Archives pour: Octobre 2018, 11

11.10.18

Permalien 16:56:53, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Attention littérature fraîche ! "Mystica", Stéphane Barsacq (Corlevour),

Ne perdez pas votre temps à lire des âneries. Lisez peu et bien. Par exemple, le nouveau livre de Stéphane Barsacq. Avec un tel compagnon de chevet vous pouvez passer l’année, même plus. Cela peut servir de Missel. De mode d’emploi. Un ouvre-boîte pour le cœur, un décapsuleur d’esprit, un voyeur d’ombres. Il est vraiment incroyable que l’on vante des livres immondes au lieu de signaler des écrits essentiels. Des livres qui font du bien cela ne court pas les rues. Aussi rares que les gens fréquentables.
Cela s’appelle « Mystica» mais le bel ouvrage pourrait s’appeler «Rien que la terre», si le titre n’avait pas été déjà pris par Paul Morand. Pour la bonne raison que Stéphane Barsacq n’est pas du genre à penser dans le vide. «Certains sont à la mode, d’autres ont du style.» Ce qui l’intéresse c’est de vivre de la façon la plus intelligente possible. La métaphysique lui sert pour coller au réel. A force d’être naturel, on devient surnaturel, disait Jean Cocteau. Le petit-fils d’André Barsacq- grand homme de théâtre-part de l’abstrait pour parvenir au concret absolu. Pour y arriver, il cherche ce qu’il y a de plus sérieux en lui. Elever son âme ne veut pas dire être abscons. «Ce qu’on ne voit pas, il faut s’en aveugler.» Il nous fait profiter de ses fulgurances qui semblent extirpées d’un livre de Vauvenargues, Chamfort, Lichtenberg, Joubert, Schopenhauer, Cioran ou Perros. «L’existence est un deuil que renouvelle l’angoisse.»
En marge de fragments de haut parage, il excelle dans l’aphorisme qui nécessite une longue macération avant d’éclore au grand jour. L’apophtegme ne supporte pas la médiocrité. Comme tous les écrivains dignes ce nom, Stéphane Barsacq se bat avec le langage pour le rendre le plus clair possible. «La beauté est le sang blanc de l’âme.» On est très loin des niaiseries accumulées par les philosophes du bien-être, ces champions des portes ouvertures, capables de nous dire que la guerre est vilaine tandis que la paix est grandiose. «Le désert est le ciel terrestre». Stéphane Barsacq était ami avec le poète Edmond Jabès. C’est mieux que des diplômes. Était et reste l’ami. La mort n’efface rien tant qu’on lui survit.

-Mystica, Stéphane Barsacq. Corlevour, 156 p., 15 €

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