Archives pour: Septembre 2014, 08

Jacques Brel, une vie, par Olivier Todd. (Documento/ Robert Laffont)

08.09.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT

On n’en finirait plus de citer les titres de la collection Documento de Robert Laffont, c’est une suite de rééditions dont on se délecte. Après Proust/ Albaret, voici Brel/ Todd, Olivier, le père d’Emmanuel. Aujourd’hui, il faut préciser car le fils et le père sont tous les deux de très bons auteurs. Je me rappelle d’Oliver Todd face à une jeune femme dans une remarquable émission qui consistait à refilmer ensemble deux personnes qui s’étaient vues jadis. Todd signale sa biographie à son interlocutrice qui n’en fait pas grand cas. Le journaliste en fut tout décontenancé. C’est dire qu’il considérait sa biographie avec autant d’attention qu’un romancier aime l’un de ses romans. Il avait raison, c’est le livre qui compte. Mieux vaut lire une grande biographie qu’un mauvais roman. Le Brel de Todd est un grand livre, pour son modèle et son portraitiste.
Toute la vie de Brel (1929-1978) remonte à la surface, comme si elle avait été débloquée au fond de l’eau par un Cousteau littéraire, en la personne d’Olivier Todd. Pour les enfants de l’après-guerre dont je suis, nous avons eu la chance d’être les contemporains de maîtres de la chanson : Trenet, Brassens, Berl et Ferré. Nous pouvons y rajouter Aznavour, Lapointe, Barbara et Ferrat. D’immenses poètes sur microsillons. Ils nous ont ouverts à la littérature, à la vie donc. La littérature est l’indispensable grille de lectures sans laquelle on n’y comprend. J’ai toujours considéré ces chanteurs comme d’authentiques écrivains. Ils savaient se servir des mots pour nous faire voir l’invisible, indicible, l’indéchiffrable, l’innommable. Oliver le sait très bien. On ne consacre pas autant de pages, de jours, de mois, d’années, à quelqu’un de superficiel.
Jacques Brel était un géant et sans doute il n’a pas mesuré pleinement ce qu’il représentait. Mort en 1978, à 49 ans, il reste plus présent que les médiocres chanteurs qui lui ont succédé sans bien sûr prétendre jouer dans la même catégorie. Franchement, les chanteurs français de la nouvelle génération disent tous ce que Brel-Trenet-Ferré-Brassens ont dit mais en moins bien. Ce qui compte c’est d’avoir un son, une tonalité, un style. Eux avaient tout ça bien combiné. Les chanteurs actuels à 90% ne sont que des produits commerciaux pour faire tourner le marché.
Chanteur, parolier, musicien, acteur, comédien (je fais la distinction), cinéaste. Sa vie est un torrent d’émotions. Elle ne se résume pas à quelques phrases. Il faut livre l’ouvrage Todd pour se laisser emporter par les vagues successives. Nous sommes dans un millefeuille. Brel ne s’est pas ménagé. Il n’a pas pris soin de son enveloppe corporelle. Il a tant tiré sur les cordes que sa vie a été malheureusement trop brève. On aurait aimé le voir vieillir, par simple égoïsme afin de bénéficier encore et encore de sa générosité créatrice. Il faut en avoir sous le capot pour en dire autant en si peu de temps. Je ne rappelle très bien avoir entendu ce témoignage : enfant, il fit signer son cahier scolaire par son chat ! Le rebelle était précoce.
Talent, violence des mots, grandeur d’âme, beauté des formules, contradicteur, contradictoire, poète, polémiste, caricaturiste, humaniste, flamboyant être humain, ennemi de la connerie humaine, hostile aux imposteurs qui prolifèrent comme la peste, Jacques Brel est l’un des êtres les plus vivants du XXe siècle. Merci à Oliver Todd de le faire revivre sur la matière morte des pages qui font se redresser le spectre merveilleux d’un homme qui ne se sépare jamais de nous.

-Jacques Brel, une vie, par Olivier Todd. Documento/ Robert Laffont, 456 p., 11,90 €

Le dernier tango de Kess van Dongen, de François Bott. (Cherche Midi)

08.09.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER

François Bott s’y connait pour faire parler les morts : de Fontenelle à Isidore Ducasse alias Lautréamont en passant par Barbosa, l’ex goal maudit du Brésil 1950 battu sur ses terres par l’Uruguay en finale de la Coupe du Monde.
Il leur écrit parfois : Lettres à Baudelaire, Chandler et quelques autres… (Albin Michel, Prix Léautaud 1986). Il fait parler les morts, non pas de manière gratuite mais de façon grandiose.
De fait, Bott aime tellement la littérature, l’art, qu’il est capable d’entrer en connexion avec les artistes du passé.
Bott brise sa solitude contemporaine pour dialoguer avec les artistes- des lettres, du sport ou de la peinture et même de la vie tout simplement- qui l’accompagnent depuis des décennies. Tout ce que je dis à l’air farfelu et pourtant Bott n’a pas besoin de faire tourner les tables pour établir un lien avec les grands du passé. Il connaît tant leurs œuvres qu’il parvient à nous restituer l’âme des disparus.
Ses écrits ont une force spirituelle qu’on ne rencontre pas ailleurs. Il publie des livres souvent minces, par politesse. Il nous prend peu de temps, et on le regrette parce que sa délicatesse est indispensable dans ce monde de brutes épaisses. La plume de Bott a l’élégance des gens qui écoutent au lieu de parler sans cesse.
Cette fois, François Bott s’est mis dans la peau du peintre Kess van Dongen, afin de nous permettre une plongée dans le XXe siècle à jamais évanoui. Grâce à Boot et à van Dongen, on se replonge dans le Paris des années 1910 puis dans le Monaco de la fin des années 1960. Van Dongen c’est le peintre des femmes : « Fasciné par leur mystère, je les aimais. » On a en tête, les visages avec l’épais rimmel. Cette couleur de vase sur les visages comme la mousse verte qui dévore Venise.
Vieux, il se rince l’œil sur les infirmières, les soldats de sa mort. Bott dit que van Dongen voulait moins coucher avec les femmes que les coucher sur la toile.
Dans le livre on croise Cravan et une poignée de collabos que van Dongen a fréquentés. « Tant pis si j’étais un salaud ». Par pure carriérisme, van Dongen s’est laissé happé par les nazis, le temps d’un voyage dans l’Allemagne hitlérienne. « C’était un drôle de tourisme » écrit Bott, plus van Dongen que le peintre lui-même. L’exercice de style est parfaitement réussi.
Bott est un écrivain qui ne déçoit jamais. On sort toujours meilleur au terme de ses livres. Il apprend et nous divertit. Le tout avec une élégance infinie. Dans mon abécédaire, je le place entre Jacques Anquetil et Cioran.

-Le dernier tango de Kess van Dongen, de François Bott. Cherche Midi, 132 p. , 13,50 €

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