Archives pour: Décembre 2012, 14

Mort du "Frère Jacques" Georges Bellec (1918-2012)

14.12.12 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT

Nous venons de voir partir le musicien Dave Brubeck, l’architecte Oscar Niemeyer, le héros de l’Annapurna Maurice Herzog…
Le chanteur, peintre et musicien Georges Bellec, membre des Frères Jacques, est mort jeudi 13 décembre 2012, à l’âge de 94 ans. (Sur la vidéo c’est le premier à gauche avec le bonnet blanc.)
C’était le plus comique des quatre. Un comique très efficace
Entre 1946 et 1982, les Frères Jacques ont passé leur vie à chanter Vian, Brassens, Prévert, Ferré…
Georges Bellec a enchanté les Français avec son frère aîné André Bellec, en compagnie de François Soubeyran, tous trois disparus disparus, et de Paul Tourenne qui vit à Montréal.
Les Frères Jacques formaient un quatuor plein d’esprit.
Chanteur, acteur, mine, danseur, ils avaient infiniment de talent.
Un esprit qui excluait la vulgarité et la grossièreté.
J’ai assisté à leurs adieux au Théâtre Marigny, en compagnie de mon frère Charles.
Devant nous était assis Roger Pierre qui applaudissait à tout rompre, avec un regard d’éternel enfant.
Les Frères Jacques, Raymond Devos, Fernand Raynaud, Georges Brassens, tout un monde englouti.
Il s’agit de phares. 90% des gens du music-hall actuel font office de minuterie.

Composition du groupe des Frères Jacques [Faire le Jacques=faire l’idiot…]
André Bellec (1914-2008), le fondateur
Georges Bellec (1918-2012), le comique
François Soubeyran (1919-2002), le poète
Paul Tourenne (1923), le premier ténor (et photographe)

Cinquième membre du groupe:
Pierre Philippe (1909-1995), le pianiste jusqu’en décembre 1965.
puis Hubert Degex (1929, de 1965 à 1982

Enfin Jean-Denis Malclès (1912-2002), décorateur de théâtre, créateur de leurs fameux costumes.

Mort de Maurice Herzog (1919-2012), l'un des héros de l'Annapurna

14.12.12 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, De GAULLE ET MITTERRAND SONT MORTS, GRAND MONSIEUR

On peut dire ce que l’on veut mais Maurice Herzog fut le premier homme à gravir jusqu’au sommet de l’Annapurna. Certes tout n’a pas été un conte de fées mais qui peut me garantir que la victoire des footballeurs français en Coupe du Monde 1998 fut aussi belle qu’on la raconte sans cesse ? Ce 14 décembre 2012, on annonce sa mort. Je republie mon article sur le livre de sa fille qui est tout sauf un roman. C’est le récit qui a pour amorce le complexe d’Electre, soit le complexe dOedipe au féminin. Roman est de trop, c’est la version d’une fille sur son père. Je n’ai pas participé à la descente en flammmes du père comme certains médias. Il y a peu de temps, j’ai vu sur la télé du service public un grand sujet sur ce livre: une émission digne des journaux à scandales, seul Christian Brincourt a fait entendre une voix différente. On y a aussi aperçu Maurice Herzog, pour la dernière fois, au seuil de la mort. Il n’en revenait pas que sa fille- aussi belle qu’intelligente- ait pu signer un tel ouvrage. Malgrè tout ce que l’on peut dire sur Maurice Herzog, je lui conserve tout mon respect, ainsi qu’à ses compagnons de cordée.

