Archives pour: Mars 2020, 21

21.03.20

Permalink 09:09:43, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Antonin Artaud (1896-1948), le visionnaire

Lire Artaud c’est bien plus prenant que tous ces livres insipides d’amants et maitresses.

Le lundi 13 janvier 1947, le poète a tenu une conférence au Vieux-Colombier, à Paris, qu’il a appelé Histoire vécue d’Artaud-Momo. Le Marseillais Artaud est l’un des plus passionnant parcours d’écrivain, de créateur. II écrivait comme on se jette dans le vide. Hors normes, comme de Nerval, van Gogh ou Camille Claudel, il faisait peur aux moutons de Panurge. Philippe Soupault m’a dit que pour effrayer encore plus ceux qui disaient du mal de lui, Antonin Artaud s’amusait à sauter sur les tables des bistrots à Montparnasse. Les médecins l’ont rendu toxicomane.

On le disait marteau mais c’était un écorché vif:

-"Le problèmes sociaux ne sont rien auprès d’une certaine irritation physiologique de l’épiderme, de la peau, des os, que peu ont vue, mais qui bientôt va parler plus haut que tout, car ce n’est pas une colère de cœur, mais cette fois une colère de corps, la colère de ce grand négligé de l’histoire tant de l’homme que des animaux: le corps".

Il pronostique:
-"Peste, choléra, scorbut, variole, syphilis, famine…”

Et il ajoute:
-"Monde non mené par gouvernements, églises, rites, doctrines, systèmes, institutions, livres, journaux, facultés mais par (…) chronicités de miasmes endoctrinant depuis toujours les corps".

-"Vous n’êtes pas libres, la conscience apparente est une façade sur vous jetée par des singes, de vieux et très astucieux ouistitis. Ce n’est pas sérieux, alors tournons la page et regardons ce qui se passe (…) La façade bonne à endormir les gogos (…) Je ne suis pas un politicien".

-"Ne vous laissez jamais mettre au cercueil".

-"Je ne suis pas malade, je suis conscient", disait-il. Tarif ? Neuf ans d’internement ! “J’ai été victime d’un crime social". Et encore: “Je suis mort à Rodez sous un électrochoc".

Il récapitule:
-"9 ans d’internement, 3 ans d’emprisonnement, 2 ans d’électrochocs, 2 coups de couteau en 1916 et 1928. Cela donne à réfléchir (…) L’histoire d’un écrivain sain d’esprit et séquestré et incarcéré pendant neuf ans est sans importance, je le sais, et elle ne peut intéresser que les rares amis de mes œuvres qui ne sont pas légion".

Lors de la conférence, Artaud, très ému, ne fut pas à la hauteur alors qu’il savait très bien lire devant ses amis, d’autant plus qu’il était par ailleurs comédien. Cette fois, il lui a semblé vain de se mettre à nu en public. Il n’en avait plus la force ni l’envie. Heureusement, il avait tout mis par écrit ce qu’il voulait dire mais cela lui semblait déjà d’être du réchauffé. A quoi bon ?

PS: toutes les citations proviennent de: Œuvres complètes, tome XXVI, Antonin Artaud. Gallimard, 1994.

Mars 2020
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31        

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software