Archives pour: Novembre 2020, 25

25.11.20

Permalink 16:48:19, Catégories: LITS ET RATURES, BLONDINEMENT A XV, GRAND MONSIEUR  

Christophe Dominici a rejoint "Les Tragiques" de Christian Montaignac

Parmi d’autres météores de la galaxie sportive, Christian Montaignac rend hommage au sauteur en hauteur Yuriy Stepanov (1932-1963). Un suicidé de la société soviétique.

A part l’étincelant Maso (1974), Christian Montaignac est aimanté, on peut même écrire hanté, par les destins broyés avant l’heure : Etoiles fuyantes, la noblesse de maudits du sport (2004), Cœurs de loser (2008). Il est évident que Maso appartient aux sportifs qui ont la dimension de James Dean tout en restant vivant : il en va ainsi pour Eric Cantona, Jean-Pierre Rives ou Serge Blanco. Bien sûr aussi Bernard Hinault et Eddy Merckx. Et comment ne pas être touché par l’accident de Roger Rivière: tous nos rêves de le voir survoler le cyclisme sont restés au fond du ravin qui l’a brisé au sens propre et au sens figuré. Aujourd’hui Rivière coule encore dans nos veines même s’il est mort.
Cette fois, Montaignac qui est plus un enchanteur qu’un fossoyeur, ressuscite des sportifs oubliés, à l’écart de Cerdan et Coppi qui sont au Panthéon mondial. Ni le perchiste Pierre Quinon qui s’est rayé de la surface de la terre à force d’y tomber dessus, ni John Fashanu traité en pestiféré parce qu’il était “pédé"- comme disaient ceux qui lui ont rendu la vie impossible- alors qu’il serait de nos jours une icône publicitaire.
Le bel ouvrage - à tous les sens du terme- de Montaignac est le sarcophage de quarante sportifs tous partis en cours de route, et certains dans un accident d’auto, tel Steve Prefontaine, coureur sur macadam, pionnier des marathons dans les grandes cités qui font courir tout le gotha des sponsors pour caser leurs marques à virgule, trois bandes ou félin, grâce à lui et à quelques autres. En peu de mots, le narrateur sait faire apparaître les traits de caractère des défunts avec ce qu’il faut de journalisme éclairé par la grande différence qui fait l’écrivain. On retrouve Robert Enke (1977-2009) qui trouvait la vie insupportable devant la mort de son enfant. On apprend à connaître postmortem le sauteur en hauteur Yuriy Stepanov (1932-1963) et le marathonien Kokichi Tsuburaya (1940-1968) eux aussi n’ont pas laissé la mort les surprendre : ils ont devancé l’appel, volontairement. Tout comme Christophe Dominici (1972-2020) qui s’est envoyé en l’air, une mauvaise fois pour toutes. “L’ailier cet enfant perdu”, a écrit Henry de Montherlant. A la radio, on à la télévision, ils ont dit : «Retrouvé mort après une chute» ou «disparition brutale». La mort prématurée de sa sœur lui était insupportable, dit-on. Les samouraïs disent: «Si tu n’es pas digne devant la vie, sois-le devant la mort ».
Christian Montaignac est un précieux mémorialiste. Un réceptacle de la souffrance des autres. Rien n’est triste. La mémoire n’est pas une maladie honteuse. L’écrivain est un dinosaure qui n’a pas baissé la garde devant la suprématie des consultants, mode stupide. Pour un Albaladejo combien de sans vrai talent ? Qu’il est loin le temps où Platini disait : «Les joueurs passent mais les journalistes restent». Désormais c’est le contraire mais dites-moi que nous apporte le blablabla de Chabal, Domenech et autres Lizarazu. Rien de rien. Le plus grand critique littéraire fut Pascal Pia et il n’a jamais écrit un roman de sa vie. “Seul les anciens pros ont le droit de parler de football” vient de confier un champion du monde de football 2018 qui n’a pas joué une seconde de la compétition. Vous l’aurez compris lisez Montaignac et n’écoutez pas la radio. Détournez-vous aussi des livres et chroniques des histrions du sport qui signent des livres sans en avoir écrit une seule ligne.

-Les Tragiques. Ils ne sont morts qu’une fois, Christian Montaignac. Superbes illustrations de Bertrand Vivès. En exergue éditions, 290 p., 21, 50 €

Novembre 2020
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << < Courant> >>
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software