Archives pour: Octobre 2019, 01

01.10.19

Permalink 18:38:24, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Les dernières batailles (J. Copeau/ Gallimard). Antoine Vitez & la poésie (M. Etienne/ Le Castor Astral)

Totalement maltraité par la critique qui le considérait comme un manipulateur d’acteurs, Antoine Vitez était le meilleur metteur en scène de son temps, avec Patrice Chéreau. Depuis qu’ils sont morts, je ne mets plus un pied au théâtre. Me souvenir de leurs spectacles est plus fort que toutes les âneries visuelles.

Il faut vraiment avoir le courage pour publier des deux livres. Courage financier. A l’ère du numérique qui peut se passionner pour Jacques Copeau et Antoine Vitez ? Les deux as du théâtre sont des maîtres de la langue française. Dans le livre de Copeau, on plonge dans la période fondatrice du théâtre qui a transformé l’art dramatique. Peu ou pas de décor. Tout pour le texte et la simplicité du jeu. Le cofondateur de la NRF a été déterminant dans l’utilisation de l’espace et la direction d’acteurs, ouvrant la porte du Vieux Colombier à une génération excellentissime. Louis Jouvet et Charles Dullin prendront le relais. Après des hommes de ce calibre on se demande comment ose-t-on encore monter des pièces débiles sur les grands boulevards et ailleurs ? Copeau n’était pas hermétique, tout le contraire. Le théâtre est un art éphémère. Il ne reste rien de Copeau, sauf ses écrits.
Pareil pour Antoine Vitez dont certaines mises en scène ont néanmoins été captées. Vitez… je lui dois beaucoup. Je l’ai approché de très près pendant cinq ans. Je le voyais parfois tous les jours, présent dans toutes les répétitions de ses spectacles que je photographiais. Je lui avais dit : «Je sais que je vis avec toi le prolongement historique : Antoine, Gémier, Pitoëff, Baty, Copeau, Jouvet, Dullin, Vilar, Dasté… Je veux être ton «Agnès Varda» au masculin». Et il m’accepta. Parfois, il venait me dire : «J’ai vu ce que tu as pris, je suis d’accord… » On était complice. J’ai sans doute vu 30 fois certaines de ces mises en scène. Sans jamais me lasser une seconde. Je retrouve sa présence dans le livre de son ancienne collaboratrice qui le fait bien revivre intellectuellement. Avoir été longtemps au chômage avait marqué profondément Antoine Vitez. Ensuite, il a travaillé sans cesse pour faire le plus possible de mises en scène. Il montait plusieurs spectacles en même temps. Exténuant ! Il est mort trop jeune sans pouvoir accomplir tant d’autres projets. Il nous a donné des spectacles, des poèmes, des photos, des traductions, deux filles et son amitié. On le disait rigide mais il était élégant, toujours en blanc ou en noir. Il était acteur et pédagogue comme ses grands devanciers. Sa mort est une perte considérable pour la France. Depuis qu’il est mort, je ne vais plus au théâtre. Je préfère me souvenir de ses créations disparues que d’aller voir de simples entreprises de spectacles. Le théâtre est le lieu où l’on entend le langage, telle était son credo.

-Les dernières batailles (1929-1949). Registre VIII. Edition de Maria Inès Alverti et Marco Consolini. Gallimard, 630 p., 36 €.

-Antoine Vitez & la poésie, Marie Etienne. Le Castor Astral, 224 p., 12 € ;

Disparition de Mme Eglal Farhi, fondatrice du New Morning. Disparition du dessinateur Pierre Le-Tan

Eglal Farhi (1922-2019), fondatrice du mythique lieu parisien le New Morning, est morte à son domicile de Neuilly à l’âge de 97 ans.
Journaliste d’origine égyptienne, la grande dame, discrète et distinguée et enthousiaste fut proche des plus grands jazzmen et d’autres musiciens tout aussi talentueux.
Sa petite salle est devenue un lieu. J’y ai vu et écouté Chet Baker, l’un de ses derniers concerts. Dans mon souvenir nous n’étions pas plus d’une quarantaine. J’avais lu l’annonce de la venue du Miles Davis blanc dans Pariscope. Je m’attendais à trouver les guichets fermés. En fait non. Quasi personne. La fille de la fondatrice du New Morning a succèdé à sa maman.

Pierre Le-Tan (1950-2019) peintre, dessinateur, décorateur et illustrateur, vient aussi de disparaître. Touche à tout dès qu’il avait un crayon à la main, il pouvait s’exprimer dans la presse, au cinéma, dans la mode et sur la couverture de livres. Il a illustré magistralement certains livres de Modiano. Son trait fait de hachures est reconnaissable d’emblée. Il y règne un apaisement. Il révèle la beauté des lieux. Dommage que son Paris n’existe que mentalement. Dans sa ville on circule sans la pollution, non pas atmosphérique mais administrative de l’actuelle direction de la capitale. Fils de peintre, il dessiner comme on respire. Ses Trois filles ont hérité de son talent, héréditaire dans leur famille.

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