Grand livre: Le lambeau, Philippe Lançon (Gallimard)

18.04.18

Permalien 15:26:43, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Grand livre: Le lambeau, Philippe Lançon (Gallimard)

Charles Trenet. Le chanteur tant aimé par Cabu.

Je n’ai jamais cité la 4e de couverture mais celle-ci s’impose:
“Lambeau, subst. masc.
1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.
2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).
3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française)".

Interview de Philippe Lançon:
“Mon livre ne dissipe aucune brume. Il explore cette brume et il le fait avec les moyens du bord : dans mon cas, et depuis le début, écrire. C’est un acte de construction littéraire,
qui s’accomplit parallèlement à la reconstruction chirurgicale (…) Mon livre n’est pas un essai sur l’islamisme ou sur l’état de l’hôpital, sujets sur lesquels je suis incompétent : c’est un récit et une réflexion intimes. C’est l’histoire d’un homme qui a été victime d’un attentat, qui a passé neuf mois à l’hôpital, et qui raconte le plus précisément, et j’espère le plus légèrement possible, comment cet attentat et ce séjour ont modifié sa vie et la vie des autres autour de lui, ses sentiments, ses sensations, sa mémoire, son corps et sa perception du corps, son rapport à la musique, à la peinture, sa manière de respirer et d’écrire (…)L’actualité, dans ce livre, ne m’intéresse pas. Elle n’entrait presque pas dans mes chambres d’hôpital (…) Ce qui dérange peut-être, dans ce monde si rapide, si impatient, c’est le temps si lent, si résistant, parfois presque immobile, dans lequel vivent les patients et les survivants (…) Pourquoi et comment continue-t-on à vivre ? Je n’en sais rien. Écrire des chroniques en quasi-direct sur ce que je vivais m’a aidé en donnant forme, et donc peut-être sens, à ce que je vivais ; en me détachant, paradoxalement, de moi-même. Écrire ce livre a été un tout autre travail, entrepris plus tard, où mémoire et rêverie ont fait de toute réalité vécue un état de fiction. Je suis journaliste et je suis écrivain, sans hiérarchie. Les deux se sont retrouvés, quoi qu’ils vaillent, parmi les morts, entre les draps et dans ces pages.”

C’est le livre de l’année. Philippe Lançon a écrit sur ce qu’il a vécu lors de l’attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 - déjà !- qui a fait 12 morts. Des icônes ont été massacrées ce jour-là. Pas un livre d’essayiste. Pas un roman. Un livre qui raconte tout ce qui lui est passé par le corps et par la tête. Avec ce qu’il faut de grâce littéraire, mélange de grammaire et d’émotion partagée.
C’est criant de vérité.
Pas le livre de ces écrivains de pacotille qui se pavanent à la télévision pour dicter la mode à suivre.
Cela commence par la dernière soirée du monde d’avant, celui sans l’attentat.
Il y a eu des signes avant-coureur comme dans Le salon de Musique, de Satyajit Ray.
Pourquoi Philippe Lançon a-t-il choisi de passer d’abord par Charlie Hebdo avant d’aller à Libération et non pas le contraire ?
Histoire de destin. Ou ressentait-il plus l’amitié à Charlie qu’à Libé ?
Lançon a écrit sur son quotidien. Tout réapprendre, suite à ses blessures.
La fiction a ses limites. La preuve, le livre de Philippe Lançon.
A part lui, quel écrivain aurait-pu écrire un tel livre sans le poids de l’expérience ?
Tolstoï et Dostoïevski. Je n’en vois pas d’autres.
Si Philippe Lançon avait choisi d’aller à Libé avant de se rendre à Charlie, je suis sûr qu’il aurait regretté de ne pas avoir été présent avec ses amis au moment du massacre.
Philippe Lançon est un survivant.

Le lambeau, Philippe Lançon. Gallimard, 510 p., 21 €

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