Du Laborde pur jus, Hinault en BD, le Giro par Pierre Carrey, le centenaire du Maillot jaune par l'Equipe, et le nouveau Haralambon

23.07.19

Permalink 08:13:16, Catégories: LITS ET RATURES, ANQUETILLEMENT  

Du Laborde pur jus, Hinault en BD, le Giro par Pierre Carrey, le centenaire du Maillot jaune par l'Equipe, et le nouveau Haralambon

Le chantre du cyclisme que l’on aime nous livre une nouvelle rapsodie sur le vélo, cette fois il vibre sous la forme d’un abécédaire. Vivre, ivre, libre, livre. Quatre mots chez Laborde qui sont comme les 4 garçons dans le vent que furent les inoubliables Beatles. Chez lui, les musiciens du vertige horizontal ont pour noms : Coppi, Bartali, Gaul et Armstrong. Il n’a pas la mémoire sélective, selon la morale des talibans du pipi, d’après sa célèbre expression. Laborde n’est pas du genre à vomir ceux qui ont comblé les rêves de son enfance. Laborde déborde d’amour pour les coureurs. Derrière chacun d’eux, il n’y a pas un policier, mais un poète qui s’appelle Laborde junior. Son père n’a rien à voir avec le père de Neymar qui traite son fils en vache à lait. Celui de Laborde a inoculé la passion du cyclisme avec la science d’un Louis Pasteur de la génétique sportive. Il n’a pas dit à son fils : «Devient pro !». Il lui a dit rien qu’avec les yeux : «Si tu aimes le vélo, ta vie sera des grandes vacances éternelles, sous la pluie comme par beau temps». Depuis Christian pousse la roche de Sisyphe - aux éditions du Rocher, pardi! - léguée par son papa. Pour notre plus grand plaisir. Allez-y voir ! comme disait Soupault de Lautréamont.
-Le Tour de France, Christian Laborde. Illustrations de Sonia Lopez. Les éditions du Rocher, 379 p., 21, 90 €.

Pourquoi le champion est-il sur la couverture au rand d’auteur ? Parce qu’il s’agit de sa vie. Les mœurs changent dans l’édition. J’imagine que l’ex cador a des intérêts financiers dans cet album, sinon je ne vois pas d’autres raisons. Je ne vois pas Hinault raconter sa vie devant un magnétophone. L’album tient la route car on sent la rage de vaincre du Breton, l’un des plus grands du cyclisme, juste après Merckx. Si le côté teigneux apparaît sur le visage et dans le comportement du champion, ses traits ne sont pas très reconnaissables. Hinault n’est pas facile à caricaturer car il n’a pas un gros nez, de grandes oreilles. Il est trop beau. Il n’y a que le dernier dessin qui lui ressemble le plus. Comme si l’auteur avait eu besoin de beaucoup de temps pour le croquer. Rien ne dit que l’ultime dessin ne soit le dernier- je parle chronologie- signé par l’auteur. Ce n’est qu’une impression. L’album est à mettre dans toutes les mains, surtout dans celles de jeunes gens, pour qu’ils voient la classe à l’état pur d’un as du cyclisme. Un homme qui a pris sa vie par les cornes pour donner tout ce qu’il avait dans le ventre. Hinault est un authentique champion, lui. Ce n’est pas une invention médiatique. L’originalité de l’album tient dans le parti pris : les débuts du futur grand champion à venir et la belle présence de sa femme, déterminante dans sa vie et sa carrière. Sans doute la volonté du champion. D’où son nom sur la couverture, comme auteur. Auteur de sa carrière c’est évident.
-Hinault, objectif maillot jaune, par Bernard Hinault, Jeff Legrand (scénariste) et Fabien Ronteix (dessinateur). Mareuil, 50 p., 14 €

