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Après le bus de Knysna, voici celui de Bigmillion (!)

27.05.14 | par morlino | Catégories: FOOT FRANCHOUILLARD, ANTI-FOOTBALL, LA REVUE DE STRESS

Pourquoi demande-t-on aux footballeurs d’être irréprochables quand les professionnels de la politique ne le sont pas ?
«Les sociétés qui ont participé à la réalisation des meetings ont fait des prestations réelles souvent dans l’urgence, au dernier moment dans des conditions difficiles et elles avaient une réelle qualité. Tout ceci coûtait de l’argent que ne permettaient pas d’absorber les comptes de campagnes. Une partie a été mise dans les comptes, et une autre partie, pour ne pas que les sociétés soient dans une situation délicate, a été absorbée par l’UMP. (…) C’est impossible de faire une campagne électorale avec 22 millions d’euros. »
Cette déclaration de quelqu’un qui était aux premières loges a déclenché une grande crise politique au sein du parti de l’ancien président de la République, celui entre 2007-2012.
L’affaire Bigmilion (!) et les fausses factures vient se rajouter à d’innombrables autres affaires.
On peut s’en plaindre. On peut s’en féliciter aussi au nom de la démocratie.
Alexis de Tocqueville a dit: si la politique met son nez dans la justice c’est pour bloquer des scandales mais si la justice enquête dans le milieu de la politique c’est pour débusquer des scandales. On ne peut pas mieux dire.
De manière étonnante, l’affaire Bigmilion (!) éclate juste au moment où l’équipe de France se prépare à disputer la Coupe du Monde 2014.
Quand un footballeur se fait alpaguer dans une histoire glauque, on interroge les politiciens: je pense à la main de Thierry Henry ou à l’affaire de l’escort-girl de celui qui voulait obtenir le Ballon d’or.
Pourquoi n’interroge-t-on pas les footballeurs quand un politicien se fait pincer les mains dans la confiture ?
Qu’est-ce qui est plus grave: rester dans un bus en Afsud et refuser de s’entraîner, comme en 2010, ou brasser des fausses factures avec plein de O ?
En juin 2014, c’est un bus plein de politiciens qui est pris dans le feu de l’actualité.
De manière symbolique, au même moment- pur hasard- un bus peint comme celui de Knysna a été détruit sous les caméras lors d’une manifestation de communication orchestrée par la marque aux trois bandes qui a désormais laissé la place à la virgule américaine. Pour faire parler d’elle, l’ancien équipementier des Tricolores a fait un “plan com.”
La métaphore est facile: on a détruit un bus - qui n’est y pour rien- “dans une casse de La Courneuve au nord de Paris devant plus de quatre cents personnes invitées".
On a entendu des cris de joie, tout ça n’a rien de spontané.
Il ne suffit pas de casser le thermomètre pour faire tomber la fièvre.
Et quand on veut piquer son chien on dit qu’il a la rage.
On détruit la réplique du bus… et pourquoi Domenech tant qu’on y est !
Rien de nouveau. Les dadaïstes ont fait le procès de Maurice Barrès, au-début des années 1920. Soupault, Breton et leurs amis jugèrent l’écrivain sous forme de mannequin. Il est vrai que nous étions alors un pays avec d’immenses poètes.
Le nouveau sponsor des Bleus est sous contrat jusqu’en 2018 pour 42 millions d’euros par an.
Son concurrent a voulu marquer le coup.
S’il suffisait de détruire un bus pour faire gagner l’équipe de France, César aurait été un superbe entraîneur.
Les Bleus vont de préparer contre la Norvège avec Ruffier à la place de Lloris dans la cage tricolore. C’est prendre un grand risque de déstabilisation défensive. En 1982, Ettori a finalement pris la place de Baratelli. Ruffier a beaucoup plus de charisme que Lloris. De surcroît, Lloris qui a pris un wagon de buts avec Tottenham a un grand besoin de faire un match sans en encaisser un seul. Le poste de gardien est capital dans un onze. C’est de là que part ou pas la confiance, la solidité. On a l’impression que les Bleus partent en pique-nique. Et si on essayait le chauffeur du bus de 2014 au poste d’avant-centre ? Lui aussi, il a le droit de jouer.

Eloge du dégoût, de Bernard Morlino (Editions du Rocher)

27.05.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, De GAULLE ET MITTERRAND SONT MORTS

Régulièrement je remonte à la surface du blog ce post hélas! toujours actuel. Je m’adresse un satisfecit car il s’agit de ma modeste contribution au combat contre les imposteurs qui se servent des médias pour nous raconter n’importe quoi. En gros, tout me dégoûte, sauf le talent. Peut-on en finir avec la République bananière ?

