Archives pour: Août 2018, 10

10.08.18

Permalien 21:58:30, Catégories: GRAND MONSIEUR, PARIS SERA TOUJOURS PARIS  

Bernard Lama dézingue la gestion de Neymar au PSG

Pour Neymar, Lama n’est qu’un animal du Pérou, qui crache de l’eau. Voilà ce qui se passe quand on n’entretient pas la culture du club.

Bernard Lama fracasse Neymar et le PSG dans le France Football de la rentrée. Il met le paquet et crache son venin. Bienvenue au club ! Il a de quoi en avoir gros sur le cœur : hier, Ibrahimovic a tiré un trait sur le passé du PSG et disait qu’avant lui, le PSG = le néant ; aujourd’hui, Neymar arrive au PSG sans rien connaître du club. Il serait amusant de demander la date de création du club à l’homme-sandwich du Qatar. Et s’il connait Mustapha Dahleb.
Bernard Lama reconnait cependant du talent à la publicité vivante de la L1. La question est de savoir ce qu’il en fait. Au service de qui ? Pas du PSG. D’abord, le Ballon d’or ! Le hic, c’est que désormais Mbappé est mieux placé que Neymar. Un champion du monde ne joue pas dans la même catégorie qu’un parachuté de Barcelone qui a pris la poudre d’escampette pour fuir Messi.
L’ancien gardien du PSG souligne bien que Neymar arrive en «pays conquis». Il n’a donc rien à prouver. Tout le monde s’écrase devant le poids économique qu’il représente :
-«L’institution PSG n’est pas assez solide pour avoir la main sur Neymar. Qui a-t-il en face de lui ? Nasser, Henrique, Maxwell… Des étrangers, très récents au club, qui n’en ont pas l’esprit et ne peuvent donc le transmettre.» Et pan sur le bec !
Et de préciser que Ribéry et Cie au Bayern Munich doivent faire face à Beckenbauer, Rummenigge et Hoeness. Le PSG a fait la faute historique de se séparer de Leonardo et de Carlo Ancelotti. Pas la reconnaissance du ventre. Le PSG voulait prendre Ben Arfa pour que la banlieue s’identifie à Ben Arfa. Hélas ! ils ont saccagé la carrière du virtuose. On prend et on jette, au besoin avec un paquet d’euros à la clef. Ce qui fut fait avec Antoine Kombouaré et Laurent Blanc. Qu’importe, quand on n’a pas d’idées on a du pétrole !
Bernard Lama aimerait que le PSG fasse avec Neymar – le conduire en banlieue pour lui montrer une autre France que celle de LVMH- ce qu’il n’a pas fait avec Ben Arfa qui lui vient vraiment de la banlieue. Mais comment des gamins sans un euro peuvent-ils s’identifier à quelqu’un qui gagne 100 000 € par jour ? Jadis, je ne savais pas ce que gagnait Puskas, et tant mieux. On parlait ballon, jeu, technique, classe. Pas fric, bijoux, voitures, appartements, gonzesses, villas et tout le reste qui va avec.
Le PSG «maintient Neymar dans sa bulle» insiste avec raison Bernard Lama. Au XXe siècle, Luis Fernandez, entraîneur, mettait Ronaldinho sur le banc. Au XXIe siècle, le président du PSG va avec Neymar en boîte de nuit. Et signalons que Fernandez a été nommé au centre de formation. Le silence s’achète. Les temps ont vraiment changé. Y forme-t-on des futurs noceurs roi de la bamboche ?
A vrai dire, pour le PSG l’important c’est d’avoir chapardé Neymar au Barça. D’habitude, la star ainsi captée va dans un club de même niveau ou plus genre Man City ou le Real Madrid. (Le PSG n’ayant pas de palmarès a tout misé sur l’argent.) Donc si Neymar va à Paris c’est que Paris est du même rang que le Real. Vaste plaisanterie. Pourtant le Qatar a mis le paquet : Neymar, Cavani et Mbappé. Quelle attaque ! Le problème ? Le Qatar confia ce trio à un entraîneur de cinquième zone. C’est confier une F1 de chez Ferrari à un chauffard.
Le comble dans tout ça ? Si la L1 s’exporte mieux parce que les décideurs y voient la présence de Neymar, alors qu’il y a très peu joué, la télé brésilienne Globo ne veut pas renouveler son bail de trois ans avec la L1 car les dirigeants de la chaîne brésilienne soupçonnent le père de Neymar de vouloir faire partir son fils sous d’autres cieux en 2019-2020. Globo sait très bien que les Brésiliens ne vont pas regarder la L1 pour y voir jouer T. Silva qui porte la poisse au pays. Globo ne veut pas payer au-delà de 4 M€ annuels pour la L1. Une misère en regard des droits demandés par la Premier League.
La saison 2018-2019, nous dira si Neymar-Cavani et Mbappé font faire mieux avec l’Allemand Tuchel, le nouvel entraîneur. Le Qatar a recruté Buffon, le gardien mythique pour faire un peu plus le poids en défense. Le gardien de 40 ans, en moins d’un mois, a su déjà mettre dans sa poche les fans du PSG. Question d’intelligence. Il a même une 2CV. Immatriculée à Roma comme pour dire que rouler sur l’or ne rend pas forcément stupide. Quand on voit des footballeurs décérébrés rouler en Ferrari ce n’est pas une grande publicité pour la marque au cheval cabré. Chapeau l’artiste !

