Archives pour: Novembre 2019, 05

05.11.19

Permalink 14:03:54, Catégories: LITS ET RATURES  

Germaine Berton. Une anarchiste passe à l’action, Frédéric Lavignett (L’Echappée)

Le 22 janvier 1923, une jeune femme de 20 ans, Germaine Berton, assassine Marius Plateau, des Camelots du Roi, dans les locaux du journal L’Action française. Un geste meurtrier pour venger Jean Jaurès assassiné le 31 juillet 1914, contre l’occupation de la Ruhr et contre le fascisme. Elle sera acquittée. Depuis la polémique est toujours là: pour certains, elle a été instrumentalisée, pour d’autres c’est une héroïne désespérée. Fait divers ? Acte politique ? Crime d’une désœuvrée ? Acte insensé d’une révoltée ? Tout le monde voit midi à sa porte.

Déjà auteur d’un splendide album consacré à La Bande à Bonnot (Editions Fage, 2008. 628 p., 38 €) - historique à tous les niveaux, fond et forme- Frédéric Lavignette en consacre un autre à Germaine Berton (1902-1942)- dans une maquette moins exceptionnelle mais qui tient la route dans son genre. L’exigence est au rendez-vous, grand travail. Cette indomptable, née en 1902 est morte le 4 juillet 1942 le jour de l’enterrement de Léon Daudet qu’elle avait toujours voulu … assassiner ! Il est fort probable que Germaine Berton se soit suicidée. Suicide ou trop d’absorption de médicaments, car elle est morte à l’hôpital ? Meurtre déguisé en suicide ? Tout reste possible avec ce destin hors normes.
Avant de mourir, elle a eu la joie d’apprendre le décès du pamphlétaire royalo-nationaliste qui hantait les nuits et les jours de l’ouvrière-syndicalistes dont la biographie est pleine de bruit et de fureur. Lors d’une manifestation, elle est blessée d’un coup de sabre. Membre de l’Union Anarchiste, en 1922, elle finit par adhérer aux groupes des anarchistes individualistes du 14e arrondissement de Paris. Le 22 janvier 1923, elle tue Maurice Plateau, chef des Camelots du roi, qui s’est trouvé sur la route de la révoltée à défaut de Daudet ou de Charles Maurras.
«La» Berton voulait en finir avec les antisémites. Lors du procès à fort retentissement elle bénéficie d’un acquittement le 24 décembre 1923, grâce à son avocat, le célèbre Henry Torrès. Un cadeau de Noël qui ne plait pas à tout le monde. L’année suivante, on la coffre pour «port d’armes prohibées, menaces et outrages à agents dépositaires de l’ordre et excitation au désordre». Suite à une grève de la faim et à une tentative de suicide, elle est libérée, se marie en 1925, et disparait des radars jusqu’à l’annonce de sa mort, dix-sept ans après son retrait de la scène de l’actualité selon l’expression d’usage.
Tout l’album passe en revue tout ce qui touche de près ou de loin l’assassinat commis par «La» Berton, notamment le contexte historique, avant et après son geste meurtrier. Le travail de Frédéric Lavignette a consisté à récolter tous les éléments du faits-divers qu’il a décortiqué dans tous les sens. L’iconographie nous transporte dans le temps. La typographie est parfaite. Nous y sommes. On se croit dans l’époque décrite. On voit même Marius Plateau en costume sur la table d’autopsie ! Le limier Lavignette a retrouvé tous les domiciles de l’anarchiste. On peut voir les photographies des obsèques de Maurice Plateau.
D’aucuns seront surpris d’apprendre que les jeunes poètes Louis Aragon, André Breton et Philippe Soupault sont du côté de Germaine Berton. Ils disent en chœur que la mort de Maurice Plateau est «un accident du travail», mot d’Aragon, un des princes de l’insolence. Parmi les documents qui nous retournent les sens : Sarah Bernhardt dans son cercueil. Jamais je n’avais vu la comédienne morte. Je n’en suis toujours pas revenu. Dans l’affaire Berton survient l’affaire Philippe Daudet, le fils du pamphlétaire, retrouvé «suicidé» dans un taxi, comme l’annonce la presse le 3 décembre 1923. Contre toute attente, on apprend que l’adolescent était un… anarchiste qui admirait Germaine Berton ! Le cran de “La” Berton avait été perceptible le premier jour de son procès où elle sortit une petit miroir pour se recoiffer comme si elle était seule dans sa chambre. Au procès, Léon Blum est venu dire que Jaurès aurait demandé l’acquittement de son assassin car le “sang ne lave pas le sang". Blum était du côté de Germaine Berton et surtout contre l’Action française: “La seule vengeance qui aurait satisfait Jaurès, c’eût été qu’une pensée de remords s’éveillât dans l’âme de son assassin“. Le procès se suit pas à pas, mot à mot, dans cet album de très haut calibre.

