Archives pour: Septembre 2014, 05

"De toutes les nuits, les amants", de Mieko Kawakami (Actes-Sud)

05.09.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, GRANDE DAME

A 36 ans, Mieko Kawakami a plusieurs cordes à son arc : romancière, philosophe, musicienne et actrice.
Son nouveau roman traite d’un personnage détruite par la société de consommation ou plutôt de production, à savoir le Japon. Il est stupide de toujours vouloir augmenter la croissance car aucun n’arbre n’a jamais atteint le ciel. On devrait travailler pour se nourrir et non pas se nourrir pour travailler. L’héroïne du livre est une trentenaire correctrice dans une maison d’éditions. La professionnelle de la lecture n’attache plus aucune importance à ce qu’elle lit : elle ne débusque plus que les coquilles, fautes de frappes, erreurs grammaticales… Superbe métaphore : comme si elle ne voyait plus que les défauts des gens : l’un trop grand, l’autre trop gros, celui-ci trop bête, celui-là pas assez riche.
Finalement seule la nuit parvient à l’intéresser. La nuit, elle sait que les palais de justice sont fermés. La nuit, elle est sensible à tous ces néons qui transforment la ville en luna-park, en sapin de Noël perpétuel. Nouvelle métaphore : elle préfère la lumière artificielle à celle du soleil.
Il n’y a que dans les romans japonais actuels où il ne se passe rien sans que cela ne reste pas intéressant quand même. C’est un peu comme lorsqu’on attend l’autobus et que l’on regarde la vie autour de soi. Il y a toujours quelque chose à voir.
Mieko Kawakami fait boire de la bière à son héroïne. Rien de plus banal. Sauf que l’on boit la bière avec elle.
Son traducteur Patrick Honnoré a très bien su rendre française une prose qui n’a pas d’exotisme surajouté. Nous sommes en littérature pas dans un magasin de souvenirs japonais.

-De toutes les nuits, les amants, de Mieko Kawakami. Traduit du japonais par Patrick Honnoré. Actes-Sud, 280 p., 21,80 €

Eloge du dégoût, de Bernard Morlino (Editions du Rocher)

05.09.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, LA REVUE DE STRESS

République Française ou République bananière ?

Vu tout ce qui se passe en France, lors de la rentrée 2014, je republie un extrait de mon livre Eloge du dégoût (2012, Editions du Rocher) Le passage ci-dessous provient du chapitre: “Les politichiens dégradent l’action politique” (p.83-p.96).

-"Les peuplades éloignées étaient beaucoup plus artistes que nous. Nos lointains prédécesseurs avaient le sens des volumes. Face aux masques et autres statuettes anonymes, leur âme nous toise. Nous sommes incapables de tirer autant d’un bout de bois ramassé dans les forêts. On marche sur les asperges sauvages et nous ne ramassons plus les figues gorgées de sucre et de soleil, aplaties par les pneus des voitures indifférentes. On prétend tout savoir mais nous ne sommes pas en mesure de donner le nom des habitants de Los Angeles, de Washington et de Chicago.
Cela rassure de signer des autographes. Douce impression d’exister. Le plus connu d’entre nous n’est plus rien dès qu’il voyage. Certains people vont jusqu’à dire : « L’été je pars à l’étranger dans des endroits où personne ne me reconnaît ». C’est le comble du chic : une cure d’anonymat ! A Paris, ils sont pourtant prêts à tuer père et mère pour se faire une place à la devanture des kiosques à journaux. Les plus cyniques usent de leur gloriole pour passer avant tout le monde devant des distributeurs de billets, au seuil des banques sur les Champs Elysées. Les badauds sont contents de voir de près celui qu’ils voient chez eux quand ils sont en train de se curer le nez.
La pensée régnante du texto nous impose une société qui ne pense pas plus loin que les menus des fast-foods. On s’écrit en charabia. On pense en onomatopées. On ouvre un blog dans le désert. On téléphone aux radios par raconter qu’on a trompé sa femme avec le livreur de sushis… On interroge Madame Michu pour savoir si le budget du ministre de la défense lui convient. On fait croire à chaque auditeur qu’il est journaliste. Les radios sont devenues des vide-ordures.
D’ici peu, les présidents de la république feront leurs allocutions télévisées entourés de clodettes. Un ancien président des Etats-Unis se fait payer une fortune à chaque conférence pour ne rien dire de nouveau sur le conflit israélo-palestinien. En Italie, un président du conseil a atteint un degré de cynisme rarement atteint en démocratie.
Les politichiens ne cessent pas de dire que l’ennemi est à l’intérieur du pays. En 1939, il est venu d’Allemagne. Dans les années 2000, des chasseurs de bulletins de vote désignent les Noirs et les Arabes. Les Français ne s’aiment plus. Sous la présidence Mitterrand, le diable s’appelait FN. Depuis la mort de celui qui en l’a fait proliférer, par tactique électorale, le FN a été convié au second tour dans la bataille pour l’Elysée. On nous prédit que ce parti peut accéder à la fonction suprême. De Gaulle nous faisait prendre le dictionnaire pour voir les définitions de «Chienlit» et de «Volapuk» alors que son homologue de 2007-2012 a traité de « pauv’con» un électeur qui ne l’a pas élu.
Au petit matin, on voit des passants avec de gros casques sur les oreilles. Il ressemble à des techniciens d’une régie de radio et à des astronautes. Avec en plus les lacets défaits et le froc qui laisse apparaître leurs fesses. A quand la télévision walkman ? Moderniser ne veut pas dire liquider le passé. A part les progrès de la médecine, tout ou presque se dégrade. Mes grands-parents étaient piétons. Mes parents, automobilistes. Je voyage en TGV. Nos enfants ou petits-enfants sont-ils condamnés à l’avion supersonique ou doit-on revenir au véhicule hippomobile ?
Pierre Bérégovoy s’est suicidé. Depuis la mort de l’ancien Premier ministre, la politique a perdu de son prestige. Il a mis fin à ses jours pour marquer son désaccord avec les pratiques actuelles. Il était de l’ancienne école. Tout devait se mériter. François Mitterrand avait été séduit par le parcours de cet homme différent des bardés de diplômes. Monsieur Bérégovoy n’a jamais porté de col Mao. Sa séance photo, très John Kennedy, avec ses petits enfants sous son bureau lui posa un problème de conscience. Il n’accepta que pour faire plus dans le coup. Cette façon putassière de séduire le révulsa.”

-Eloge du dégoût
de Bernard Morlino
2012, Editions du Rocher

[Post dédié à Jean Moulin]

Titre du Blog All

Ceci est la description longue pour le blog nommé 'Blog All'.

Ce blog (blog n°1) est en fait un blog très spécial! Il aggrège automatiquement tous les articles de tous les autres blogs. Ceci vous permet de suivre facilement tout ce qui est posté sur ce système. Vous pouvez cacher ce blog au public en décochant 'Inclure dans la liste des blogs publics' dans l'administration des blogs.

Septembre 2014
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << < Courant> >>
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30          

powered by b2evolution free blog software