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06.09.19

Errol Flynn (Cérésa), Max Pécas (Morales) et John Wayne (Jaccard)

*Qu’est-ce qu’un écrivain ? François Cérésa. Il sait allier l’émotion à la grammaire. Dans son nouveau livre, pas à la mode, pas formaté pour faire le buzz, il maintient une qualité d’écriture que l’on ne rencontre pas partout. Dès la première page : «Tous les grands acteurs du monde sont venus à Cannes. J’ai un avantage sur eux : j’y suis né ». Et aussi : «Mon père cultivait l’asparagus, ma mère la fidélité». Et encore: «A quatre ans, on ne regarde pas : on s’évade, on s’évapore, on danse avec les songes». Goût de la formule qui claque et fait la différence. C’est autre chose que la salade avariée vendue par Yann Moix épaulé par la milice littéraire. François Cérésa, lui, semble faire des effets de manche comme d’Artagnan s’amusait à narguer son adversaire, avec son épée, mais en fait, il explore les interstices de l’existence. C’est le spéléologue des sentiments cachés. Il faut une sacrée sensibilité pour voir ce qu’il voit. On croirait Pagnol égaré dans un univers plein de Sade. Il a dédié son livre à ses «parents chéris, disparus trop tôt, bien trop tôt». Rien n’est plus ringard dans le monde de l’édition car Gide a dit qu’on ne faisait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Ecrire comme tel membre de la «racaille moderne», dixit Baudelaire, que se parents lui donnaient à manger de la merde est-ce de la grande littérature ? Au torrent de boue fait pour se faire remarquer, François Cérésa répond par des baisers sur le marbre de la tombe parentale. Les tornioles qu’il a reçues jadis se sont transformées en caresses éducatives. Tous ses livres intimes sont des voyages enchantés au pays de son enfance. La sienne, et celle de chaque lecteur car il sait rendre universels ses souvenirs particuliers. Son livre sur la montre d’Errol Flynn offerte par l’acteur à sa mère est plein de vie, un torrent d’énergie, la même que déploie encore l’acteur de Robin des Bois sur les écrans. Des aphorismes enfouis dans la prose ? «On peut dire je t’aime à une fille qu’on n’aime pas ; on le dit rarement à une fille qu’on aime vraiment». Ce n’est pas chez le mielleux Jacques Chardonne que l’on trouve ce genre de merveille.

-La montre d’Errol Flynn, François Cérésa. Ecriture, 255 p., 18 €.

*Thomas Morales c’est Roland Barthes en moins sentencieux. La différence ? Morales est un écrivain. Barthes, un auteur. Tout ça pour vous dire que le nouveau livre de Morales est la suite de Mythologies, en plus amusant. Un été chez Max Pécas est aussi intelligent que les écrits de Barthes mais sans le côté monsieur-je-sais-tout. Morales est toujours mordant, ce qui rend tonique sa prose.

-Un été chez Max Pécas, Thomas Morales. Pierre Guillaume de Roux, 85 p., 15 €

*Personne ne se revendique de John Wayne qui est dans le rôle du réac de service. Tout comme Charlton Heston et… Clint Eastwood. Prendre ce genre de raccourci c’est aller vite en besogne. Adoptant le contrepied de la pensée unique, Roland Jaccard prouve que l’on peut aimer Cioran et écrire sur l’acteur américain qui n’a pas bonne presse, à l’inverse de Robert Mitchum, autre dur à cuire. On peut dire ce que l’on veut sur l’acteur mythique mais quand Wayne est sur l’écran, on ne voit que lui. Plus personne ne fait sonner l’éperon comme lui.

-John Wayne n’est pas mort, Roland Jaccard. Pierre Guillaume de Roux, 80 p., 15 €.

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