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Journaux de répétitions, avec Klaus Michael Grüber et Antoine Vitez, de Dominique Reymond (Klincksieck/ Archimbaud)

03.02.14 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, LA MOUETTE DE TCHEKHOV, GRANDE DAME

A la fois comédienne et peintre, Dominique Reymond passe au livre.
Elle publie ses notes de répétitions qui remontent aux années Vitez et Gruber qui ont écrit parmi les plus belles pages du théâtre d’après 1968. En ce temps-là, on pouvait voir des mises en scène de Chéreau, Planchon, Régy, Engel, Vincent, Strehler, Kantor, Krejca, Mnouchine, Serban…
Dominique Reymond est une artiste contemporaine et il est bien dommage que les vedettes médiatiques qui n’ont plus de rôles au cinoche bas de gamme viennent à présent sur les terres du théâtre faire de l’ombre aux vraies comédiennes que sont Reymond, Évelyne Istria, Ludmila Mikaël, Nada Strancar, Dominique Valadié, Jany Gastaldi, Christine Murillo et Anna Alvaro. Ces femmes-là sont des créatrices du niveau de Magnani, Bette Davis, Gena Rowlands… Femmes de caractère, pas des baudruches. Chez les hommes, il y a Clévenot, Bonvoisin, Delsaert, Régent, Dubois- hélas disparus- Durand (Jean-Claude), Desarthe, Marcon, Wilms…
La seule faute de goût du livre c’est de mentionner la date de naissance des gens avec un tiret qui sous-entend qu’on attend leur mort pour la signaler. J’ai horreur de lire : « Pierre Vial (1928-) était un acteur… » Non ! Pierre Vial joue encore.
Le livre de Dominique Reymond restitue le temps qu’elle a passé avec Vitez au cours des répétitions de La Mouette (Octobre 1983-Février 1984) à Chaillot, et avec Grüber, à Nanterre, lors de La mort de Danton (2 août 1989- 9 septembre). La diariste nous permet de retrouver la fuite du temps des répétitions. Le théâtre étant éphémère, il est bon de fixer des souvenirs comme des photos.
Dominique Reymond va à l’essentiel qui consiste à pouvoir se mettre en condition de restituer en représentation le meilleur des répétitions. Ceux qui veulent savoir les grands traits de la mise en scène de Vitez doivent livre cet ouvrage bondé d’indications qui éclairent à la fois Tchekhov, Vitez et Reymond.
La comédienne avoue la difficulté de pouvoir rejouer ce qu’ils avaient trouvé de meilleur tel ou tel jour. Le théâtre finalement c’est l’art de reproduire des gestes qu’on a trouvé une fois à un moment donné.
Le théâtre de Vitez n’a rien à voir avec la manipulation de marionnettes. Il montrait souvent ce qu’il pensait le plus juste pour servir au mieux le texte et ensuite les comédiens n’avaient qu’à reproduire, s’ils en étaient capables, ou faire encore mieux. Si c’était moins bien, Vitez ne disait rien (photographe, j’ai assisté moi-même à des dizaines de ses répétitions).
Vitez considérait les acteurs comme des adultes, des artistes à part entière. Quand il les choisissait c’était comme prendre de la peinture blanche ou bleue. Si un comédien se plantait, il n’y pouvait rien : la faute en revenait à Vitez car c’est lui qui avait fait la distribution. Vitez fut le contraire d’un dictateur de la mise en scène. La presse de l’époque le traitait en gourou qui dépersonnalisait les comédiens. Faux ! Tous les comédiens voulaient travailler avec lui, et ce qu’ils n’engageaient pas se demander s’ils étaient de bons comédiens…
La séquence sur Grüber parle beaucoup plus de l’enveloppe corporelle et de l’âme qu’on pouvait en capter que celle sur Vitez dans laquelle Dominique Reymond reste très discrète. «Son» Vitez est inexistant sur la page blanche. Grüber, lui, «est mystérieux comme un chat qui observe sans être vu ». Il est vrai que Vitez était très aérien dans l’espace, fuyant si on n’arrivait pas à lui parler, alors que Grüber avait l’aspect monolithique. Un bloc de silence est plus imposant qu’un virtuose des langues, capable de répéter Faust dans le texte. Une éblouissante jonglerie entre de Nerval le traducteur et l’auteur Goethe. J’y étais ! Vitez était admiré, respecté, aimé, abordable si on parvenait à briser la glace de l’admiration qu’on lui portait. Il fallait aller vers lui, tant il était sollicité. Si on faisait la démarche de tenter le dialogue, il ne refusait jamais le face à face. Grüber, lui, était précédé par sa réputation, austère, autodestructeur. Vitez, lui, ne fumait pas, ne buvait pas. Vitez c’était le soleil. Grüber, la nuit noire. Concernant, le tabac je me rappelle d’avoir entendu Jérôme Savary dire : «Vitez a été nommé administrateur de la Comédie française alors qu’il ne va jamais acheter de cigares, à La Civette, en face ! » Je vous laisse juge de tels propos. Vitez et Grüber jouaient en Champions League. Le théâtre de Savary ne dépassait pas la CFA. Celui de Grüber était très éprouvant pour les acteurs. Vitez était plus humaniste, moins diva que Grüber avec ses humeurs de W.C. Fields bergmanien. Pour ce qui est de leur art : Vitez avait la science de l’espace- j’insiste- tandis que Grüber était plus un utilisateur de gros plan. Vitez (1930-1990). Grüber (1941-2008). Ci-gît dans ma mémoire. Dans celle de Dominique Reymond. D’autres encore. Tant que nous vivrons.

-Journaux de répétitions, avec Klaus Michael Grüber et Antoine Vitez
de Dominique Reymond. Notice et notes par David Tuaillon
Klincksieck/ Archimbaud, 152 p., 17,50 €

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