Archives pour: Septembre 2020, 21

21.09.20

Michael Lonsdale (1931-2020)

Il était de la race des Jean Bouise.
Des seconds rôles meilleurs que nombre de premiers rôles.
Je pense aux mots de Jean Gabin: “Tu joues avec Bernard Blier? Attention, dans tes scènes avec lui, on ne verra plus que lui".
Une présence qui crève l’écran.
Une voix qui chante.
Un colosse si fragile.
Depuis les années 1950, il n’a jamais arrêté de travailler. Dans tous les styles. Grande ouverture d’esprit.
Un prêtre de la vie.
Il y a plusieurs décennies, j’ai assisté à la vente des souvenirs de Michel Simon.
Nous étions peu nombreux dans la salle.
Au premier rang, il y avait Michael Lonsdale. Imposant par son physique silencieux. Je le voyais de dos mais je savais que c’était lui.
Il levait souvent la main pour acheter des photos.
A la fin, je suis allé le voir pour lui dire: “Cela fait plaisir de savoir que tout ça est chez vous à présent”.
Il m’a dit: “Vous aimez Michel Simon, je vois… Attendez, je vais vous donner quelques photos qui sont en double…”
Et il m’a tendu cinq cartes postales sépia du jeune Michel Simon, époque Vieux-Colombier.
Voilà qui illustre sa générosité. Sa transmission.

Maradona a servi le football plus qu'il ne s'en est servi

Le meilleur documentaire sur Maradona reste Le Gamin en or (2006). Et de très loin ! Ni hagiographique ni condamnation. De la justesse. Maradona matraqué, Maradona exploité, mais Maradona toujours vivant. Un vrai Phénix. A l’inverse, Kapadia n’a pas réussi son film. Kusturica non plus.

Maradona par Asif Kapadia (2019)

Je n’avais jamais vu ce documentaire sur Maradona.
Autant le Senna de Kapadia est remarquable autant “son” Maradona a des faiblesses car on se demande si le cinéaste sait vraiment apprécier le football.
Il fait l’impasse sur la finale de la Coupe du Monde 1990 alors que l’Allemagne a battu l’Argentine sur un penalty imaginaire: l’Argentine ne devait pas gagner car elle avait éliminé l’Italie… à Naples. Kapadia montre pourtant bien l’ânerie des dirigeants italiens qui on fait jouer leur équipe nationale à Naples, en 1/2 finale, dans le fief de Maradona ! Comme Maradona a sorti le pays organisateur, tout le stade en finale, à Rome, l’a pris en grippe: il fallait que Maradona ne conservât pas son titre de champion du Monde 1986. Ce match est très important.
Le documentaire n’évoque pas non plus la Coupe du Monde 1994. Maradona s’était bien préparé. Il revenait fort mais la FIFA l’a suspendu en pleine compétition pour usage d’éphédrine ! Tout ça est grotesque. Maradona n’est pas un Ben Johnson du football: il ne se dopait pour bien jouer. Il a même dit: “Quel grand joueur j’aurais été sans drogue…”
Ces faits non évoqués affaiblissent le film. De même qu’il ne souligne pas assez le rôle capital de sa femme qui l’a toujours aidé.
A la sortie de ce documentaire, Maradona n’avait pas aimé le sous-titre : Rebelle. Héros. Escroc. Dieu. :
-"Je joue au football et je gagne ma vie derrière un ballon. Je n’ai jamais escroqué personne. S’ils veulent mettre ça pour attirer le public, je pense qu’ils font une erreur. […] Je n’aime pas ce titre, et si je n’aime pas le titre, je n’aimerai pas le film. Alors n’y allez pas.” Suite à cette déclaration, j’ai acheté le film mais je ne l’ai pas visionné.
Je n’appartiens pas à ceux qui jugent Maradona. On ne juge pas un champion de ce calibre: ce joueur a fait avancer le jeu.
Maradona appartient au clan fermé des 5 majeurs de tous les temps:
Pelé, Maradona, Di Stefano, Puskas et Cruyff.
Messi ou C.Ronaldo comme Platini et Zidane ne sont pas parvenus à prendre la place de l’un de ces cinq virtuoses qui sont indélogeables. Même Garrincha ne peut pas prendre la place de l’un des cinq as.
Maradona a raison, ce n’est pas un escroc. Les escrocs ont a vu qu’ils étaient au sommet des responsables du football.
Maradona sans football c’est comme Mozart sans musique.
Maradona conteste même qu’on associe son nom à Dieu: “Dieu c’est autre chose”, dit-il.
Chacun son domaine. Maradona a considérablement apporté au football.
Des millions de joueurs n’ont de footballeur que le nom tant leur jeu est sans lumière.
Maradona est démoniaque, dit souvent la presse. Non ! Roublard, oui. La feinte c’est l’art de la roublardise.

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