Archives pour: Mai 2017, 16

16.05.17

Permalien 23:58:18, Catégories: LE GYM E BASTA, LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Quoi de neuf ? Michel Audiard (1920-1985)

Jean Gabin et Michel Audiard, c’est la famille. Amitié, droiture, amour de la littérature, passion du sport.

Cet homme a passé sa vie à travailler et non pas à berner ses concitoyens. Dans Le Président, par son porte-parole Jean Gabin, Michel Audiard recouvre de fiente la classe politique, pour l’éternité. L’authentique créateur n’était pas un vulgaire promoteur de spectacles. Il parlait pour dire. Même en série B, il y a sa marque de fabrique. On parle de films de Michel Audiard (1920-1985) dès lors qu’il en a signé les dialogues. Avec Jacques Prévert, Henri Jeanson et Charles Spaak, il est l’un des plus brillants dialoguistes. Leurs héritiers sont difficiles à trouver, à part parfois Bertrand Blier. La France a parlé le Michel Audiard comme elle a parlé le Georges Brassens. L’Audiard est une langue avec sa propre gymnastique grammaticale. Faire rire est beaucoup plus difficile que de faire pleurer, n’en déplaise à la milice du cinéma qui ne récompense que les films dits sérieux. Les jurés des prix pensent que c’est mieux qu’on s’endorme devant des films d’Ouzbékistan.
A la fin de sa vie, Michel Audiard a participé à Garde à vue (1981) et à Mortelle randonnée (1983) de Claude Miller pour démontrer qu’il savait aussi s’immerger dans un sujet grave. Le caustique tirait le meilleur du roman d’un autre pour le rendre accessible aux spectateurs : Les Grandes familles (Druon, 1958), Le Président (Simenon, 1961), Un Signe en hiver (Blondin, 1962) et La métamorphose des cloportes (Boudard, 1965). Il a su aussi se fondre dans l’œuvre d’Albert Simonin pour dialoguer Le Gentleman d’Epson et Les Tontons flingueurs (1963) parmi tous les succès du duo culte du 7e Art. Quand il est devenu réalisateur, il a porté à l’écran un roman de René Fallet (Il était un petit navire) sous le titre «Le drapeau noir flotte sur la marmite» (1971) Finalement Paul Meurisse, Bernard Blier, Francis Blanche, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Michel Serrault, Robert Dalban, André Pousse, sans oublier Françoise Rosay, Annie Girardot et Mireille Darc font partie intégrante de l’œuvre d’Audiard, champion de l’amitié.
«La nuit, le jour et toutes les autres nuits», après la mort de son fils François, tué en 1975 dans un accident de voiture, dévoile un écrivain qui ne joue plus à faire le clown : «Il n’y a plus qu’à s’asseoir sur un banc et attendre. La fin du monde est pour dimanche». Trop conscient de son rôle d’amuseur public n°1, Audiard n’osait pas dire qu’il était écrivain. Il nourrissait un complexe vis-à-vis de Céline alors que tous les deux étaient animés par une identique rébellion pleine de gouaille. Le bibliophile sentimental avait acheté le N°86 sur Alfa de «Voyage au bout de la nuit» (1932), un exemplaire tirage de tête datant de l’époque où Céline était le chantre de la gauche avec en première ligne Aragon.
L’ambassadeur par excellence de l’esprit français crie, mieux que personne, Vive la France (1973) dans un documentaire nourri d’images archives qu’il commente avec sa voix d’une ironie constante. «Les Français ne lisent pas. Ils achètent des livres.» Il n’est pas tendre avec ceux qui découvrent la littérature grâce au livre de poche, et la musique par le biais du microsillon. En pleine époque du Petit livre rouge de Mao, Audiard sortit le sien : «Quand les types de cent trente kilos disent certaines choses, les types de soixante kilos les écoutent». Il enchaîne les formules qui font mouche : «Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche». Il est possible que la récompense suprême d’un écrivain soit de faire oublier la rage de dent à un lecteur.
Parfois le talent est héréditaire. Chez les Audiard, le fils Jacques s’est fait un prénom dans un registre différent. Un prophète (2009) maintient en haut de l’affiche la renommée familiale. Récemment, à contre cœur pour évacuer le fétichisme qui sclérose, la famille s’est séparée de l’univers paternel qui s’est envolé aux enchères. Reste l’émouvant catalogue qui contient tout Michel Audiard : de l’exemplaire de 1782 des Liaisons dangereuses aux Illuminations de Rimbaud sur papier de Hollande (1886), d’une bonne partie des cent vingt manuscrits et autres dactylogrammes de films qui ont bénéficié de sa plume- dont l’ébauche du scénario L’instinct de mort, de Mesrine, co-signé avec Patrick Modiano- avec en plus son bureau en bois naturel et un lot de vélos de course «Mercier», car le cyclisme était l’une de ses multiples passions. Que reste-il de Michel Audiard ? Tout ce qu’il a déposé dans notre cœur. L’enchanteur de notre jeunesse était un mélange d’anar et de réac. Un très bon Français.

-Michel Audiard. L’Encyclopédie. Stéphane Germain. Hugo Image, 295 p., 24 ,95 €
-Michel Audiard. La revue Schnock, N°21, décembre 2016. La Tengo Editions, 180 p., 14,50 €
-La nuit, le jour et toutes les autres nuits, Michel Audiard. Denoël, 230 p., 17 €.
-Michel Audiard. Pierre Bergé & Associés. Mai 2016. 230 p. www.pba-auctions.com

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