Le Ha-Ha, David Kirby (Actes Sud),

28.01.19

Permalien 11:11:11, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Le Ha-Ha, David Kirby (Actes Sud),

Le Ha-Ha. Vous connaissez ? Il s’agit d’une tranchée qui divise les parcelles de terrain sans obstruer le paysage par une clôture. De loin, on peut donc profiter d’un paysage sans être heurté par une barrière disgracieuse. Ces tranchées sont des postes d’observation qui se transforment en piège si l’on ne fait pas attention. Cette allégorie illustre bien la poésie de David Kirby qui voit l’invisible. Le minimum syndical pour un artiste, sinon à quoi bon prendre la parole. La jactance il n’y a plus que ça. Tout le monde donne son avis sur tout le monde. Internet a aussi libéré la connerie. Les réseaux sociaux dans leur pire expression est une boîte à ordures, au propre et au figuré, au sale plus surement. C’est l’ère de Mme Michu. La fameuse ménagère de 50 ans ne veut pas se contenter de son rôle d’indicatrice pour régents de la communication.
Loin du magma du PAF, David Kirby se balade et note ce qui retient son attention au gré de ses humeurs. Grâce à lui, on apprend l’existence de Marie-Jean Hérault de Séchelles, né à Paris le 15 novembre 1759 et guillotiné sur place le 5 avril 1794. L’homme politique français, député de Seine-et-Oise à la Convention nationale, a notamment dit : «Dire à beaucoup de gens que l’on a de la réputation ; ils le répéteront, et ces répétitions feront réputation». Les écrivains sont des transmetteurs de bonnes paroles contre les grands maux. Cette sentence de Séchelles me renvoie à Emmanuel Berl qui disait qu’il suffit de répéter sans cesse que l’on est un grand écrivain pour que les autres le croient. Ses amis Jean Cocteau et André Malraux avaient passé leur vie à agir de la sorte. Il fermait les yeux sur la stratégie de la marionnette car tous les deux savaient que c’était en fait Berl le véritable écrivain.
Dans ce recueil de poèmes en prose, j’ai vu aussi en surimpression Philippe Soupault quand je suis tombé sur ce vers : «Les amis, la poésie est une puissante saloperie (…) : elle peut vous guérir ou vous tuer ». Tuer ? Si l’on est repéré par des fachos. J’opte plutôt pour la guérison. Soupault considéré la poésie comme «l’acide le plus violent qu’il connaisse». Quand les Vichystes l’ont mis en prison, il a déclaré : «Enfermé, je suis resté libre grâce à la poésie ».
David Kirby lui non plus n’est pas enfermé dans le conformisme. Il avance, regarde et ne montre jamais. Le compagnon idéal pour ne pas faire du tourisme. Mieux vaut voyager. Pour lui, le trajet compte autant que la destination, et même plus. Il ne faut pas perdre une miette. Dans un pain, les petits éclats de la croute ont plus de goût que la mie.
Dans la mie, on entend l’ami, et cela tombe bien.

-Le Ha-Ha, David Kirby. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin. Actes Sud, 100 p., 15 €.
Site officiel du poète: http://www.davidkirby.com/

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