Archives pour: Août 2019, 15

15.08.19

Permalink 07:21:15, Catégories: FORZA ITALIA !, LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Correspondance (1945-1959), Albert Camus & Nicola Chiaromonte (Gallimard)

Non, les enfants d’Albert Camus ne raclent pas les fonds de tiroir pour faire tourner la caisse enregistreuse. Tout ce qui parait de leur père post-mortem sert sa mémoire, même son courrier du cœur qui n’a rien à voir avec les lettres au style gnangnan de François Mitterrand avec la mère de sa fille. Moi qui pensait l’inspiratrice de la Pyramide du Louvre au-dessus de la mêlée médiatique, quelle déception de subir son côté Paul Géraldy dont le seul talent était d’être lecteur de Georges Navel. (Le pire est à venir : celles de celui-qui-nomma-un-escroc- ministre-de-l’intérieur destinées à la version féminine d’Assurancetourix, le barde inaudible). Camus est un écrivain, lui. Mitterand, non, même s’il reste un fin lettré à côté de ses successeurs élyséens qui courent les librairies comme les laides de nuit de la Madeleine cherchent des clients. Il ne faut pas confondre la serviette de jadis avec les torchons d’aujourd’hui. Mitterrand rêvait d’être un écrivain mais il a choisi le pouvoir. Un constat flagrant : cela en dit long sur notre époque quand on voit des politicards avec une chanteuse ou une actrice- même si on est très loin des authentiques personnalités de la dimension de Véronique Samson et de Gena Rowlands. Tout est dit. Revenons à Camus qui a consacré sa vie à la littérature : roman, essais, théâtre. Un talent considérable. Lui n’a pas écrit : Camus à Eurodisney, Camus en scooter, Camus sous la pluie pour faire franchouillard, Camus prend le TGV pour faire croire qu’il ne prend pas l’avion, Camus sort avec une actrice de sixième zone, Camus met des talonnettes… Lui s’est pressé le citron. A écrit comme on joue à la roulette russe.
Pour continuer sur la différence entre lui et les imposteurs, écoutez ça : en février 1947, Camus n’avait pas de table chez lui ! Oui, aucune table pour manger ou écrire. Rien de rien. Incroyable ! Il n’était vraiment pas bricoleur car il lui suffisait de trouver une vieille porte (ou des planches de chantier), puis de la poser sur des caisses en bois de bouteilles de vin, par exemple. Camus n’avait pas l’esprit débrouillard à la Boris Vian qui était aussi un manuel, comme Marcel Pagnol. Donc Camus n’avait pas de table : c’est dire son niveau de vie matérielle quand on songe à ceux qui vivent toute leur vie aux crochets de la République, retraite comprise, avec gardes du corps en plus.
Dans le nouveau livre de correspondance, des lettres de Camus disent son désarroi devant la «débâcle nerveuse spectaculaire» de sa femme Francine. Souffrait-elle des autres liens que Camus entretenait avec d’autres femmes ? Il n’a jamais abandonné sa femme, délaissé oui. Je pense à Philippe Soupault qui m’a dit : «Ré a pardonné, mais pas oublié»… Ré, sa troisième épouse, de son côté m’a dit : «Quand on est avec un poète, il faut le laisser totalement libre». Francine avait-elle autant de capacité à fermer les yeux que Ré ? Camus culpabilisait : il ne pouvait pas écrire quand sa femme souffrait. Dans une fiction à la télé, le scénariste fait dire à Francine : «Quoi tu vas écrire sur l’amour mais qu’est-ce que tu y connais en amour !» Après l’absurde, le suicide, la révolte, Camus voulait s’attaquer à l’amour. Catherine Camus, la fille du couple, a fini par laisser publier la correspondance Camus-Casarès car elle sait que cela ne détruit pas l’union Camus-Francine. D’autres lettres avec d’autres femmes dames dorment au fond de certains tiroirs. On n’est pas sûr de toutes les lire.
Celles envoyées à Nicola Chiromonte sont sur l’amitié, l’amourtié pourrait-on dire ? Les deux amis qui se connaissent depuis le début des années 1941 sont très attentifs l’un vis-à-vis de l’autre et Camus ne joue jamais au grand homme face au fan. On le sait depuis qu’on a connu ses liens avec Michel Vinaver, un autre de ses correspondants préférés avec Louis Guilloux. Dans sa correspondance avec l’Italien, Camus parle beaucoup de la situation politique, lui l’ancien communiste éphémère déçu par les tortures des soviétiques sanguinaires.
Camus était un solitaire solidaire pas que dans ses livres. Dans la vie, il a donné l’hospitalité à Chiromonte qui n’a jamais oublié la fraternité de l’auteur de L’Etranger. Il lui demandait des livres que Camus lui envoyait toujours dès qu’il le pouvait. Une très belle amitié avec la littérature en toile de fond. Apprendre qu’il n’avait pas de table reste l’information la plus importante du livre. A méditer, encore et encore.

-Correspondance (1945-1959), Albert Camus & Nicola Chiaromonte. Edition établie, présentée et annotée par Samantha Novello. Gallimard, 233 p., 22 €.

Août 2019
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << < Courant> >>
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software