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22.07.17

Permalien 23:06:43, Catégories: LE GYM E BASTA, LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Mort de l'écrivain Niçois Max Gallo (1932-2017), l'auteur de la Baie des Anges

Max Gallo est mort le 18 juillet 2017, à 85 ans. Je republie ci-dessus un post de 2012 sur l’un de ses grands livres autobiographiques. Il est complétement présent dans cette déchirante confession. L’Historien ancien professeur d’Histoire au Lycée Masséna, dans les années 1960, se levait à 3 heures du matin pour écrire. Il a beaucoup écrit, y compris dans la presse. D’origine piémontaise par sa famille, il a publié La Baie des Anges, en quatre tome, pour évoquer les siens et en même beaucoup les Niçois de même origine que lui. En ces temps-là, les venus d’ailleurs n’écrasaient pas la population sur la Prom’ ! Cette Baie des Anges est désormais éternellement endeuillée par l’enfer du 14 juillet 2016. Il fut aussi le “nègre” de Martin Gray et du célèbre Papillon, deux immenses succès de librairie. Nice a perdu l’un de ses grands fils, de la génération de Louis Nucéra. On ne peut pas parler du XXe à Nice sans parler d’eux. Max Gallo était devenu professeur pendant que Louis Nucéra resta toujours un élève. Ils avaient cependant en commun d’avoir célébré leurs devanciers. Qu’ils en soient remerciés.

Ex porte parole du gouvernement Mauroy, professeur, historien, l’académicien Max Gallo nous rappelle qu’il est écrivain grâce à ses mémoires où il rend un bouleversant hommage à sa fille. «Je sais fort bien que je ne suis qu’une machine à faire des livres» a confié Chateaubriand. A 80 ans, Max Gallo pourrait dire la même chose puisque sur la couverture de ses Mémoires figure une ancienne machine à écrire. Histoire de rappeler que c’est un homme de la planète Gutenberg égaré au siècle des SMS. Au prime abord, on est surpris qu’il n’annonce pas des Mémoires en plusieurs tonnes tant on est habitué à ses feuilletons sur les Romains ou Napoléon. Cette fois, Max Gallo nous livre sa part la plus intime, loin du bric-à-brac sexuel des auteurs de l’idiot-visuel. Le fils d’immigrés italiens offre un démenti aux critiques qui se plaignent qu’il va un peu trop à la ligne. Vont-ils être capables de se confronter à une inattendue prose à cœur ouvert ?
Le quai Conti a la particularité de rassembler des auteurs qui n’écrivent pas sous urgence vitale. A l’inverse, Max Gallo, lui, publie un ouvrage plein de larmes et d’angoisse qui désarçonne ceux qui ne sont pas habitués à le voir s’épancher sur son sort. Dans une émission de télévision, nous céderions au voyeurisme. En littérature, il s’agit d’un partage entre un écrivain et son lecteur, son semblable. Le dernier tiers du livre consacré à la mort de sa fille nous plonge dans le caveau familial. On réalise alors que depuis le suicide de sa fille Mathilde (1956-1972), Max Gallo se cache derrière des personnages historiques. Quarante ans plus tard, il tombe le masque, nous révélant une part de sa vie privée avec des accents de sincérité constante.
Max Gallo aurait pu titrer son requiem « Mon cœur mis à nu » mais au lieu de copier Baudelaire, il a choisi la citation d’un moine de 1207 : « Ne meurent et ne vont en enfer que ceux dont on ne se souvient plus. L’oubli est la ruse du diable ». A la vérité, on sait que le vrai tombeau c’est le cœur des vivants. Qui sont les morts de Max Gallo ? Il y a ses parents - des gens simples qui n’étaient pas n’importe qui, comme dirait Louis Nucéra, autre Niçois légendaire- ses grands parents (si importants jadis dans la formation des enfants) et bien sûr Mathilde, sa fille, qui portait le prénom d’une héroïne de Stendhal. Lorsqu’il était un écrivain en gestation, Max Gallo s’identifia à Martin Eden de Jack London qui se supprime, refusant le hochet de la gloire. Quand paraît son premier livre L’Italie de Mussolini (1964), il ressent un vide intérieur qu’il a du mal à maîtriser. Gérard de Nerval nous a pourtant prévenus : rien n’est plus triste que d’écrire. La fin de l’enfance de Max Gallo se situe le 7 juillet 1944 quand les nazis ont pendus Séraphin Torrin et Ange Grassi de chaque côté du bout des arcades de l’avenue de la Victoire, à Nice.
En 1968, à 36 ans, il s’estime n’être qu’un témoin de l’Histoire vu qu’il a été soit trop jeune soit trop vieux pour y participer. Quand il décide de s’impliquer sous Mitterrand, il n’insiste pas, peu emballé par un président de gauche décoré par le vichyste Pétain. Il sait qu’il est condamné à écrire. «La vie quotidienne ne m’intéressait pas », pensait-il déjà à la fin des années 1960. N’empêche, il ambitionne d’appartenir à la «caste des visibles». Max Gallo était de la tendance Dumayet-Desgraupes, en marge de la galaxie Guy Lux. Quand il annonce à sa fille (12 ans)- et non pas à sa femme- qu’il doit désormais partager sa vie entre Paris et Nice, le futur éditeur devine qu’il fait de la peine à l’adolescente qui se mit à cavaler sur le chemin du cap de Nice, sous la villa Orlamonde de Maurice Maeterlinck. Il ne pouvait pas imaginer que le mercredi 28 juin 1972, on lui apprendrait le suicide de sa fille. Néanmoins, il avait la prémonition d’une catastrophe sans pouvoir la nommer. « Mathilde s’était donné la mort. Donné ? La mort l’avait prise pour se venger de moi ».
Quelques mois auparavant, Max Gallo avait était le « nègre » de Martin Gray pour écrire Au nom de tous les miens qui relate le double drame d’avoir perdu sa famille dans les camps d’extermination nazis puis la nouvelle créée dans un incendie au Sud de la France. Les pages sur la mort de la fille sont hugoliennes. Mathilde, la suicidée. Léopoldine, la noyée. O cruauté ! « La mort de Mathilde devait ‘‘m’enfanter’’ » écrit le père massacré par le chagrin. Max Gallo estime que sa fille est morte pour le « sauver du fanatisme du moi ». Des Martin – Eden et Gray- c’est du second que Gallo est le plus proche puisqu’il est redevenu papa (David, né en 1985), grâce à un nouvel amour. Dans les Mémoires de Max Gallo, Mathilde est un phare. Laissez-vous toucher par sa lumière.

-L’oubli est la ruse du diable. Mémoires
de Max Gallo
XO éditions, 389 p., 21, 90 €

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