"Et les Beatles montèrent au ciel", Valentine del Moral (Le mot et le reste)

26.06.19

"Et les Beatles montèrent au ciel", Valentine del Moral (Le mot et le reste)

Le livre de Valentine del Moral célèbre le dernier concert des Beatles.
Ils ont choisi l’adresse mythique de leur maison de productions (Apple), à Londres.
Choisir n’est pas le bon verbe. Disons que ce concert s’est imposé par la force des choses, de l’Histoire et de leur histoire.
Etre sur le toit, telle une antenne qui envoie et reçoit toutes les ondes d’une génération.
Comme ils ne faisaient rien comme les autres, ils ont joué et chanté sur le toit de l’immeuble d’Apple. Ce nom devenu, si connu depuis, a été utilisé par eux en premier.
Tout le livre s’articule sur la phrase de John Lennon qui avait dit que les Beatles étaient désormais plus “populaires” que Jésus.
C’était vrai.
Sa déclaration a déclenché un scandale mondial. Bien avant le net, c’est dire la force de leur parole, de leurs paroles.
Valentine del Moral nous fait revivre la mythique journée du concert du 30 janvier 1969, dans une grande fable religieuse. Livre maitrisé de bout en bout. Une merveille. Mieux qu’un témoin oculaire. Tout est d’une grande finesse, avec une grande pertinence dans l’analyse des faits. Sans jamais forcer le trait. Pas un gramme de pédantisme ou de baratin de spécialiste barbant. Tout coule de source, comme la musique des Beatles.
En 2015, elle nous avait déjà donné un magnifique Chez Zola, publié par Bernard de Fallois. Cela ne m’étonne pas, mon ami qui publia mon premier livre (Berl/ Morlino) est l’un des plus grands éditeurs du XXe siècle. Son livre sur les Beatles est un Moral au beau fixe.
Sur le toit d’Apple, les rares privilégiés qui assistent au concert sont comme des chrétiens qui voient quatre … Jésus de près ! En bas dans la rue, la foule qui se forme peu à peu croit entendre des voix. Ils sont croyants, pratiquants mais ils ne voient rien, comme tous les croyants qui croient sans rien voir.
Ringo est le Saint-Esprit. Bien vu ! Bien dit ! Ringo sous son allure de dilettante était mine de rien la référence du groupe. Le bon vivant. Celui dont on a dit qu’il vivait aux crochets des trois autres. Faux ! Il est encore parmi nous, heureusement. Gardien de la mémoire. Bon vivant, oui, et comme il a raison. Il n’est pas moins Beatles que les autres. L’âme du groupe. Ringo = Beatles. Les autres on peut les associer à d’autres éléments biographiques, pas lui. John & Yoko. Paul & les Wings. George & l’Hindouisme. Ringo & les Beatles, rien que les Beatles.
George est le fils. Terrible de savoir qu’il est mort, si jeune. Il fallait lui interdire de mourir. Lui, le sage, le bouddha vivant, le bonze qui ne s’immole pas, était aussi talentueux que John et Paul. Le fils, en effet. Là le talent était héréditaire.
Paul et John, sont les pères. Deux pères. Bien vu ! Hélas! un sauvage a tué John. Quelle honte ! Tuer un pacifiste. Sa mort je l’ai toujours en travers le gosier comme celle de Sharon Tate et de ses amis.
Ringo est un artiste.
George a du talent.
Paul et John, du génie.
Il y avait aussi Brian Epstein (1934-1967), leur manager. Un génie aussi. Quand il est mort ce fut aussi la fin programmée des Beatles qui n’ont été ensemble qu’une décennie, grosso modo.
Dans la musique du XXe siècle, il y a les Beatles, et les autres, tous les autres.
Mettre un groupe avant eux c’est mettre Neymar avant Pelé.
Les Beatles étaient des artistes, des paroliers, des musiciens, des hommes, des poètes, de véritables personnalités et non pas des produits formatés pour le PAF.
Ils avaient quelque chose à dire, à écrire, à jouer, à chanter.
Pas un message, mais une façon de vivre, d’aimer, de regarder les autres. Un humour. Une intelligence.
Ils sont du niveau de Mozart.
Dans 100 siècles, ils seront encore là.
Je porte le deuil éternel de John et George.
Je me souviens de tout comme si c’était hier.
Le jour de la séparation des Beatles, j’ai éclaté en sanglots.
Ma grand-mère paternelle m’a demandé: “Qu’as-tu ?”
J’ai répondu: “Les Beatles divorcent comme mes parents…”
Je ne voulais pas qu’ils se séparent.
Les Beatles représentaient un ancrage.
J’étais si heureux quand ils sortaient un nouvel album. Des 45 tours si simples, si beaux, y compris les pochettes. Avoir été leur contemporain quand ils étaient en activité est un bonheur. J’avais conscience de ce bonheur de les voir à l’œuvre, même sans les voir en concert. Je me disais: comment font-ils à toujours mettre dans le mille ? Ils ne m’ont jamais déçu. Ils alignaient chef d’œuvre sur chef d’œuvre. Sur leur 33 tours, tous les titres sont grandioses.
John, George, Otis Redding, Miles Davis, Hendrix, Barry White, tous au boulevard des allongés. Bowie aussi. Une hécatombe.
Pour compléter le livre de Valentine del Moral, procurez-vous Les enregistrements des Beatles. Tous les titres des Beatles y sont décortiqués.
Après les Dadaïstes, les Beatles ont été la plus grande aventure artistique, en marge du jazz.
Les Beatles ont donné la cadence à la deuxième partie du XXe siècle. Ils ont su enrichir le Rock et la Pop Music pour tout réinventer.
Valentine del Moral a bien compris l’importance de cet ultime concert qui est l’équivalent d’une conférence d’Artaud. Comme disait Apollinaire: “Souvenons-nous d’eux !”
Les voix de Paul et John sont immédiatement détectables. Des frères, des pères.
John Lennon est un Saint. Il est mort en martyr de l’idiot-visuel. Ceux qui passent à l’acte et tuent sont en fait détruits par la notoriété des autres. Prisonnier d’un bazar neuropsychiatrique.
John Lennon devrait être canonisé. Il est mort comme on a crucifié Jésus.

-Et les Beatles montèrent au ciel. Le concert du rooftop, Valentine del Moral. Le mot et le reste, 151 p., 15 €

Et aussi: Revolution in the head. Les enregistrements des Beatles et les sixties. Ian MacDonald. Traduction d’Aymeric Leroy. Le mot et le reste, 640 p., 24; 90 €. [Je reviendrai sur ce livre]

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: JMA [Visiteur] Email
La séparation des Beatles est du même acabit que Pompidou succédant à De Gaulle en 1969 : plus rien ne serait désormais comme avant...
PermalinkPermalien 27.06.19 @ 13:11
Commentaire de: morlino [Membre]
Comme avant… Cela veut dire que nos/mes parents étaient en vie.
PermalinkPermalien 27.06.19 @ 17:31

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