"L’homme qui croyait en sa chance", Marc Menant (Ramsay). Requiem pour Mermoz.

20.01.19

Permalink 16:41:57, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

"L’homme qui croyait en sa chance", Marc Menant (Ramsay). Requiem pour Mermoz.

Mort à trente-cinq ans, l’aviateur Jean Mermoz,(1901-1936), héros de l’Aéropostale, surnommé l’«Archange», est souvent maltraité dans les livres d’Histoire car, fondateur en 1936 du Parti social français avec le colonel de La Rocque, on l’associe à tort à un activiste d’extrême-droite. Les ignorants qui la ramènent ne savent pas que les anciens Croix-de-Feu ont refusé le 6 février 1934 d’envahir la chambre des députés pour faire chuter la République.
«Personne - qu’il soit de gauche ou de droite- n’a pas approcher Mermoz sans l’aimer» a dit Emmanuel Berl sur le disparu au large de Dakar, le lundi 7 décembre 1936.(1) A la demande de Berl, directeur de Marianne- le vrai, pas celui de nos jours- Saint-Exupéry a écrit l’oraison funèbre de Mermoz en une de l’hebdomadaire, adversaire des journaux antisémites : «Tu es un camarade, avec tous ses défauts merveilleux que l’on aime. Et je t’attends pour te les jeter à la tête. Je ne veux pas te respecter encore (…) Pardonne-moi, je ne puis encore te croire parfait, de la perfection des morts ».
Le livre de Marc Menant est plein de l’enthousiasme communicatif qui est toujours omniprésent dans ses émissions radio ou télé. Le vibrant hommage qu’il rend à Mermoz et à tous les aviateurs de haut parage prouve qu’il est aussi bon à l’écrit qu’à l’oral. Pourquoi la presse s’enlise-elle dans la complaisance quand elle lance la quinzaine Houellebecq comme la quinzaine du blanc aux Galeries Lafayette au lieu de mettre dans la lumière des livres qui en diffusent tant ? Marc Menant rend justice à un parcours de vrai héros. Jean Mermoz n’était pas un gugusse de pacotille qui recherchait la lumière des projecteurs.
Amateur d’émotions fortes, Mermoz a laissé sa peau dans sa soif d’absolu.
Le livre honore la mémoire de ceux qui ont fait voyager le courrier par la voie des airs. Cela ne me fait pas sourire à l’époque où il suffit d’un clic sur notre ordinateur pour faire passer un courriel de Rennes à Rio-de-Janeiro. Hier c’était l’époque des vieux coucous sans pressurisation. Quand Mermoz montait sans sa carlingue, il ne savait pas s’il allait en redescendre.
La première femme de la vie de Mermoz fut sa mère, comme pour nous tous. Marc Menant met le focus sur leur relation qui illumine son livre. On peut aimer sa maman sans besoin de convoquer un psychanalyste. Et encore moins quand il confie à sa mère qu’il est amoureux de Gilberte surnommée Betina, la fille d’un diplomate, qui l’aime aussi. Rien n’était simple car elle avait dix-huit ans. Presque une décennie de moins que l’amoureux plein de fougue comme son biographe dont le début de chaque phrase ressemble souvent au décollage d’un Latécoère : «Digne de l’apocalypse le démarrage des moteurs, pistons en cafouillage dans un tapage infernal, flammes impressionnantes en jaillissement des grilles de refroidissements, carlingue comme aux secousses d’un furieux tremblement de terre». Stylo ou micro, Marc Menant sait maintenir en haleine l’auditeur, le téléspectateur et le lecteur. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas élaboré une marionnette médiatique ou qu’il n’a pas la casaque galligrasseuil que ses livres sont moins bien écrits que ceux de Philippe Labro.
Dans le Landerneau des Lettres, on ne parle que des livres dont on parle. Les chroniqueurs littéraires pissent souvent leurs copies là où d’autres sont déjà passés. Il est urgent d’aller en librairie fureter loin des « meilleures ventes » qui sont presque toujours les pires livres. Plus c’est vulgaire, plus cela trouve acquéreur. Combien sommes-nous en France à aimer la Littérature en marge des sentiers battus : 300 ou 3 000 ? Ceux qui achètent les primés déprimés agissent comme les buveurs de l’infect Beaujolais nouveau. Quand Marc Menant nous convoque à la mairie pour assister au mariage de Betina (20 ans) et de Mermoz (29 ans), le 23 août 1930, on croit être leur témoin tant on est proche d’eux. Miracle de la littérature, mieux qu’un film.
L’amitié est aussi au cœur du livre avec la présence de Joseph Kessel. La vodka y coule en cascade. Quand Kessel hurle «Dobri Tchass s’Bogom !» (Bonne Chance avec Dieu !), Mme Mermoz ne comprend pas un traitre mot du russe mais surtout elle voit un «poivrot» et non pas un des plus authentiques écrivains du XXe siècle.
Marc Menant serait bien inspiré d’écrire un tome 2. Quand on sait que la veuve de Jean Mermoz épousa en seconde noces l’ingénieur René Couzinet, l’un des meilleurs amis du disparu, on a envie d’en savoir plus d’autant que Couzinet se suicida après avoir tué sa … femme avant Noël 1956. La mort traverse tout le récit romanesque de L’homme qui croyait en sa chance. Allez-y voir, comme disait Philippe Soupault.

(1) Berl disait aussi la même chose à propos de Joseph Kessel.

-L’homme qui croyait en sa chance, Marc Menant. Ramsay, 237 p., 19 €.

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