L’art difficile de Claude François. Philippe Chevallier. (PUF)

14.03.17

Permalien 18:29:17, Catégories: HENDRIXEMENT  

L’art difficile de Claude François. Philippe Chevallier. (PUF)

Frank Sinatra qui chante sa chanson fut sans doute l’un des plus grands bonheurs de Claude François.

Cet ouvrage est un très important travail sur la chanson populaire tant méprisée par l’élite qui la fredonne pourtant comme tout le monde. Souvenez-vous, au temps des Numéro 1 de Maritie et Gilbert Carpentier… A l’époque dans les années 1970, on passait un beau moment avec tous les chanteurs qui débarquaient dans notre salon, chez les grands patrons ou dans les HLM. L’auteur par le biais de Claude François a effectué des recherches sur la fabrication des chansons- en l’occurrence celles de Cloclo- qui laissent K.O. Un travail de titan pour nous révéler que Claude François – lui aussi un bourreau de travail-s’entourait des meilleurs pour enregistrer et faire des tournées. Il fut pionnier dans de nombreux domaines, de la scène à la direction de journaux.
Tatillon sur les infimes détails, maniaque à l’extrême - il est mort en ajustant une ampoule- il haïssait l’amateurisme. Pour atteindre l’excellence, il allait chercher les musiciens à l’étranger. Il faisait la différence entre le son d’un disque et le son de la radio et de la scène. Il écoutait la production du monde entier à la radio chez lui. Il se faisait envoyer des disques d’horizons lointains. Il était internet et Amazon avant l’heure ! Doté d’une énergie d’athlète de haut niveau, il contrôlait son image avec la rage d’un psychopathe qui veut paraître ce qu’il n’est pas naturellement. Impossible d’être plus professionnel que lui. Un précurseur dans son domaine. Pour toutes ses raisons, sa popularité continue au-delà de sa mort. Beaucoup de gens se souviennent de ce qu’ils faisaient le jour de la disparition de Claude François, c’est dire qu’il était déjà de son vivant dans la mémoire collective.
Philippe Chevalier a consacré beaucoup de temps et d’énergie que l’on réserve d’habitude à Ferré, Ferrat, Trenet, Brel, Brassens ou Barbara. La chanson a deux versants: l’un divin avec des auteurs-compositeurs-interprètes qui sont les Rimbaud et Apollinaire du microsillon; et l’autre, incarné par des artistes pas aussi légers qu’on le dit.
Bien sûr les interprètes tels Joe Dassin et Claude Français créaient à plusieurs, ils n’avaient pas le côté artisanal de Brassens ou Brel. Cependant leurs chansons nous accompagnent depuis des décennies. Des chansons qui vieillissent bien. Qui a remplacé Mike Brant, Dalida, Claude François ou Daniel Balavoine ? Personne. Une chanson facile à retenir, que l’on fredonne est aussi rare qu’une grande chanson à texte, comme l’on dit. Claude François fut un vedette qui s’est prise en charge pour devenir un homme d’affaires. Sa mort nous a privé d’un chanteur qui est sans doute le Tino Rossi de son époque. De surcroît, il a créé une chanson au succès interplanétaire, chantée par les plus chanteurs les plus connus de la planète, à commencer par Frank Sinatra. Comme d’habitude fut composée par Jacques Revaux à Megève en 1967 puis avec Claude François qui a réécrit le texte avec Gilles Thibaut. Sinatra, quant à lui, chanta la version proposée par Paul Anka, My Way, soit le texte d’un homme qui suit sa bonne étoile, rien à voir avec la version française sur le couple. Le livre de Philippe Chevallier est aux Clodettes ce que Maria Callas est à Charlotte Julian.
J’ai deux souvenirs de Claude François. Il est mort alors que j’habitais à 20 m à vol d’oiseau de sa salle de bains fatidique. Et je l’ai vu chanter en playback sur la place du Bateau-Lavoir à Montmartre, au cours de l’émission de Danielle Gilbert, Midi Première. Je suis resté un moment pour assister à l’hystérie collective. Je revois Claude François s’engouffrer dans l’hôtel sur la place. Cet hôtel s’appelait alors Le Paradis. J’ai observé ce cirque sans grande affection car les lieux étaient jadis fréquentés par Max Jacob, Apollinaire et Picasso, entre autres. La superficialité de ce que je voyais dérangeait trop ma perception illusoire des fantômes qui rodaient. Quarante ans plus tard, Claude François est l’objet d’une attention réservée aux géants du Music-Hall qu’il était à sa manière. J’attends une prochaine livraison sur Bobby Lapointe ou Francis Lemarque. Pas forcément Gérard Manset. Pas sur le répertoire de Frédérique François, svp. Les fans de Cloclo seront déçus: il n’y a rien à colorier dans L’art difficile de Claude François. A vrai dire, l’auteur du livre m’a plus intéressé que son sujet.

-La chanson exactement. L’art difficile de Claude François. Philippe Chevallier. PUF, 290 p., 19 €

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