Créé dans la foulée du Tour de France, en 1909, le Giro se déroule toujours avant la grande kermesse française. Autant, le Giro c’est le froid, autant le Tour c’est le chaud. La neige contre le soleil. Les sommets italiens à l’époque du Giro sont souvent dans la neige, le brouillard. En France, la météo est rarement atroce en été même si l’exception confirme la règle. Pierre Carrey nous donne un fameux livre qui fait déjà autorité : une mine d’histoires - et non pas d’anecdotes – une cascade d’exploits en tous genres et surtout le bannissement de la langue de bois. Ici le dopage apparaît partout sans jamais être dénoncé à la manière de la milice journalistique qui fait le tri entre les bons et les mauvais dopés. En 1909, Giovanni Gerbi brise une roue de son vélo et va dans une forge pour devenir mythique comme Eugène Christophe le deviendra avec sa fourche quatre ans après dans le Tour de France. Des coureurs boivent du sang de bœuf, et d’autres prennent le train pour gagner du temps avant de se faire pincer. Le livre fait la part belle aux règnes de Binda, Bartali et Coppi, trois phares italiens. Page 52, Coppi parle de ses prises de «bomba» (amphétamines). Rassurez-vous, le livre majeur ne parle pas que de ça. Pierre Carrey souligne le rapt du Giro par Mussolini et sa clique dans les années 1930 avec Bartali hostile aux fascistes. Page 92, on apprend que Jacques Goddet, futur patron de L’Equipe et du Tour de France, a vanté les mérités du Duche dans L’Auto en 1930, jusqu’à organiser des courses en France avec une revue fasciste. Le livre nous apprend que Fausto Coppi a été victime de la malaria en 1944 quand soldat il fut capturé par les Britanniques en Tunisie. Le 2 janvier 1960, le campionissimo périra d’une variante de cette maladie en raison d’un mauvais diagnostic des médecins italiens à son chevet. Si vous aimez le vélo, vous devez vous procurez ce livre événement. Mieux qu’un roman. Mieux qu’un essai. Un grand livre d’amour sur le cyclisme professionnel. Sans tabou. Sans leçon de morale.
- Giro, Pierre Carrey. Postface de Thibaut Pinot. Hugo/ Sport, 336 p., 19, 95 €

Question statistiques, palmarès, l’album c’est du béton, de l’acier trempé. Dans ce domaine, L’Equipe, journal inventeur et organisateur de la plus belle et plus importante course cycliste du monde, n’a pas de concurrente. Le Tour de France avec ses étapes c’est comme si c’était une suite de Grand Prix de F1. Vous imaginez un GP de Monaco chaque jour ! Le cyclisme nous donne cette particularité dans toutes les séquences de montagne, au cours de l’Historique épreuve. L’album est aussi un somptueux album de la famille du cyclisme car le quotidien a puisé dans la collection de photos maison qui elle aussi n’a pas de concurrence, hormis Keystone dans les années mythiques. L’ensemble est donc très agréable à parcourir, avec des haltes sur des moments forts qui font office de gros plan. Hélas ! on se confronte encore une fois sur la gare de triage des coureurs : il y aurait les bons et les mauvais. Soit Anquetil contre Armstrong. Le quotidien sportif est schizophrénique. Alors qu’il est l’organisateur, il veut aussi dire le bien et le mal dans le monde de la pharmacopée. Le cyclisme est un sport qui nécessite une médicalisation particulière. On ne peut pas condamner Y pour ce que l’on a permis à X. Deux poids, deux mesures. Tous les grands champions restent de grands champions. La tricherie n’existe pas dans le vélo. Il y a ceux que l’on veut exclure et les autres sur lesquels on ferme les yeux.
-L’encyclopédie du Maillot jaune, Philippe Bouvet & Frédérique Galametz. Préface d’Eddy Merckx. L’Equipe/ Solar, 256 p., 24, 90 €.

Après son épatant Coureur et son ombre (2017), Olivier Haralambon revient sur le cyclisme avec sa maestria habituel. Nous sommes en face d’un véritable écrivain qui sait se servir des mots et des non-dits, très au-dessus de Guillaume Martin encensé par le PAF car il serait écrivain dans un monde de décérébrés. Il faut se calmer, l’écrivain c’est Haralambon. Martin a publié Socrate à vélo (Grasset, 2019), parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire : l’étalage d’une culture rébarbative, sans une once d’humour à la Monty Python. Les livres d’Olivier Haralambon sont vitaux pour celui qui les a écrits quand celui de Guillaume Martin n’est qu’un produit éditorial. Chez Haralambon on perçoit le souffle de celui qui a quelque à dire et qui se donne les moyens de le dire, en se pressant le citron en même temps qu’il essore son style pour m’en retenir que ce qu’il faut pour avoir une voix particulière, à la manière de Philippe Bordas, cet autre as de la plume cyclopédique. Aligner des mots sans risque cela n’a rien d’un exploit. Haralambon écrit comme il faisait du vélo de compétition. Il prend des risques en évitant la chute. Il frôle les ravins mais ne tombe pas. Un bel équilibre. Dans Mes coureurs imaginaires il met en scène des coureurs qui cachent leurs émotions pour mieux tromper les adversaires. Un peu comme les boxeurs masquent leurs coups pour mieux les asséner après avoir esquivé des tempêtes. Ce livre-là est plus fermé que le précédent mais il sonne juste. Fermé dans le sens qu’il faut vraiment aimer le cyclisme pour l’apprécier à sa juste valeur.
-Mes coureurs imaginaires, Olivier Haralambon. Premier parallèle, 160 p., 16 €

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