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05.08.20

Permalink 09:05:35, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, ANQUETILLEMENT  

Darrigade, par Christian Laborde (Ed. Le Rocher)

Darrigade champion du monde sur route 1959. Anquetil n’a jamais conquis ce titre, c’est dire l’exploit ! La grande classe à la française c’est André Darrigade et pas l’aca-cadémicien Trucmuche. Le sourire foudroyant de “Dédé-de-Dax", ses beaux cheveux, sa peau blanche même sous le cagnard, voilà la vraie beauté naturelle. Darrigade et Anquetil diffusent la même lumière. Celle des phares de la route.

Poète, romancier, pamphlétaire, Christian Laborde déborde de poésie. Il l’a débusque de partout, et s’il n’y en a pas il est capable de la créer car comme l’a dit Victor Hugo tout poète a un monde enfermé en lui. On sait qu’il déplace des montagnes pour y trouver des ours au bas de chez lui. Il prend aussi le taureau par les cormes pour le sauver des arènes, et il est plus proche des vaches que ne l’était Gandhi. Le frère de mots de Claude Nougaro est capable de parler aux disparus parce qu’il les porte dans son cœur.
A présent, il publie un Darrigade (91 ans), après un Robic. Son Darrigade, après son Robic. Un vivant, après un mort. Quand il voit « Dédé-de-Dax », il a aussi rendez-vous avec Fausto Coppi et Jacques Anquetil. Ce nouvel hymne à un sportif est de toute beauté. Laborde parle des cyclistes comme il parle de Donatello ou de Vermeer. Il n’y a qu’en France où l’on pratique bêtement l’ostracisme, mais il vaut mieux lire la prose d’un véritable écrivain que le nouveau torchon d’un ex locataire de l’Elysée qui publie pour des gens qui pensent que Goya est une chanteuse et Ducasse un cuistot. Ils font là où on leur dit de faire comme les clebs. Quant aux greffiers des lettres quelle bande de cuistres ! Plus c’est abscons plus ils disent du bien de bouquins qu’ils ne lisent même pas. Tout se joue sur l’entregent et parfois l’entrejambe. Avec des non-livres les éditeurs font marcher la machine à cash mais ils assassinent la littérature. Il y a plus d’émotions dans les pages jaunes! Heureusement des écrivains de la trempe de Laborde passent à travers les gouttes du C-19 de la suffisance qui polluent les librairies.
«Le sprinteur, comme le navigateur solitaire, est un homme dans le vent » écrit Laborde pour évoquer André Darrigade qui se sentait pousser des ailes à l’approche de la ligne d’arrivée. Il démarrait fort le Tour de France, dès le premier jour. Il appartient au clan très fermé des Français champions du monde sur route : tout juste 7. Il a conquis le sublime maillot arc-en-ciel en 1959. Un titre de gloire qui n’est pas n’importe quoi. Si on dit que Charbonnier est champion du monde de football 1998 alors Darrigade est un Dieu vivant, ce qu’il est pour des anciens petits garçons comme Christian Laborde qui n’a jamais tué l’enfant en lui, à l’inverse des renégats de la politique qui pullulent sur les plateaux télés et que l’on reconnait de loin grâce aux bruits des casseroles qui les annoncent.
Heureusement que des sportifs du niveau de Darrigade ont bercé notre plus tendre jeunesse : eux ne nous ont jamais déçus. Le 19 août 2020, vingt jours avant le départ du Tour de France, le livre de Laborde, avec des photos de famille pour la première fois montrées, sera en librairie. Même les ouvertures, avec l’actualité de l’année traitée, se délectent comme un coup dans le rétroviseur d’une Aronde ou d’une Versailles voire Caravelle ou Dauphine. On reconnait la malicieuse prose de Laborde dans les expressions dont il a le chic : « Anquetil fait montre… » N’est-ce pas merveilleux pour le champion du contre-la-montre ? « Les Pyrénées se radinent… » Magie littéraire. De la grâce de partout. Pas de besogne. La grande classe comme André Darrigade, fils de métayers, prince de l’élégance, avec ses cheveux or. En habit de coureur, il était plus tiré à quatre épingles que les notables habillés en pingouin. Monsieur Darrigade, sur le podium des meilleurs sprinteurs de tous les temps, est un seigneur du sport. Il occupe une place royale dans notre mémoire collective qui n’est pas la prison des sentiments mais la plus belle des cours de récréation. Il a trouvé en Laborde l’équivalent de La Grange, le biographe de Molière. De la scène à la selle, même combat. Celui du courage et du talent à l’air libre. Le sprinteur Dédé ou toujours l’envie d’en découdre.

-Darrigade, Christian Laborde. Editions du Rocher, 290 p., 21, 90 €

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