Boris Vian, le sourire créateur, Valère-Marie Marchand (Ecriture)

30.07.19

Boris Vian, le sourire créateur, Valère-Marie Marchand (Ecriture)

Boris Vian avait un talent protéiforme. Il a la même présence foudroyante que John Cassavetes.

Animatrice passionnée de Bibliomanie sur Radio Libertaire - la seule indispensable radio en France qui diffuse quotidiennement des chansons de Léo Ferré - Valère-Marie Marchand rend hommage à Boris Vian (1920-1959) pour les 60 ans de sa mort. VMM est elle-même écrivain - pas écrivain(e) surtout- mais ses livres sont de trop bonne qualité pour être lu dans une époque qui s’arrachent les bouquins des Sarkozy, Hollande et autres Jardin pas à cultiver. Le virtuose touche-à-tout Vian était persuadé qu’il ne passerait pas les 40 ans : il est mort à 39 ans. Sa mort dit tout de lui, sur son exigence, sa haine de la compromission. Le matin du 23 juin 1959, il assiste à J’irai cracher sur vos tombes - quel sublime titre!- au cinéma Le Marbeuf, près des Champs-Élysées. Boris Vian dit Bison Ravi en avait gros sur le cœur : il était contre l’adaptation et s’opposa aux producteurs, demandant que son nom ne figure pas au générique. Hélas ! il lit dès les premières images de la projection : «D’après le roman de Vernon Sullivan, traduit de l’américain par Boris Vian ». Aussitôt, le créateur se lève et hurle : « Ah, non… », puis il s’effondre, victime de son coup de sang. Pendant le transfert à l’hôpital, il meurt d’un infarctus. L’écrivain souffrait d’une malformation cardiaque. De nos jours, il serait sauvé par la médecine. A son époque, non. Philippe Boggio en 1993- date cette fois de la biographie du journaliste- m’a certifié que des témoins lui ont dit que près de Vian on entendait battre son cœur ! Plus d’un quart de siècle après Valère-Marie Marchand poursuit l’introspection de l’anticonformiste.
J’ai l’impression de connaître Vian et non pas de l’avoir connu. Son esprit m’accompagne. Le corps disparait, c’est une évidence. Il n’en reste rien. Cependant ceux qui n’ont pas triché avec leur solitude nous ont légué des œuvres. Il suffit de s’y plonger pour retrouver la personnalité de son auteur. C’est le cas de Vian, mort jeune mais après avoir été : poète, romancier, musicien (trompinette), critique découvreur de jazzmen (dont Miles Davis), pataphysicien, ami et voisin de Jacques Prévert, briseur d’icônes (Sartre dit Jean-Sol Partre), traducteur, conducteur de vieux tacots, déconneur, amuseur-public, auteur de tubes, chanteur annonceur de Gainsbourg, ingénieur… Vian était un génie. Comme tous les génies, il était en avance, donc incompris par les sans talents qui dirigent tout. Il a pris un pseudo (Vernon Sullivan) pour berner les imbéciles. Vian a eu raison de ne pas s’égarer dans la politique. Il a donné la cadence à Paris et donc au monde après les surréalistes. Cité Véron, il avait un atelier pour bricoler, aimant autant les vis et les écrous que les mots et les notes de musique. Il avait de l’or dans les mains. Boris Vian était si moderne qu’il est indémodable. Quand on voit ses portraits photographiques, on dirait que les prises de vue datent d’hier. En plus de tout, il était beau. Une beauté naturelle. Il vaut mieux vivre 39 ans comme Vian que de finir vieillard en ayant berné le public car beaucoup ne sont que des promoteurs de spectacles sans une once de sincérité, d’originalité. Vian reste un phare, un ami éternel. Valère-Marie Marchand sert à merveille sa mémoire. Il est partout dans les pages de son livre dont il s’échappe comme un beau diable. Ce livre est une lampe d’Aladin. Vian est là. Son âme s’élève mais pas comme lui au cinéma Marboeuf. Je n’ai rien à dire à ceux qui n’aiment pas Vian. Rien que des morts-vivants.

-Boris Vian, le sourire créateur, Valère-Marie Marchand. Ecriture, 416 p., 22 €.

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Pierre [Visiteur] Email
Revu hier soir "mort d'un bookmaker chinois". Gazzara y est immense. Cassavetes nous ouvre les yeux : nous sommes cernés par la camelote 'culturelle'. Cassavetes et Vian : deux révoltés, deux combattants.
PermalinkPermalien 30.07.19 @ 11:00
Commentaire de: morlino [Membre]
Un maître de la mise en scène et de la direction d'acteurs.
Ses mouvements de caméra. Son humanité.
Husbands, son chef d'œuvre.
Lui et Gena Rowlands. Le magistral cinéma loin des grands studios.
PermalinkPermalien 31.07.19 @ 05:39

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