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22.06.19

Hommage à Chet Baker: La folle vie de Lili, Liliane Rovère (Robert Laffont)

Sur la couverture, Liliane Rovère sourit un petit peu alors que je l’ai vue sans un seul sourire à la télé dans une émission de service après-vente où l’animateur se prend pour une star alors que les stars de la télé sont Chancel, Pivot, Santelli, Tchernia, Drot, Desgraupes, Dumayet, Darget, de Caunes père. Cela dit, elle est comme nous tous. En fait, il n’y a pas de quoi sourire ! Et je comprends qu’elle n’ait pas eu un grand sourire à la télé qui ne l’invite que parce qu’elle publie un livre. Vu son parcours, elle devrait être invitée plus souvent, si elle le désire. L’artiste a sacrément roulé sa bosse, et sa biographie telle qu’elle est proposée est bien plus justifiée que celle de Mbappé. Une bio à 20 ans ! Même Rimbaud n’aurait pas osé. C’est vraiment aller chercher le fric dans la poche des Footix. Le livre de Liliane Rovère ne parle pas que de Chek Baker, ce n’est pas que du pipole haut de gamme. Il s’agit d’un témoignage fort et non des broutilles d’une marionnette médiatique.
“Aime-moi Lili !” disait Maïakovski à Lili Brik son amour,la sœur d’Elsa Triolet, future muse de Louis Aragon. Le livre aurait pu s’appeler comme ça. La comédienne dit qu’elle est née en 1933 quand Hitler parvient au pouvoir. Pour une Juive ce n’est pas terrible, ou plus tôt c’est terrible quand on connait ce qu’a fait le dégénéré. Le livre est plus parlé qu’écrit. Cela donne un certain style. On passe d’un fait à un autre. On lit sans ennui, nous sommes en face d’une vraie personnalité. Du vécu. Cela se sent à chaque ligne. Quelqu’un de vivant. Pas une invention médiatique. Dans la très bonne série «Dix pour cent», elle crève l’écran. Rien que sa vie sous l’Occupation pourrait faire un livre, un film.
A 17 ans, elle est d’une grande beauté. Tous les jeunes ne sont pas beaux. Elle oui. Les années 1950 : la saison des amours que l’on croit définitifs, la découverte, la révélation du jazz à Paris. Le son nouveau lui ouvre le cœur et l’âme. Comme si elle avait été sourde auparavant. Elle est une figure inconnue de l’époque Boris Vian, Juliette Gréco… Ce livre nous apprend qu’elle était là au cœur de l’événement.
1954 aux Etats-Unis : «On était loin du Sida». Tout est dit. Pas besoin de dessin. Les desseins suffisent. Rencontre de Chet Baker. Gros flash partagé. «J’apprenais l’Amérique» écrit-elle. Belle formule, mieux que «J’apprends l’anglais».
Chet Baker, je l’ai vu au New Morning quelques temps avant sa mort. Il a joué assis, une canette de Coca sous la chaise. Avec un pianiste et une contrebasse si me souviens bien. Il a chanté de sa voix d’outre-tombe. Inoubliable. Une mélancolie insondable. Il était maigre mais toujours beau, comme un vieux cow-boy. La trompette de Baker et celle de Miles Davis sont des sœurs jumelles. Chet est un blanc-noir du jazz, comme les notes de musiques sur le clavier des pianos. Le livre est mené à 200 km/h mais il tient la route. A lire pour passer un bon moment avec une amie que l’on connaît sans connaitre. Elle a la courtoisie d’être dans son livre. Rare.

-La folle vie de Lili, Liliane Rovère. Robert Laffont, 306 p., 20 €.

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