son look qu’améliorer son intelligence ou sa culture si l’on préfère car lire Tolstoï ne peut pas transformer un âne en vainqueur du Prix d’Amérique. SGDP reste cependant le fief de l’édition et ceux qui s’en écartent ont tout intérêt à y garder une antenne, sinon ils risquent de disparaître du paysage éditorial. On parle de décentralisation pour la galerie. Question politique, édition et show biz tout se passe à Paris. Et ne parlons pas de la presse, même si Internet participe à son éclatement, bénéfique pour les snippers des médias qui ne veulent rouler pour personne en particulier.
Le livre d’Eric Dussault recense tous les temps forts du quartier dans un catalogue de noms qui donnent le vertige aux nouvelles générations qui voit souvent Vian comme s’il remontait au temps de Villon. Pourtant l’après-guerre c’était hier. Où s’arrête et ou commence le quartier qu’on appelle village ? Faut-il y englober tout le périmètre qui va du quartier Latin aux quais de la Seine, côté Palais de Justice ? Disons : Monnaie, Odéon, Notre-Dame-des-Champs et SGDP. Un village avec des villageois de moins en moins présents. L’auteur nous signale qu’en 2014, « il faut débourser 21 000 euros par mètre carré » pour résider dans certains coins de SGDP ! On ne parle plus de villageois mais de riches propriétaires.
On range le livre d’Eric Dussault tout près du Manuel de Saint-Germain-des-Prés de Bison Ravi alias Boris Vian, super guide des lieux, qui a mis ses pas dans ceux de deux prestigieux devanciers : Léon-Paul Fargue et Léo Larguier. SGDP est plus associé à la gauche de Sartre qu’à la droite de Blondin et Nimier qui pourtant y ont usé leurs guêtres après la vague zazou. Les Hussards auxquels il faut associer Jacques Laurent, Michel Déon et Kléber Haedens étaient vu comme des enfants spirituels de François Mauriac, icône de la droite. Le Figaro contre Les Temps Modernes, titre qui pouvait aussi renvoyer à Charlie Chaplin. Je n’ai jamais compris pourquoi un casse-croute au jambon-fromage était considéré comme supérieur à des amuse-gueules avec des canapés au caviar. Les Hussards écrivaient avec des mots quand les existentialistes n’usaient que des idées. Les Hussards ne voulaient pas s’engager sauf dans la littérature. Il fallait du courage pour fréquenter cette école buissonnière quand la vogue demandait d’être communiste.
Le livre ne fait pas l’impasse sur le jazz qui a trouvé refuge à SGDP quand les racistes l’avaient mis à l’index aux Etats-Unis. Vian, encore lui, a été le meilleur attaché de presse des jazzmen, avec Miles Davis en première ligne. Il ne faut pas croire que tout ce beau monde vivait sa liberté au grand air. La police y traquait les homosexuels : Cocteau, Marcel Carné, Roland Lesaffre, Jean Genet. Dès qu’elle recevait une jeune fille, Simone de Beauvoir voyait sa fiche s’agrandir. Les policiers étaient plus proches des voyeurs que de Rouletabille. Sartre apparait dans le registre des alcooliques. Simone Signoret a même été traqué dans les bistrots !
A l’époque, Vian était davantage un rabatteur qu’un écrivain. Sartre et Simone de Beauvoir, le voyaient tel un boute-en-train. Queneau et les frères Prévert avait plus de considération plus lui. Il savait que Vian avait quelque chose à dire et à écrire, avec un ton novateur. Se sachant condamné par la médecine, il vivait à 400 km/h. 200 ce n’était pas assez. Il écrivait des chansons, des romans, des articles, sans oublier de danser le be-bop. La vie de noctambule n’a pas arrangé la santé de Vian car au Tabou, il y a avait tant de fumée de cigarettes que l’on croyait souvent être égaré dans un square de Londres rempli d’un épais brouillard. Et au petit matin, il n’était pas rare de voir les voisins vider leur pot de chambre par la fenêtre afin de viser la tête des bambocheurs qui titubaient sur le trottoir. On est toujours jaloux des gens qui s’amusent. Les ignares étaient terrifiés depuis qu’ils avaient entendu parler que leur quartier subissait les assauts des « existentialistes ». Sous ce vocable ils voyaient plutôt des troglodytes qui s’appropriaient leur espace, en sous-sol comme à l’extérieur. Ces gens dormaient quand sous leur lit jouaient Sidney Bechett, Claude Luter et Claude Bolling. Ils étaient hermétiques à la musique de Duke Ellington et à celle de Louis Armstrong. Quoi des noirs ? Autant dire des sauvages, pour eux.
« Alors Saint-Germain-des-Prés, lieu de mémoire ? Plutôt un microcosme parisien parmi tant d’autres », conclut Eric Dussault. Sévère conclusion pour un lieu prestigieux qui continue de faire courir le Tout-Paris et les touristes qui y affluent en abondance. Des touristes qui viennent aussi de Chine. Pour y chiner deux ou trois souvenirs.

-L’invention de Saint-Germain-des-Prés, d’Eric Dussault. Vendémiaire, 253 p., 22 €

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