Vu l’actualité de la politique intérieure en France, je republie un extrait de mon livre Eloge du dégoût (2012, Editions du Rocher) Le passage ci-dessous provient du chapitre: “Les politichiens dégradent l’action politique” (p.83-p.96)

-"Les peuplades éloignées étaient beaucoup plus artistes que nous. Nos lointains prédécesseurs avaient le sens des volumes. Face aux masques et autres statuettes anonymes, leur âme nous toise. Nous sommes incapables de tirer autant d’un bout de bois ramassé dans les forêts. On marche sur les asperges sauvages et nous ne ramassons plus les figues gorgées de sucre et de soleil, aplaties par les pneus des voitures indifférentes. On prétend tout savoir mais nous ne sommes pas en mesure de donner le nom des habitants de Los Angeles, de Washington et de Chicago.
Cela rassure de signer des autographes. Douce impression d’exister. Le plus connu d’entre nous n’est plus rien dès qu’il voyage. Certains people vont jusqu’à dire : « L’été je pars à l’étranger dans des endroits où personne ne me reconnaît ». C’est le comble du chic : une cure d’anonymat ! A Paris, ils sont pourtant prêts à tuer père et mère pour se faire une place à la devanture des kiosques à journaux. Les plus cyniques usent de leur gloriole pour passer avant tout le monde devant des distributeurs de billets, au seuil des banques sur les Champs Elysées. Les badauds sont contents de voir de près celui qu’ils voient chez eux quand ils sont en train de se curer le nez.
La pensée régnante du texto nous impose une société qui ne pense pas plus loin que les menus des fast-foods. On s’écrit en charabia. On pense en onomatopées. On ouvre un blog dans le désert. On téléphone aux radios par raconter qu’on a trompé sa femme avec le livreur de sushis… On interroge Madame Michu pour savoir si le budget du ministre de la défense lui convient. On fait croire à chaque auditeur qu’il est journaliste. Les radios sont devenues des vide-ordures.
D’ici peu, les présidents de la république feront leurs allocutions télévisées entourés de clodettes. Un ancien président des Etats-Unis se fait payer une fortune à chaque conférence pour ne rien dire de nouveau sur le conflit israélo-palestinien. En Italie, un président du conseil a atteint un degré de cynisme rarement atteint en démocratie.
Les politichiens ne cessent pas de dire que l’ennemi est à l’intérieur du pays. En 1939, il est venu d’Allemagne. Dans les années 2000, des chasseurs de bulletins de vote désignent les Noirs et les Arabes. Les Français ne s’aiment plus. Sous la présidence Mitterrand, le diable s’appelait FN. Depuis la mort de celui qui en l’a fait proliférer, par tactique électorale, le FN a été convié au second tour dans la bataille pour l’Elysée. On nous prédit que ce parti peut accéder à la fonction suprême. De Gaulle nous faisait prendre le dictionnaire pour voir les définitions de «Chienlit» et de «Volapuk» alors que son homologue de 2007-2012 a traité de « pauv’con» un électeur qui ne l’a pas élu.
Au petit matin, on voit des passants avec de gros casques sur les oreilles. Il ressemble à des techniciens d’une régie de radio et à des astronautes. Avec en plus les lacets défaits et le froc qui laisse apparaître leurs fesses. A quand la télévision walkman ? Moderniser ne veut pas dire liquider le passé. A part les progrès de la médecine, tout ou presque se dégrade. Mes grands-parents étaient piétons. Mes parents, automobilistes. Je voyage en TGV. Nos enfants ou petits-enfants sont-ils condamnés à l’avion supersonique ou doit-on revenir au véhicule hippomobile ?
Pierre Bérégovoy s’est suicidé. Depuis la mort de l’ancien Premier ministre, la politique a perdu de son prestige. Il a mis fin à ses jours pour marquer son désaccord avec les pratiques actuelles. Il était de l’ancienne école. Tout devait se mériter. François Mitterrand avait été séduit par le parcours de cet homme différent des bardés de diplômes. Monsieur Bérégovoy n’a jamais porté de col Mao. Sa séance photo, très John Kennedy, avec ses petits enfants sous son bureau lui posa un problème de conscience. Il n’accepta que pour faire plus dans le coup. Cette façon putassière de séduire le révulsa.”

-Eloge du dégoût
de Bernard Morlino
2012, Editions du Rocher

[Post dédié à Jean Moulin]

PS: le 19 mai 2014 (RTL, interview M.-O. Fogiel), le Président Valéry Giscard d’Estaing a dit: “La fonction présidentielle s’est beaucoup altérée, mais cela ne s’est pas fait d’un coup. François Mitterrand était un Président de la République. C’est après lui que le décrochement a eu lieu. La direction prise a été curieuse, puisque l’on a assisté à un retour de la IVème République et son régime très près du sol, dominé par les politiciens qui se battent pour avoir chacun un bout de terrain. Dès lors, le Président de la République est devenu un président de Conseil, pris dans le jeu des partis.”

Titre du Blog All

Ceci est la description longue pour le blog nommé 'Blog All'.

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