Claude Régy (1923-2019) rejoint Vitez et Chéreau

26.12.19

Claude Régy (1923-2019) rejoint Vitez et Chéreau

Claude Régy… Il y a tant à dire sur lui.
Monument du théâtre contemporain. Il avait intitulé sa compagnie: Ateliers contemporains, au pluriel si je me souviens bien. Atelier, un beau mot qui sent l’artisanat. Un mot aussi en hommage à Charles Dullin, son maître au début de son parcours.
J’ai connu Claude Régy en 1982. Et je l’ai aimé immédiatement.
Exigence, passion, compétence, sensibilité extrême, coléreux quand il le faut, plein d’humour… Sa haine de la bêtise me plaisait tellement ! Il y a tant de spécialistes de la reptation.
Il n’a jamais voulu avoir de théâtre. Sa liberté était totale. Il ne voulait pas perdre son temps dans les questions administratives.
Il m’a fait l’honneur de m’engager pour Grand et Petit, de Botho Strauss, comme photographe.
Il m’avait préféré à Hervé Guibert dont je salue la mémoire.
La veille de la première, il m’appelle tard le soir et me dit:
-"Je dois supprimer toute ce que tu as fait car le spectacle est trop long… Et comme tu n’es pas comédien…”
J’avais réalisé toute la séquence de la séance des diapositives présentes dans le spectacle. Un travail sur plusieurs jours. Une mise en scène dans la mise en scène.
J’ai très bien accepté car travailler avec lui m’avait fait trop plaisir.
Il m’a écrit, le soir de la première:
“Merci d’être comme tu es".
J’ai toujours son bristol talisman.
Ensuite, il m’a demandé de photographier Par les villages, de Peter Handke.
Mon premier spectacle de Claude Régy fut Les gens déraisonnables sont en voie de disparition de de P. Handke, en 1978.
Claude Régy c’est l’équivalent de Hopper, au théâtre.
Science de l’espace. Solitude à couper au couteau.
Il aimait surtout les répétitions.
La représentation était de trop ! Le travail de recherche était alors fini. Place au fignolage. Il était le roi des notes d’après spectacles. Il assistait à tous les spectacles avec une concentration inouïe.
Il pouvait condamner plusieurs fauteuils de l’orchestre qu’il faisait recouvrir d’un drap blanc, s’il estimait l’angle de vision défectueux. L’accueil de ses spectacles ? Le dernier de ses soucis.
Lors des répétitions, il fumait cigare sur cigare. Marque Panther, à l’époque, si ma mémoire est bonne.
Les comédiens l’aimaient vraiment de manière forte: je pense à Muni. Ah! Muni, elle partageait son beefsteak avec moi dans sa chambre d’hôtel.
Je pourrais écrire un livre dans la soirée, sans m’arrêter, sur Claude Régy.
Je lui avais dit: “Pourquoi il n’y a rien au mur chez toi ?”
Lui: “Pour ne rien indiquer sur moi aux visiteurs !”
Sa voix, aiguë, tranchante, comme quelqu’un toujours sur le fil du rasoir.
Ses yeux qui sourient.
Sa vivacité. Ses coups de sang. Son élégance innée.
Le théâtre vient de perdre son dernier géant.
Vitez et Chéreau n’ont pas pu aller au bout de leur rêverie constructrice. Régy, oui.

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