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06.12.17

Permalien 15:51:48, Catégories: GRAND MONSIEUR, HENDRIXEMENT  

Jean-Philippe Smet (1943-2017) est mort mais Johnny Hallyday reste vivant

Un concert de 1963, à Amsterdam. Une “bête” de scène qui ne vivait vraiment que sur les planches, son lieu de vie par excellence. Immense icône populaire française du XXe siècle, avec Chevalier, Piaf, Trenet, Gabin, Cerdan, Anquetil, Poulidor, de Gaulle, Bardot, Delon, Belmondo… Johnny Hallyday c’est aussi les 30 Glorieuses. Il y avait la chanson dite classique(Bécaud, Brel, Brassens) et Johnny Hallyday qui n’a jamais été un produit sans âme.

Pas besoin de connaître un artiste pour avoir un lien avec lui. La preuve ? Johnny Hallyday.
Il disait tout dans ses chansons, d’où sa timidité maladive dans les interviews. Je l’ai entendu dire: “Je ne peux pas demander l’autographe de quelqu’un. Il faut du courage pour faire ça…”
Beaucoup d’enfants des années 1960 se sont identifiés à lui: vêtements, conquêtes féminines, autos, motos, sortie avec ses potes… La première fois que ma mère me laissa prendre seul le bus ce fut pour aller acheter un 45 T de Johnny (T’aimer follement). J’aurais pu tomber plus mal. Ses disques étaient matraqués à la radio mais on n’avait besoin de rock pour se rebeller. Ensuite, il y a eu le RAP. Le seul genre qu’il n’a pas épousé épisodiquement, cela veut dire que RAP est contenu dans le rock et le blues.
La mort du chanteur mythique après la tuerie au Bataclan- plus tout ce que vous savez-est une sorte de baisser de rideau.
A la fois fidèle compagne et pire ennemie, la mélancolie le tenaillait depuis son enfance de mal-aimé.
Recueilli par sa tante paternelle, il s’est longtemps cru incapable de fonder un foyer. Son oncle par alliance fera office de père.
Il tendait un miroir au public. Lui c’était nous, et nous c’était lui.
Ses failles étaient détectables dans sa sublime voix. Une gamme exceptionnelle. Un timbre reconnaissable, inimitable, perdu pour toujours, hélas ! J’estime cependant que son fils doit assurer la relève. David en est capable. Il l’a déjà prouvé. C’est à lui de reprendre le flambeau.
Son humour pouvait être assassin: “Je ne fais plus les Enfoirés car là-dedans je serais le moins connu !
Il a vécu jusqu’à 74 ans. Un exploit ! Les rares icônes dans son genre disparaissent toutes très jeunes. Là nous étions en face d’un James Dean qui est devenu vieux, tant mieux. Un Phénix a vécu parmi nous. Il a tenu le plus loin possible.
Son charisme était évident. On n’apprend pas à avoir de la présence. Dès qu’il montait sur un plateau, sa lumière était plus forte que les projecteurs. Un soleil. Certains ne s’en aperçoivent qu’à présent !
Il était un interprète de la race de Piaf, brûlant sa vie sur scène. Quand on donne autant, on s’épuise, on grille de l’énergie. Et comme après un concert, le vrai chanteur ne trouvait pas le sommeil facilement, il allait boire des coups et s’en griller des paquets. Brel faisait la même chose, mais Brel n’a pas chanté aussi longtemps que Johnny.
Quand il chantait, il vivait chaque mot, chaque situation. Crevant ! Un artiste plein de sueur et de larmes. Une beauté inégalée.
Quand il a montré les paroles de Que je t’aime à Eddy Mitchell, son ami de jeunesse lui a dit: “C’est impossible à chanter…” Comme Piaf, il aurait pu chanter l’annuaire.
A la mort de son père, le fils est allé à l’enterrement:
-"A part moi, il n’y avait que les fossoyeurs… Mon père n’avait donc aucun ami, rien, personne…”
Ce père avec qui j’ai pris plusieurs l’ascenseur quand j’ai débuté dans la presse, mais c’est une autre histoire. Ce père était un colosse. Masse imposante. Le fils avait de qui tenir.
Hyper sensible. Hyper timide. Loup sur scène.
Pour ceux qui étaient jeunes aux débuts des années 1960, il a incarné le rock français. Un moment très important. Ses adaptations étaient souvent mieux que les versions originales.
Ce caméléon savait épouser toutes les modes pour rester dans l’actualité. Son obsession de la durée l’a poussé à se médiatiser à outrance. A l’inverse d’Eddy Mitchell qui, lui, a mis une immense barrière entre sa vie publique et sa vie privée.
Ses chansons ont toujours été le baromètre de sa vie. Beaucoup voudraient faire ça mais ils ne nous intéressent pas car ils n’ont pas de fluide pour établir le contact.
Johnny Hallyday savait s’entourer des meilleurs paroliers du moment.
Sur scène, il avait de grands musiciens. Le public en avait pour son argent et même plus.
Chacun à ses souvenirs. J’ai vécu toute l’ascension de Jean-Philippe Smet. Il a tout partagé. Quand il chantait “Je suis seul” c’était vrai. On le croyait tout le temps.
En 1963, je l’ai vu au Casino Municipale de Nice.
Début 1970, au théâtre de Verdure, toujours à Nice.
Des temps forts dans sa carrière. Et dans ma vie.
Au total, il a assuré 3 000 concerts. Tous des triomphes.
30 millions de spectateurs se sont déplacés pour le voir et l’écouter.
Avant de connaître Léo Ferré, Artaud, Brassens, Rimbaud… les enfants de 1960, en France voulaient être lui ou être avec lui.
Il n’était pas un imposteur. Rien à voir avec les marchands de soupasses imbuvables.
Des grincheux disent qu’il n’était connu qu’en pays francophones. Cela ne veut rien dire. Il chantait en français. Qui peut s’en plaindre, surtout qu’il adorait les Etats-Unis.
Dans les années 1960, Jacques Anquetil et Johnny Hallyday étaient nos héros.
Si on l’aimait tant c’est parce qu’il nous aimait. La popularité, la vraie, ne s’achète pas au BHV. Il ne faut pas se moquer des gens qui ressentent des émotions par le biais des chansons. L’intelligence du cœur c’est le plus important. Les cultivés sont souvent imbuvables.
Johnny Hallyday a voulu reprendre la tournée des Vieilles Canailles avec Eddy Mitchell et Jacques Dutronc car “il faut faire plaisir à ceux qui ne nous ont pas vus". Une question de générosité et non d’argent. On connaissait déjà les difficultés respiratoires de Jean-Philippe Smet.
Les impôts ont perdu un grand contribuable et notre jeunesse a pris une sacrée claque ce 6 décembre !
Jean-Philippe Smet est mort mais pas Johnny Hallyday.

PS: un quotidien dit de gauche fait sa une sur lui alors que d’habitude il ne met jamais en couverture un défunt de droite. C’est ce qui s’appelle tendre sa gamelle pour avoir sa ration de soupe.

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