Eugène Saccomano (1936-2019), de Borsalino à Giono

08.10.19

Permalink 10:58:14, Catégories: LITS ET RATURES  

Eugène Saccomano (1936-2019), de Borsalino à Giono

Il était né au temps du Front populaire.
Outre sa passion pour le football - qui remontait à son enfance- il aimait la littérature.
Une passion contrariée par une mauvaise aventure. Il avait écrit à la fin des années 1968, Bandits à Marseille… qui porté à l’écran est devenu un film mythique (Borsalino) avec Delon et Belmondo. Entretemps, il céda les droit pour une bouchée de pain. Ce ne fut pas bingo !
On lui doit trois grands livres:
-Goncourt 1932 (1999)
-Céline coupé en deux (2013)
-Jean Giono, le vrai du faux (2014)

Goncourt 1932, raconte comment Céline a raté le Goncourt.
Céline coupé en deux, radioscopie les deux Céline, l’homme de gauche devenu facho libertaire antisémite. Eugène Saccomano donne sa vision de l’écrivain.
Jean Giono, le vrai du faux. Explique bien que Giono fut le contraire du collaborateur. La mafia littéraire de l’après-guerre l’a mis à l’index car il avait tellement de talent qu’il fallait le tenir à distance. Giono ne s’est jamais parisianisé pour s’imposer.
Pour les deux derniers, Eugène Saccomano a écouté mes conseils et s’est dirigé vers Le Castor Astral pour les éditer.
Quand j’ai consacré mon feuilleton littéraire dans L’Evénement, à Goncourt 1932, Eugène Saccomano était plus que très heureux. Enfin, on le sortait du ghetto du football. Il avait dû attendre 40 ans ! D’habitude je consacrais mon feuilleton à Raymond Guérin, parmi d’autres merveilles. Je n’ai pas choisi son livre pour lui faire plaisir mais parce que son livre est très bien ficelé. Le fond et la forme. L’écrivain Saccomano prend grand soin à ne pas lasser le lecteur qu’il tient toujours en éveil.
Eugène Saccomano était un très grand lecteur, de matchs et de livres. On ne la lui faisait pas !
Il était aussi un cinéphile très pointu.
On a beaucoup ri.
Lui, le Nîmois. Moi, le Niçois.
Nous étions unis par une géographie sentimentale.
Il était de l’ancien temps: celui de la formation continue, rien à voir avec la starification instantanée.
Quand Jean-Luc Lagardère lui a remis la Légion d’honneur, il m’a convoqué fissa à Europe 1.
Pendant son discours de remerciements il a dit:
-"Sans la presse que serions-nous ? Rien".
Le travailleur acharné était d’une lucidité sans faille.

[Post dédié à sa femme Françoise, à leurs enfants, à leur petits-enfants]

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