Les Marx Brothers par eux-mêmes, de Chantal Knecht (Laffont)

10.01.21

Les Marx Brothers par eux-mêmes, de Chantal Knecht (Laffont)

Quand on voit la médiocrité de certains histrions censés nous faire rire, on est obligé de penser qu’ils feraient mieux de regarder les films des Marx Brothers pour apprendre leur métier. Les cinq frères savaient tout faire et bien faire. Leur humour a révolutionné l’humour. Un humour avec des jeux de mots bien souvent mal traduits car ils étaient trop forts dans l’absurde. Chaplin dans le parlant est tombé dans le verbiage. Eux, non.
Quelle chance ont eu ceux qui les ont vus sur scène. Au music-hall ils étaient encore plus extraordinaire du fait de leur présence en chair et en os.
Au départ, ils sont cinq : Chico l’aîné au doigt revolver, Harpo le muet qui klaxonne, Groucho à la langue bien pendue, Gummo qui tient les cordons de la bourse et Zeppo monsieur passe partout. Quelle lignée ! Quelle fratrie ! Unique au monde. Du talent au kilo. Avec des poids lourds : Groucho, Harpo et Chico.
Il n’y a que deux catégories de gens : ceux qui aiment les Marx et ceux qui les ignorent. Nous sommes tous des Marxistes, disent les thuriféraires. Groucho quand il était bien reçu chez quelqu’un avec plein de victuailles, des bouteilles, des cigares et des dames, écrivait ensuite son hôte : «J’espère que quand vous viendrez chez moi vous ferez la même chose ! » Groucho était un génie comique. Sa démarche, ses yeux, sa voix, sa dialectique, son esprit, son intelligence crèvent l’écran. Sa moustache, unique. Il pouvait la dessiner avec de la suie de bouchon en liège. Harpo lui ne fait que passer, comme un ange terrestre. On ne sait pas d’où il sort et où il va. Il est aérien comme le son de sa harpe. Et Chico joue du piano avec un doigt à la fin pour clore sa partition.
Le livre est bourré de lettres, de témoignages, d’archives, de références, le tout sous forme d’un abécédaire. Les émissions de radio retranscrites ont la saveur d’un vieil Armagnac. Tout est excellent. Tout est à garder. Tout est à lire. A relire. On rit. Non seulement parce que c’est amusant mais aussi parce que cela fait du bien de savoir qu’en 1932 longtemps avant notre naissance des frangins se marraient bien ensemble. Une femme salue un homme mais celui ne se souvient pas qu’il a passé la nuit avec elle car il ne mélange pas le travail avec le plaisir. En 2020, un tel sketch vous conduit à l’émasculation sur une chaîne d’info continue ! Il faudrait adapter au théâtre l’héritage des divins farfelus. Succès assuré.
Il faut remercier Chantal Knecht d’avoir récolter tout ce legs considérable. J’en profite pour saluer Roland Blanche (1943-1999) avec qui j’ai passé une nuit dans les années 1980 a parler des films des Marx Brothers. Il déménageait et voulait m’offrir toute sa collection sur les frères. Vouloir me les donner, c’était déjà un cadeau inoubliable. Ensuite il est mort. Cela finit souvent comme ça mais il est parti trop tôt, au bout de longues nuits blanche, Roland, formidable comédien. Le coeur sur la main. On dit que les meilleurs partent en premier. Là, c’est vrai.

-Les Marx Brothers par eux-mêmes, Chantal Knecht. Préface Jean-Loup Chiflet. Robert Laffont, 760 p., 30 €

Commentaires, Pingbacks:

Cet article n'a pas de Commentaires/Pingbacks pour le moment...

Laisser un commentaire:

Votre adresse email ne sera pas affichée sur ce site.
Votre URL sera affichée.

Balises XHTML autorisées: <p, ul, ol, li, dl, dt, dd, address, blockquote, ins, del, span, bdo, br, em, strong, dfn, code, samp, kdb, var, cite, abbr, acronym, q, sub, sup, tt, i, b, big, small>
(Les retours à la ligne deviennent des <br />)
(Sauver le nom, l'email et l'url dans des cookies.)
(Autoriser les utilisateurs à vous contacter par un formulaire de message (votre adresse email ne sera PAS révellée.))

Janvier 2021
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software