-Germaine Berton. Une anarchiste passe à l’action, Frédéric Lavignette. L’Echappée, 283 p., 24 €.

Permalink 11:02:20, Catégories: LITS ET RATURES, LA REVUE DE STRESS  

Les bons d’entrée (Borges, Leboulanger, Thibert, Jerphagnon, Solnon, Bépoix/ Richard, J-P Delfino, Vergez-Chaignon, July, Frébourg…) et les bons de sortie !

A la manière de René Magritte.

Les bons d’entrée :

-Le rapport de Brodie, Jorge Luis Borges. Traduction de l’espagnol par Françoise Rosset revisité par Jean-Pierre Bernès. Folio/ Gallimard, 146 p., 6,80 €. Faudrait donner un Borges au Nobel !

-Bertram le Baladin, Camille Leboulanger, Libretto/Phébus, 270 p., 9, 50 €. Un auteur né à l’ère d’internet écrit sur un conteur d’histoires avec un luth. Eh! Toile des neiges.

-Torrentius, Colin Thibert. Editions Héloïse d’Ormesson, 128 p., 15 €. Pamphlet pour la tolérance et contre les censeurs.

-L’absolue simplicité, Lucien Jerphagnon. Préface de Michel Onfray. Bouquins / Robert Laffont, 1190 p., 32 €. Un apôtre de Montaigne et de Jankélévitch.

-Histoire des favoris, Jean-François Solnon. Perrin, 448 p., 24 €. Parfois ils servaient de frères ou d’amants.

-La forêt au Moyen Age, sous la direction de Sylvie Bépoix et Hervé Richard. Les Belles Lettres ; 420 p., 26,90 €. La générosité séculaire des arbres : fruits, animaux, eaux, mais attention aux bandits !

-Assassins !, Jean-Paul Delfino. Editions Héloïse d’Ormesson, 237 p., 18 €. Emile Zola mort intoxiqué au monoxyde de carbone ? La thèse de l’assassinat déguisé est possible.

-Une juvénile fureur, Bénédicte Vergez-Chaignon. Perrin, 459 p., 24 €. La vie de Bonnier de la Chapelle fusillé à 20 ans après avoir tué l’amiral Darlan. «Mort pour la France».

-Dictionnaire amoureux de New York, Serge July. Plon, 775 p., 27 €. «La ville debout» (Céline) par le cofondateur de Libération qui n’a plus rien à voir avec la grande époque des années 1980.

-Où vont les fils ?, Olivier Frébourg. Mercure de France, 155 p., 15, 50 €. Le styliste est de sortie.

Les bons de sortie :

-Journal intégral, tome 1 (1919-1940), Julien Green. Editions de Guillaume Fau, Alexandre de Vitry et Tristan de Lafond. Bouquins/ Robert Laffont, 1376 p., 32 €. La fesse cachée de l’acaca/démicien.

-Emerveillement, Matthieu Ricard. La Martinière, 216 p., 35 €. Il était une foi commerciale. Tiens v’la du bouddha !

-Une envie de désaccord(s), Cécilia Attias et Louis Sarkozy. Plon, 228 p., 19, 90 €. Encore un non livre pour faire du fric sur le dos des victimes du PAF.

-Répondre à la crise démocratique, François Hollande. Fayard/ Terra Nova, 126 p., 14 €. Un bouquin ni fait ni à faire pour être invité dans les médias afin de combler l’oisiveté.

-Fils de la Nation, Jean-Marie Le Pen. Editions Muller, 450 p., 22,90 €. Un «détail» pour l’Histoire littéraire.

- Secrets d’histoire 9, Stéphane Bern. Albin Michel. Pour mieux connaître Voltaire, reportez-vous à Henri Guillemin sur YouTube qui nous fait voyager sans quitter son bureau.

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