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12.08.17

Permalien 07:11:40, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR, VAN GOGH FOR EVER  

Gala/ Dali à Cadaqués et Picasso, partout (Robert Laffont et Larousse)

Philippe Soupault détestait Dali, sa peinture autant que le personnage. Il m’a dit : “Dali fait penser à cet animateur de télé qui avait un nom de savon…”

A la mort de Dali, un journaliste a téléphoné à Philippe Soupault pour lui annoncer le décès de celui qu’il avait connu dans les années 1920 : «Bonne nouvelle ! Non, je n’ai rien à déclarer.» Le cofondateur du Surréalisme – surnommé la Hyène quand il était jeune, c’est dire son tempérament- détestait le peintre qu’il accusait d’avoir «léché les bottes de Franco». Pour Soupault, Dali était un imposteur qui se faisait passer pour surréaliste alors que les vrais peintres surréalistes étaient Tanguy, Ernst, Masson et de Chirico (Magritte est plus surréaliste que Dali). Le poète n’était pas tendre avec les cendres du disparu et… à présent on vient de déterrer le peintre pour faire un test de paternité sur son cadavre car une femme prétend être sa fille. Mieux vaut mourir inconnu ces temps derniers. Et surtout pauvre !
Un livre-enquête signé par le duo Gasquet/Llorens-Vergés évoque le couple Dali-Gala qui a vécu à Cadaqués. Avant d’être avec le peintre, Gala fut la compagne de Paul Eluard. Tout le quotidien de la partie visible du couple est passé au peigne fin jusqu’à ce qu’ils aimaient manger, recette comprise. A la fin de sa vie, Dali a fini clown dans un spot publicitaire pour une marque de chocolat. Ce couple ne fait rêver que ceux qui rêvent d’être connus. Soupault m’a certifié que Dali parlait comme et vous. Et qu’il ne délirait que devant la presse pour inventer un personnage. Sa peinture ce n’est pas grand-chose face à Picassso. C’est mieux que Picabia mais moins bien que Derain. Les montres molles ça va 5 minutes. Dali a inventé, une marque, un produit. Soupault m’a expliqué que Dali était un jeune homme tout timide pris en main par Gala qui a vu qu’elle pourrait plus tirer profit de Dali que d’Eluard qui lui collectionnait et vendait des tableaux.
Je parlais de Picasso. Bonne occasion de le retrouver dans deux beaux albums. L’un relié sous jaquette, de John Finlay, est présenté en 20 chapitres qui survolent toutes les grandes étapes de l’œuvre dans ses différents ateliers. Un château n’était qu’un atelier pour Picasso qui laissait ses toiles souvent au sol. La plus belle de ses demeures était toujours en chantier. Il est resté saltimbanque toute sa vie, vous remarquez dans le mot la présence de Banque… Picasso a su transformer chaque ligne en or, disait Orson Welles. Tant de maudits pour un Picasso, grand artiste mais aussi génial commerçant. La monographie de Guitemie Maldonado, elle, analyse trente œuvres de façon simple et efficace. La peinture de Picasso est inépuisable et il est vraiment grotesque de voir au feu des voitures signées Picasso. Vulgaire opération mercantile. Si au moins les voitures avaient l’avant à la place de l’arrière et un design digne du génial. Picasso disait goguenard : «Je plains ceux qui me suivent : j’ai tout inventé».
On peut trouver tous les défauts à Picasso mais l’évidence saute aux yeux: sa peinture est géniale. Il était peintre comme on nait blanc ou noir, grand ou petit. Il a assimilé toutes les œuvres qui l’ont précédé pour créer à sa manière, une nouvelle façon de peindre. Il s’est beaucoup inspiré des œuvres africaines qui sont toutes non signées. Il disait: “Quand je vais au musée de l’Homme c’est moi qui interroge les statues et non pas le contraire". Picasso s’est amusé toute sa vie, aussi bien dans les périodes de vache enragée que dans la phase de l’opulence. C’est celui qui continue de jouer aux cubes quand les autres deviennent avocats ou huissiers. Il a conservé son âme d’enfant jusqu’au bout. Dans n’importe quel endroit, il créait: au bistrot dès que la conversation tournait en rond, il prenait un paquet de Gitanes et faisait un découpage. S’il voyait un vieux vélo, il détournait la selle et le guidon pour faire la tête d’un taureau. Picasso est le virtuose absolu. Il est allé jusqu’à dire : “Braque c’est ma femme", car Braque est Picasso en version intellectuelle. Picasso communiste ? Cela fait rire aujourd’hui, mais il était sincère. Qu’il est loin le temps où le PC avait pour adhérents Picasso et Aragon. Face à un Picasso, on ne s’ennuie jamais. On sent le souffle de son esprit. Son âme clignote de partout. Et ce n’est jamais n’importe quoi. Le cubisme par exemple, qu’est-ce que c’est ? Tout simplement voir quelque chose sous tous ses aspects possibles. On souhaite à tout le monde d’avoir cette même vision de l’existence. Le premier découvreur de Picasso fut Guillaume Apollinaire qui fit beaucoup pour le faire connaître. Apollinaire aimait aussi énormément Matisse, un autre génie de la peinture. Apollinaire a écrit que la peinture était “une tentative d’organiser le chaos du monde". On peut difficilement dire mieux.

-Gala et Dali de l’autre côté du miroir. A Cadaqués, sur les traces d’un couple mythique. Dominique de Gasquet et Paquita Llorens-Vergés. Robert Laffont, 260 p., 20 e
-Le monde de Picasso, John Finlay. Larousse, 180 p., 29,95 €
-Lire la peinture de Picasso, Guitemie Maldonado. Larousse, 176 p., 17,95 €

Une exposition Picasso est organisée dans quatre musées de Rouen jusqu’au 11 septembre 2017.

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