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15.10.19

Permalink 06:33:31, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Miroir du Temps,d'André Suarès (Bartillat)

Parmi les écrivains de sa génération, il est le seul à ne pas avoir écrit d’âneries politiques. Niveau éthique, il est inégalable. Son style est à la hauteur de ses exigences.

Le mot qui revient le plus souvent pour définir André Suarès (1868-1948) ? Prophète. Il lui va à merveille. On s’en aperçoit quand on lit ce qu’il a écrit sur Louis-Ferdinand Céline, époque «Voyage au bout de la nuit» (1932) : «La famine égare les pauvres furieux : ils ne rêvent que la fortune et la possession des biens». Nous sommes obligés de penser aux gilets jaunes qui se réjouissaient d’avoir ramassé un cendrier du Fouquet’s dans les vitrines fracassées de la célèbre brasserie. Dérisoire trophée qui trahit l’envie, la jalousie. Pitoyable société de consommation. Comme si manger une sole meunière-grillée à 85 € était la garantie du bonheur. A l’écart de la bassesse humaine d’où qu’elle vienne et notamment de l’élite «cette chienne de cour», André Suarès a passé sa vie à lire et à écrire, les deux activités essentielles du solitaire au regard perçant. Il nous a légué un torrent d’émotions qui débordent de tous ses écrits pour nous rendre moins ignorant. Ce qu’il dit sert de pont pour mieux comprendre tout ce qui nous entoure. 2020 n’est pas 1920, sauf que la terre est toujours habitée par des bipèdes dits humains . Loin de vouloir jouer un rôle de grand gourou des lettres, le Marseillais n’a jamais cédé à la compromission, ce fléau qui rend esclave auprès de gens qu’on finit par haïr parce qu’ils nous méprisent à force de les servir. Adversaire déclaré de tous les totalitarismes, le visionnaire a cultivé sans cesse son jardin dans l’œuvre des artistes qu’il estimait. Si vous ne connaissez pas Suarès -un des très rares écrivains qui n’a jamais déliré politiquement- n’escamotez pas l’éclairante préface de Stéphane Barsacq. Dans ce nouveau bouquet de textes on retrouve Chateaubriand, Dostoïevski, Péguy, Malraux mais aussi Véronèse et Debussy, auprès desquels Suarès fait office de décodeur. Quand il rédigea son testament, le polémiste de grande envergure précisa qu’il voulait pour épitaphe : «Il n’a vécu que pour l’amour et la beauté». Sa tombe est au Baux qu’il a tant aimés. Précision: Suarès voulait que pour les visiteurs le défunt soit signaler sous le nom de: Caërdal. Son double. Lui, il avait mieux à faire. Disparaitre on ne sait où. Un courant d’air.

-Miroir du Temps, André Suarès. Edition établie et préfacée par Stéphane Barsacq. Bartillat, 355 p., 25 €.

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