Vous êtes ici, John Freeman (Actes-Sud)

07.01.19

Permalien 08:07:54, Catégories: LITS ET RATURES  

Vous êtes ici, John Freeman (Actes-Sud)

Dans une librairie, les poètes sont en rangs serrés dans une bibliothéque perdue au milieu d’une marée de romans. Ils font office de miel dans un supermarché.

Freeman, John. Il porte bien son nom : John Lhomme/Libre. Quand on lit ses poèmes, on se balade avec lui au gré des voyages et de ses humeurs. La poésie est trop absente des écrans et de la presse écrite. Les médias la tiennent à l’écart. Les politiciens aussi car un poète est incontrôlable. Les poètes ne sont pas invités ici et là alors qu’ils sont fondamentaux dans l’Histoire de la Littérature. De Ronsard à Apollinaire, de Villon à Baudelaire, de Rimbaud à Michaux, de Lautréamont à Prévert. John Freeman arrive en bout de lignée, comme les bourgeons sur un arbre.
Le titre français de son livre souligne un état présent, même si c’est un lieu désigné on ne sait où alors que l’auteur a titré : Maps, c’est-à-dire Cartes, donc presque le contraire puisqu’elles invitent aux voyages : Paris, Oslo, Richmond, Rio de Janeiro… A vrai dire, les deux sont bons car avant d’être ici il faut bouger vers là-bas.
En format court ou long, Freeman exprime à la fois ce qu’il voit et ce qu’il ressent. Au début, on a un peu de mal à le suivre parce que chaque poète à son propre langage. On doit s’habituer un peu avant de voyager dans sa planète sur le tapis volant de ses rêveries basées sur le quotidien, l’instant présent. Hugo a dit que les poètes ont un monde enfermé en eux-mêmes. C’est valable pour tout le monde d’ailleurs mais peu arrivent à le déchiffrer, sinon la planète se porterait mieux, il n’y aurait pas tant de pauvres ères qui errent sans gouvernail. Hommes avec des emplois mais sans métier. Freeman a ce que l’on peut nommer : fraîcheur d’âme, élans vers les autres, curiosité, appétit de vivre…
Quand on découvre un poète, pas question de le comparer aux phares du passé, tels Cendrars ou Reverdy, Soupault ou Aragon. On se laisse aller dans ses observations comme on regarde le paysage assis dans un train. Son recueil sent le macadam, le réverbère des photos de Brassaï, les fenêtres bouchées avec des parpaings. On est dans l’urbain. Un morceau de Miles Davis avec la sourdine. Des polaroïds qui s’effacent à force d’avoir été oubliés au soleil. Freeman est dans le rôle du fixateur pour aider ceux qui ne regardent plus que le bout de leurs pieds.

-Vous êtes ici, John Freeman. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Ducrozet. Actes-Sud, 100 p., 15 €

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