Archives pour: Septembre 2019, 12

12.09.19

Permalink 16:52:50, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Un sacré gueuleton, Jim Harrison (Flammarion)

L’Américain Jim Harrison aimait la France pour ses écrivains, ses vins et sa gastronomie. Ses chroniques réunis définissent un art de vivre.
Le jour de la mort de Jim Harrison (1937-2016), la France a perdu un très grand ami. Il suffit de lire «Un sacré gueuleton», sous-titré «Manger, boire et vivre» pour s’en apercevoir et s’en réjouir. D’un bout à l’autre de ce recueil post-mortem d’articles on se délecte d’une prose qui ne cesse de célébrer la France, à travers sa cuisine et sa littérature. Nous sommes dans «La Grande Bouffe» de Marco Ferreri et de notre cher Francis Blanche (scénariste) mais sans le côté on se suicide par la gloutonnerie liée à l’opulence. Chez Harrison, il s’agit de l’art de vivre d’un épicurien qui a le don pour se projeter dans tous les plaisirs de la vie, sans perdre sa lucidité : «Un seul mot d’ordre : être modéré à l’excès». L’Américain illustre à merveille le conseil éclairé de Charles Baudelaire (il faut toujours citer le prénom de nos aînés qui sont des hommes et non pas des produits) : «De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous». Jim Harrison est l’incarnation vivante de Carpe Diem. Sans se soucier de ce qui peut lui arriver le lendemain.
Cet amoureux de la France, pourtant né dans le Michigan, connaissait mieux notre pays que nombre de nos compatriotes, fussent les plus lettrés. Quand Jim Harrison lisait Rimbaud, il était Rimbaud. Il savait qu’il était de la même race que le gars de Charleville. La race des écrivains, en dehors des passeports. Harrison était un poète de l’existence qui vivait la poésie à l’air libre. Il aimait autant écrire que pêcher des truites. Plaisir était son maître mot : plaisir d’être avec sa femme, plaisir de voir grandir leurs filles, plaisir de déguster une huître, plaisir de boire un verre de rouge, plaisir de manger du Canard de Barbarie, plaisir d’écrire une recette culinaire… Rien n’est fastidieux. Il ne nous fait part que de l’aspect festif de l’existence. Il est à Charles Bukowski ce que Charles Trenet était à Léo Ferré. La vie, avant tout. Pas la peine de chanter la mort qui gagne à la fin. Trenet comme Bukowski s’amusaient pour éviter de pleurer.
Membre du club des écrivains gastronomes qui compte Alexandre Dumas et Guillaume Apollinaire, le romancier et poète américain aimait faire à manger pour les siens, sa famille et ses amis. Quand il venait en France, à Paris et en province, il connaissait les bonnes adresses pour se rincer le gosier et s’émoustiller les papilles. Lorsqu’il est lassé de ne manger que de la nourriture morte, il va jusqu’à manger des grenouilles vivantes. Cet Hemingway sans autodestruction manie un humour à la WC Fields. «Si l’on m’annonçait que je n’avais plus que six mois à vivre, j’irais aussitôt à Lyon faire la tournée des bistrots dans une énorme poussette manœuvrée par un végétarien». Aussi à l’aise dans la chronique littéraire que gastronomique, il écrit des pages féériques sur le vin. Capable de faire la différence entre un Clos de la Roche et un Vosne-Romanée, il est tellement friand des trésors gustatifs qu’il souhaite une épreuve de dégustation les yeux fermés aux jeux olympiques. Pas de picrate, pas de vinasse, que des crus qui ont de la bouteille ! A l’inverse de William Faulkner et Malcom Lowry, Harrison n’a pas l’alcool triste. Dupe de rien et de personne, il sait qu’en librairie on peut être trompé sur la marchandise, désagrément impossible dans la boutique d’un caviste. Le chroniqueur regrette qu’une œuvre de qualité soit ignorée par la critique institutionnelle si elle n’a pas l’emballage d’un éditeur dit «grand». Tout est question de revenus publicitaires dans la «sauvagerie du marché».
Dégoûté par les politiciens, il se tient loin d’eux parce qu’ils «chient par la bouche». Harrison aime aussi la France pour sa liberté de la presse qui lui permet d’user de cette formule cinglant. Aux Etats-Unis, on l’a empêché d’écrire qu’il «enfonçait un pieu dans le cœur de Nixon» pour vérifier s’il l’ex locataire de la Maison Blanche était vraiment mort. Tous les articles de l’auteur de «Légendes d’automne» (1979) traversent l’épreuve du temps grâce à leur sincérité. Harrison, mélange de Gargantua et d’Orson Welles, est le plus rabelaisien des Américains. Le bon vivant voulait que les jours ne finissent jamais. Certain qu’un repas est aussi éphémère qu’une étreinte, il les renouvelle sans cesse, jamais rassasié, jamais lassé. Il va jusqu’à participer en Bourgogne à un déjeuner composé de… trente-sept plats ! Un vrai marathon des mandibules. Le chantre du bonheur- si loin du blablabla des philosophes du bien-être- se définit «fumeur invétéré et poivrot consommé ». Cela fait un bien fou de le lire dans une époque où on passe pour un sadique si l’on mange une escalope de veau. S’il se retrouvait à quelques mètres d’une assemblée de pisses-froid, Harrison montait sur leur table et levait un verre d’Aloxe-Corton. Il était capable de ne plus revoir un convive si ce dernier n’aimait pas le Bandol Domaine Tempier. Prêt à tout essayer, il a mangé aussi bien du rat musqué – en période de vache maigre ( !)- que du boa constrictor.
Aveugle de l’œil gauche, suite à un accident de jeunesse, le romancier dans la lignée de Henry David Thoreau, soit le savant mélange de l’autobiographie et de l’hymne à la nature, avait le troisième œil, celui qui permet de lire derrière les apparences. Le lecteur de Colette délaissait le whisky associé à un plaisir solitaire. Harrison buvait non pas pour boire mais pour voir la vie en Technicolor.
-Un sacré gueuleton, Jim Harrison. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent. Flammarion, 375 p., 21, 50 €.

Permalink 10:20:06, Catégories: GRAND MONSIEUR  

Le récital de Kevin De Bruyne contre l'Ecosse: trois passes décisives plus un but

Lundi 9 septembre 2019
Match de qualifications Euro 2020
Ecosse 0-4 Belgique
Buts pour la Belgique: R. Lukaku (28e), E. Hazard (46e), M. Batshuayi (52e), M. Batshuayi (60e)

Kevin De Bruyne est un immense joueur mais le PAF ne le met jamais en avant.
Le PAF passe son temps à parler de Neymar comme les chiens urinent toujours là où un autre est passé avant.
Quand je vois jouer le stratège belge, je suis Belge. Voilà ma vision du sport, si loin des obscurantistes des tribunes qui se font happer par le phénomène de foule.
De Bruyne a le sens de l’espace. Il a la vision périphérique.
Il sait doser ses passes dans le bon tempo.
Le coach mythique de Man City, Pep Guardiola tient une pépite digne, comme jadis il pouvait compter sur Xavi et Iniesta en Catalogne.
Le Belge joue à Man City mais il aurait sa place de titulaire au Barça ou au Real Madrid.

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