Archives pour: Juin 2018, 11

11.06.18

Permalien 17:48:40, Catégories: LITS ET RATURES  

De la littérature, enfin ! "Je ne sais pas", André Rollin (Phébus)

André Rollin écrit: “Je ne sais pas". Cela renvoie au : “Je préférerais ne pas” proféré par Herman Melville via son personnage Bartleby qui faisait du quiétisme sans le savoir comme Monsieur Jourdain faisait de la prose.
Quand on a dans les mains Je ne sais pas, on a l’impression de recevoir un nouveau Fernando Pessoa mais sous l’un de ses nombreux hétéronymes, cette fois dans la veine pessimiste, mélancolique mais jamais triste. Kafka- dans sa cave (la même que dans ce livre) et Cioran n’attristent jamais. La lucidité n’est pas désespérante, bien au contraire. Penser c’est dire non.
Le livre d’André Rollin est un morceau de littérature comme un bloc de glace, détaché d’un iceberg, dérive à la recherche des lecteurs.
Y en a-t-il encore dans ce pays ?
Quand on regarde les premières places du parade littéraire, on ne voit que des produits avec tous les ingrédients qui alpaguent les lecteurs qui ne liront jamais Bove, Calet, Guérin, Perros, Berl et le Prince de Ligne. La quantité est souvent ennemi de la qualité. Pour plaire au grand nombre soyez toujours plus vulgaire, préconisait Paul Léautaud. Et s’ils ne les lisent pas c’est parce qu’ils ne savent même pas que ces écrivains existent.
Les auteurs qui “marchent” parlent d’amourette essentiellement: 80 % des lecteurs sont d’anciennes lectrices de Nous Deux ou leurs descendantes. Malraux disait: on ne peut pas demander à quelqu’un d’écrire un sonnet si on ne lui a pas appris à lire. Rien de misogyne là-dedans. Les femmes ont le mérite de lire quand les hommes eux ne lisent que leurs relevés bancaires ou les prescriptions pour soigner leur prostate.
Le livre d’André Rollin se lit à haute voix, comme si nous étions dans le gueuloir de Flaubert. Les mots ne sont pas de simples mots, ils ont été choisis pour dire quelque chose, pas pour compter fleurette. On a le sentiment que le narrateur remonte le film de sa vie à contre courant, vagabond balloté par la foule en sens inverse.
La mémoire est un amas gazeux, on ne sait jamais ce qu’elle va nous resservir.
La mémoire c’est le contraire de YouTube.
Hier, on allait demander à ses grands-parents des explications.
Avant-hier, on s’abimait les yeux sur les notices en anglais.
Aujourd’hui, on tape Google.
Le livre d’André Rollin c’est le Cri de Munch, version littérature.
Allez-y voir vous-mêmes ! comme a dit Soupault à propos de Lautréamont.
Chez Rollin c’est la cave qui se rebiffe. Celle d’où l’on remonte les bouteilles de vin qui ont une date dessus comme les souvenirs. Des clous de girofle dans les joues ? Une dame dans un bus à Alger ?
André Rollin a quitté les pages livres du Canard Enchaîné.
A présent, il vole de ses propres ailes.
De sa plus belle plume.

-Je ne sais pas, André Rollin. Phébus, 112 p., 11 €

[Post dédié à Pierre Drachline]

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