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14.11.18

Permalien 17:52:11, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Lettres de la vie littéraire, Arthur Rimbaud (L’Imaginaire/ Gallimard)

Rimbaud avait la dent dure. Il n’était pas tendre avec sa région natale où il s’ennuyait ferme : «Je suis rentré à Charleville. Je meurs. Je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille», écrit-il le 2 novembre 1870.
Aujourd’hui, il aurait toute la région contre lui qui l’attaquerait en diffamation. Le 25 août de la même année, il en avait déjà mis une couche : «Charleville. Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Vous êtes heureux vous, de ne plus habiter Charleville».
Dans l’ouvrage on retrouve des traits de lumière :
-«Le poète est voleur de feu.»
- «Je est un autre.»
- «Le poète se fait voyeur.»
- «J’assiste à l’éclosion de ma pensée.»

En 2018, et depuis fort longtemps, on n’entend jamais des poètes à la télévision. Hier, comme aujourd’hui, ils font peur. Pourtant, à la fin, il ne reste souvent qu’eux. Si vous allez en librairie, le rayon poète est le plus petit. Les as tiennent sur quelques rayon alors qu’autour d’eux il n’y a que des romanciers. C’est dire que la poésie est le moyen littéraire le plus casse-gueule. Combien de raseurs pour un Rimbaud ou un Apollinaire ? La poésie ne supporte pas les imposteurs. Un mauvais versificateur est vite ridicule.
Lire Rimbaud, même sa correspondance, est un enchantement car il s’exprime librement. Comme ça sonne juste cela ne vieillit pas. Ses colères, ses goûts et dégoûts sont là présents, devant nous, sans une seule ride.
A Paul Verlaine, il écrit de Londres en direction de Bruxelles : «Non, tu ne peux m’oublier. Moi, je serai toujours là. Dis réponds à ton ami. Est-ce que nous ne devons plus vivre ensemble. Sois courageux. Réponds-moi vite. Je ne puis rester ici plus longtemps. N’écoute que ton cœur. A toi pour toute la vie». Il poursuit : «Je t’aime, je t’embrasse et nous nous reverrons (…) Voilà deux jours que je ne cesse de pleurer. Reviens».
Pour 7 euros nous avons d’innombrables émotions diffusées par l’un des plus grands poètes de l’Humanité. Même s’il n’avait jamais écrit un livre, Rimbaud aurait vécu la vie d’un poète. D’ailleurs, il a arrêté d’écrire. L’important c’est de vivre. “Ecrire c’est superflu", me disait toujours Soupault. Voir Soupault me mettait directement en connexion avec Rimbaud, Verlaine, Lautréamont, Baudelaire et Apollinaire.

-Lettres de la vie littéraire, Arthur Rimbaud. Réunies et annotées par Jean-Marie Carré. L’Imaginaire/ Gallimard, 128 p., 7 €

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