-France Football, N°3769. Mardi 7 août 2018. Spécial Guide Ligue 1. 90 p., 4,20 €

Permalien 08:42:20, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Dans la forge de Bernard Deforge, poète (Les Belles Lettres)

Certains écrivains ne font pas qu’écrire. A l’égal de Michel Vinaver- ex PDG de Gillette et auteur dramatique phare contemporain- Bernard Deforge a été conseil en entreprise, en marge de son activité d’éditeur, et enseignant. Aussi humble que brillantissime, l’helléniste de portée mondiale est respectueux du passé sans se couper de la société civile, donc de l’avenir. La France peut s’honorer d’avoir encore des fils de ce calibre : agrégation de Lettres classiques (1970), débuts au lycée d’Amiens à l’époque post-soixante-huitarde, doctorat d’Etat (1984), maître de Conférences à Paris-X Nanterre, professeur émérite des Universités, doyen honoraire, chargé de mission à l’Education nationale (1972-1974), au Cabinet du Secrétaire d’Etat au Logement (1974-1977), au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche pour les Langues anciennes (1993-1998), directeur du département de sa spécialité à l’Université de Caen, puis de l’UFR des sciences de l’homme, il dirige de 2002 à 2007 le Centre de Recherche sur l’Antiquité et les Mythes (CERLAM). L’incollable sur Eschyle est aussi éditeur aux Belles-Lettres, parmi d’autres activités liées à la littérature. Au lieu de tirer leur coup de chapeau à ce grand esprit, les régents de la communication mettent des imposteurs en tête de gondole.

Dans Eschyle, poète cosmique (1986) et Une vie avec Eschyle(2010), Bernard Deforge nous explique, par le biais de son expérience d’universitaire, qu’il faut refuser l’approche dichotomique qui sectorise bêtement l’existence. On doit tenir compte de l’ensemble de ce qui nous entoure. « Eschyle m’a appris la poésie qui est un langage – presque perdu aujourd’hui – permettant de révéler au jour l’harmonie du monde, les correspondances pour employer un mot baudelairien, et l’harmonie entre l’homme et le monde – harmonie également perdue ». Bernard Deforge perçoit la diffusion du Divin, au-delà des apparences, la présence permanente de signes adressés et la cohérence des destinées individuelles et collectives. En un mot la seule religion qui devrait exister : celle de l’intelligence au service du bien commun. «Prier c’est parler au destin, user de la langue des dieux, accéder à l’autre rationalité.» Poésie et prière à l’unisson. On songe aussi au Lucrèce de De natura rerum.

Je suis un Grec ancien (2016) relate que le fait de baigner, depuis sa prime jeunesse, dans la littérature grecque archaïque et classique, n’empêche pas Bernard Deforge d’être ancré dans le monde d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’une boutade: un arbre sans racines est incapable de donner des bourgeons. Ce n’est pas pour rien qu’il a titré l’un de ses livres «Le Commencement est un dieu» (2017). La pensée mythique n’est pas un stade révolu de la pensée humaine. Matière spécifique avec ses lois, son langage, ses structures, elle a un sens actif et non pas inerte.

L’essayiste poursuit sa singulière autobiographie avec Matrices. Mes vies en multiplex où il rend compte de toutes ses différentes vies professionnelles menées en parallèle depuis 1974 : membre de cabinets ministériels, batailles électorales, associé d’une firme internationale d’audit et de conseil jusqu’à son fauteuil de maire de Hargnies, commune de moins de 500 Harnicots et Harnicottes, située dans une clairière de la forêt ardennaise : «Un village, c’est le résultat de la géographie et de l’Histoire, mais une volonté de construire en s’appuyant sur les richesses du présent et le dynamisme des habitants». La parole de l’élu est fidèle à sa devise : protéger le passé c’est le meilleur bouclier pour aller de l’avant. Les voitures n’ont pas chassé les sangliers, chevreuils, cerfs, biches, chats sauvages, grives, gélinottes des bois et cigognes noires. Né à Paris en 1947, Bernard Deforge revient aux sources. Une façon de renouer à l’essentiel, telle son amitié avec Yanny Hureaux, l’âme des Ardennes, la sentinelle qui chasse la bêtise humaine.

Les élèves qui ont côtoyé Bernard Deforge se sont améliorés au contact d’un professeur qui n’a jamais voulu former des clones, enseignant toujours sa discipline en relation avec d’autres apparemment différentes. S’il salue l’apport de Jacqueline de Romilly, Jean-Pierre Vernant et Lucien Jerphagon, il voudrait que l’on mette plus en évidence Augustin d’Humières qui enseigne le grec ancien en banlieue difficile, dans les fameux quartiers dit sensibles, comme disent les technocrates qui n’y mettent jamais les pieds ou alors avec une pince à linge sur le nez.
Editeur, Bernard Deforge est un médiateur qui donne la parole aux écrits de : Pierre Levêque, Lucian Boia, Walter Burkert, Peter Kingsley, Christine Dumas-Reungoat, Lucie Thévenet, Régis Boyer, Jacquy Chemouni, Nicolas Balzamo et David Brunat … Son critère c’est le talent basé sur l’originalité, l’intérêt scientifique, le style au sens large. L’essayiste est aussi et surtout un poète qui nous livre régulièrement des sonnets (Roupie V) qui enrichissent une œuvre trop passée sous silence. Lire Bernard Deforge c’est découvrir un ami que l’on a trop longtemps négligé. A tort car il nous fait un bien fou. «Poète (…) c’est un état.» Liberté, égalité, fraternité.

L’œuvre de Bernard Deforge est éditée aux Belles Lettres :
-Roupie V (Sonnets 2012-2016), 66 p., 17 €
-Matrices. Mes vies en multiplex, entretiens avec Daniel Pique. 125 p., 17 €
-Eschyle, poète cosmique, 348 p., 45,70 €.
-Une vie avec Eschyle, 304 p., 35,50 €.

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