Malgré tous ses efforts pour saccager l’image de son père, Félicité Herzog a écrit un livre d’amour sur le premier vainqueur de l’Annapurna devenu secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports du général de Gaulle. De l’amour contrarié mais de l’amour quand même. “Famille, je vous hais! “(André Gide) On connaît la chanson! Maurice Herzog, mon père, ce zéro… Le beau zéro, le grand zéro… L’alpiniste Maurice Herzog a-t-il été un père à la hauteur ? On n’en finirait pas de plaisanter sur le titre (Un héros) de l’ouvrage hostile à un monument mondial de l’alpinisme, chef d’expédition de l’illustre cordée qui a réussi là où cinquante-cinq autres tentatives échouèrent. Les enfants sont-ils les mieux placés pour juger leurs parents ? Cela reste à prouver. « Tuer » le père quand on a 44 ans et une très bonne situation sociale (tête pensante chez Areva), cela ne relève pas de l’exploit. Il y a deux façons de parler des siens : celle de Pascal Jardin (Le Nain jaune) qui a davantage écrit un grand livre qu’un portrait exact de son père, haut fonctionnaire de la France vichyste, ou celle d’Alexandre Jardin (Des gens très bien) petit-fils qui a dézingué son grand-père dans une démarche éditoriale plus proche de Voici que du Bloc-notes de François Mauriac. Pour espérer faire un succès de librairie, il faut qu’un parfum de scandale précède la mise en vente.
Un héros est donc la descente en flammes tardive d’un père par sa fille qui a choisi sa mère pour dédicataire. Elle aurait pu y ajouter son frère psychotique au point d’en mourir, à bout de force. Nous sommes dans l’autobiographie avec ici et là quelques arrangements avec la vérité jusqu’à parfois déraper vers le n’importe quoi. Page 39 : Félicité Herzog prétend que le cadavre de Jean Prévost a été «traîné jusqu’à la mort par une voiture de la Gestapo». Primo, un cadavre ne peut pas être trainé jusqu’à la mort… Secundo, d’où tient-elle cette information ? Peut-être de sa mère qui fut marié à Simon Nora (1921-2006), «résistant, juif et compagnon de route des communistes». Ce premier mari n’est autre que le père d’Olivier Nora, l’actuel patron des éditions Grasset. Comme le monde est petit.
Le débinage du père sert donc à rendre hommage à une mère (Marie-Pierre de Cossé-Brissac) qui a dû subir l’antisémitisme de ses parents (père pétainiste et mère collabo) avant d’épouser en secondes noces Maurice Herzog- dont elle divorça- qui attirait toute la lumière sur lui. La vengeance étant un plat qui se mange froid, il était temps, en 2012, d’abattre la statue du commandeur qui va fêter ses 93 ans. A l’ère de la littérature jetable, ce que dit Félicité Herzog est plus important que son style. Le fond domine la forme même dans la partie plus intime du récit- «le misérable petit tas de secrets»- là où l’on frôle l’inceste, par le biais d’un «viol du regard».
L’essentiel du livre, on le connaissait déjà depuis que Gaston Rébuffat, membre de l’expédition, s’était désolidarisé des récits de l’ascension de l’Annapurna signées par M. Herzog, starifié en couverture de Paris Match, brandissant le drapeau français au bout de son piolet. Le cliché fut pris par Louis Lachenal, grand oublié de l’exploit historique du 3 juin 1950 accompli ensemble. Lachenal ne tira aucun marron du feu tandis que celui qu’il accompagna par conscience professionnelle fut recouvert de gloire jusqu’à entrer dans le gouvernement gaulliste. Amorçant la controverse, Annapurna premier 8000 de M. Herzog s’arracha comme des petits pains. A la mort de Lachenal, dans une crevasse de la Vallée Blanche, au cours de hiver 1955, les notes du disparu (Les Carnets du vertige) furent mises en forme par Gérard Herzog, le frère de Maurice… Il a fallu attendre quarante ans pour enfin découvrir des manuscrits inédits de Lachenal- mis au grand jour par son fils Jean Claude- qui décrivent une autre version de l’ascension.
Lachenal rapporta que M. Herzog poussa l’expédition au-delà du raisonnable pendant que lui ne laissa pas tomber « l’illuminé» parce qu’un guide ne doit pas abandonner quelqu’un sous peine d’être accusé de non assistance à personne en danger. «Marchant vers le sommet, [M. Herzog] avait l’impression de remplir une mission. C’est pour lui et pour lui seul que je n’ai pas fait demi-tour. Cette marche au sommet n’était pas une affaire de prestige national. C’était une affaire de cordée. » C’est toute la différence entre un alpiniste en quête de prouesse et un professionnel de la montagne. A force de trop braver le danger, les deux hommes subirent l’amputation des pieds et des mains (Herzoz) et des orteils (Lachenal). Dans un autre domaine, celui de la conquête de la lune, on connaît surtout Neil Armstrong, le premier à alunir, au détriment de Buzz Aldrin qui l’a suivi pourtant de près. Lors de la Première Guerre Mondiale, on disait que « Parade » était de Cocteau sans préciser que les décors et la musique avaient pour auteurs Picasso et Satie. Félicité Herzog dresse le portait d’un dragueur assoiffé de conquêtes qui hésite entre DSK et Simenon. Cela méritait-il 302 pages ? On n’écrit pas comme on fait du ski à Gstaad. Une chose est certaine : M. Herzog a prouvé qu’il avait un mental d’acier. Celui qui manque d’habitude à tant d’athlètes français.

-Un héros
de Félicité Herzog
Grasset, 302 p., 18 €

[Post dédié à Maurice Baquet]

Soutine, de Marie-Madeleine Massé (Orangerie/ Découvertes Gallimard)

14.12.12 | par morlino | Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, GRANDE DAME, VAN GOGH FOR EVER

La superbe collection Découvertes de Gallimard qui est toujours un enchantement visuel et tactile publie un hors-série bourré de pages que l’on peut déplier parfois en quatre. Ce petit volume est déjà un collector pour qui aime les livres et la peinture. Soutine (1893-1943), Chaïm pour les intimes, est un peintre qui a élu domicile dans le Montparnasse de la grande époque, celui où le monde entier s’y rendait. C’est là qu’il fallait être avant la Première Guerre mondiale. Au Louvre, il est resté scotché devant Le Bœuf écorché de Rembrandt, l’un des mes tableaux préférés. Je n’ai jamais vu quelqu’un le regarder quand je vais le voir. Après sa vision du Boeuf écorché, Soutine a alors décidé de peindre des bouts de viandes. Alors qu’il aurait pu les manger- crevant de faim- il les laissait pourrir pour pouvoir mieux les peindre. On imagine qu’aucun collectionneur ne voulait accrocher au mur de leur salon les bouts de barbaques peints par Soutine. Par ailleurs, ses distorsions sont somptueuses. En 2012, ces toiles sont hors de prix. Sa peinture a beaucoup de caractères et sa mort prématurée nous a privés de quelques chefs-d’œuvre supplémentaires. Il est mort en pleine période de l’immonde chasse aux Juifs. Une exposition à L’Orangerie permet de voir plusieurs de ses tableaux dont ses fameuses natures mortes dans le prolongement de Chardin. L’exposition s’appelle L’ordre du chaos. Cela tombe bien puisque Guillaume Apollinaire a dit que les grands peintres œuvraient pour mettre de l’ordre dans le chaos. Sans eux, nous serions tous aveugles.

- Soutine
De Marie-Madeleine Massé
Musée de l’Orangerie/ Gallimard, 8, 40 €

Exposition Chaïm Soutine. L’ordre du chaos.
Musée de l’Orangerie
Depuis le 3 octobre jusqu’au 21 janvier 2013

Titre du Blog All

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