Archives pour: Janvier 2018, 23

23.01.18

Permalien 14:56:36, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Retour à Séfarad avec Pierre Assouline (Gallimard)

Colette avait dit à Emmanuel Berl : «Vous êtes trop intelligent pour faire un bon romancier». On pourrait renvoyer le compliment à Pierre Assouline car si vous regardez les meilleures ventes de livres, il s’agit toujours de bouquins totalement dépourvus d’esprit et exempts d’éruditions. Ces gens-là savent que la moindre référence ferait fuir le lecteur qui se sentirait inférieur à l’auteur. Paul Léautaud avait prévenu : «Plus vous êtes vulgaire, plus vous touchez le grand public».
Loin d’appliquer ce précepte, Pierre Assouline ne varie pas d’un iota dans ces livres. Il est devant la page blanche comme il est au quotidien. Un assoiffé de culture doté d’une mémoire terrifiante. Travailleur acharné, c’est Tintin qui rend sa copie. Le reporter fait tout sérieusement sans jamais se prendre au sérieux. Il voit la vie comme si c’était une vaste fiction qui se termine mal. En attendant, il cherche toujours à s’améliorer et picore ce qu’il y a de mieux autour de lui pour passer le temps de la plus belle façon possible.
Ni pessimiste, ni optimiste, simplement un être vivant qui réagit selon les événements. Oui, sa prose lui ressemble. Il ne se met quasiment jamais en colère mais il vaut mieux être de ses amis car son indifférence peut-être un venin dont vous ne vous remettrez jamais. Exception dans la République des lettres - qui parfois vire à la dictature- il ne se sert jamais des journaux, radio ou télé qui l’emploient pour se faire de l’autopromotion. Le livre passe avant lui.
Après avoir été tour à tour les grands personnages de ses multiples biographies (Hergé comme Cartier-Bresson), il confectionne désormais des personnages romanesques.
Le dernier en date décide d’aller en Espagne, sur l’invitation du Roi qui a demandé à tous les Séfarades de revenir sur le sol espagnol d’où ont été expulsés leurs ancêtres en 1492. Cela donne libre cours à une fresque grandement panoramique à partir de l’Inquisition. Voilà une belle façon d’apprendre avec Pierre Assouline qui est un magistral professeur d’Histoire rêvé. Il rend tout compréhensible et semble produire une soirée diapositive comme autrefois. Il a un côté Oncle Paul, encore un personnage Hergé, cette fois version journal hebdomadaire. L’humour chevillé au corps, il avance pas à pas dans son récit, et on le suit les yeux grands ouverts. Il restitue ce qu’il a appris comme un arbre donne des fruits. Colette aurait bien été embêtée avec Assouline, autant intelligent que sensible. Le fantôme de la romancière plane au-dessus de la table du jury Goncourt quand Pierre Assouline y siège. Il est bien capable d’échanger quelques mots avec l’ancienne Reine du Palais Royal. N’a-t-il pas déjà fait parler la baronne Betty de Rothschild, enfermée dans un tableau du XIXe siècle ?

-Retour à Séfarad, Pierre Assouline. Gallimard, 445 p., 22 €.

[Post dédié à Peter Mayle et Philippe Gondet]

Janvier 2018
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << < Courant> >>
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software