Archives pour: Mars 2017, 04

04.03.17

Permalien 00:59:41, Catégories: LE GYM E BASTA, LA MAISON BLANCHE, GRAND MONSIEUR  

Interview sur le vif de Raymond Kopa le 6 février 2011

Un regard droit. Un caractère fort. Un patron sur le terrain. Une âme de chef. Hyper intelligent. Plein d’humour. Une éthique. L’honneur avec les honneurs. Pur bonheur de se retrouver face à un être lumineux. Le pied n’est qu’un instrument, l’artiste c’est le cerveau. Il avait la présence d’un très grand acteur.

Dimanche 6 février 2011, j’ai passé un bon moment avec Kopa, dans les locaux de France-Télévisions. Les interviews improvisées sont mes préférées. Evocation de Maradona, Anquetil, Messi, Iniesta, Puskas, dopage, sa suspension, son combat pour la liberté de travail des joueurs…
Avant le tirage au sort -l’OGCNice m’avait demandé de représenter le club- j’ai parlé 30 minutes avec Raymond Kopa. Je suis arrivé à l’avance à France 2 car je savais qu’il était invité. Il est arrivé lui aussi avant le début de l’émission (Stade 2)…
Raymond Kopa est venu avec sa femme, l’une de ses filles et une forte délégation rémoise (7 me semble-t-il). J’ai pu parler à battons rompus avec le Ballon d’Or 1958. J’ai été frappé d’emblée par sa petite taille. Petites jambes aussi.
-C’est un grand moment de rester avec vous… (je lui dis ça tout en observant son fameaux doigt sectionné par un wagon dans la mine.)
-Vous êtes gentil… Vous êtes Niçois ?
-Oui!
-Alors dites moi qui a marqué lorsque vous avez gagné contre le Real Madrid ?
-Un triplé de Vic Nurenberg!
-Ah! vous êtes un vrai niçois!
-Je suis impressionné de voir votre doigt: la mine…
-Je m’en suis bien tiré. J’aurais pu y laisser la main.
-Comment allez-vous ? Votre genou…
-Pourquoi me parlez-vous du genou ?
-J’ai lu qu’une opération était prévue…
-Non, non. J’ai eu une opération à la hanche. Ca va maintenant..(Kopa parle vite, très vite. Les yeux très perçants.)
-Enfant, j’ai été marqué par la mort de votre fils. A l’époque on parlait moins de football qu’aujourd’hui, mais je n’ai jamais oublié la mort de votre fils. Je me disais que cela pourrait être moi. J’avais quasi le même âge que lui… Je me souviens aussi que la FFF vous a suspendu à ce moment-là… Le sélectionneur vous avez allumé dans les médias alors que vous me parliez pas de la très grave maladie de votre fils…
-Puisque vous me parlez de ces moments tragiques, sachez que je me m’entendais pas avec le sélectionneur [Georges Verriest] qui me critiqua dans les journaux alors que mon fils était en train de mourir… Ils m’ont suspendu 6 mois…
-Et votre combat pour que les joueurs cessent d’être des “esclaves” afin de pouvoir quitter leur club d’origine… A ce propos qui a amorcé ce combat, vous ou Fontaine et N’Jo Léa ?
-C’est moi… Et aujourd’hui, je le regrette presque parfois ! Avant, le joueur appartenait à vie à son club et aujourd’hui les contrats ne veulent plus rien dire.
-Je vous donne ma liste des dix plus grands joueurs: Pelé, Di Stefano, Puskas, Cruyff, Maradona, Beckenbauer…
-(Il me coupe) Enlevez le dopé. D’accord sur le début de la liste mais enlevez-moi vite le dopé…
-Vous parlez de Beckenbauer car il y a pas de mal de suspicion autour de la sélection allemande: 1954, 1982… ?
-Non pas lui, l’autre ?
-Maradona… Vous n’aimez pas Maradona!
-L’homme… L’homme est un minable. Tout ce qu’il a fait, c’est honteux. Pour être un grand joueur, la qualité de l’homme compte aussi.
-Et son talent vous laisse indifférent ?
-Son fameux but de 1986 quand il dribble tout le monde…. Au départ de l’action, il avait deux possibilités de passes sur des partenaires. Au lieu de les servir, il n’a pensé qu’à lui et il est parti tout seul..
-Vous ne pouvez pas dissocier le joueur de l’homme et vice-versa ?
-Non, c’est pour cela que mon joueur préféré c’est Ferenc Puskas…
-Moi aussi je le place au sommet.
-Quand il a signé au Real Madrid la presse espagnole l’appelait “le major bedonnant” et non plus le “major galopant". J’ai averti les journalistes qu’un joueur de classe ne perd jamais sa classe. Ses deux premières années au Real, il a fini deux fois meilleurs buteurs! Vous savez Ferenc faisait peur aux défenses quand il avait le ballon à 35 mètres de la cage. Au plan humain, il accueillait chez lui les réfugiés politiques. Son appartement étaient toujours plein de réfugiés! A sa mort, je n’ai pas pu aller à son enterrement: je suis tombé soudainement malade… Impossible de bouger. Rétabli, je suis allé me recueillir sur sa tombe. Puskas était mon idole et j’ai joué avec lui. Vous pouvez imaginer ce que cela représente pour moi…
-Oh oui, très bien…
-Pour vous c’est quoi un grand joueur ? me dit-il du tac ou tac. (Comme je vous l’ai dit, Kopa est d’une vivacité inouie…)
-D’abord, il faut qu’il gagne. Le fait de participer, comme l’a dit Coubertin, me m’intéresse pas.
(Là, il me tend la main pour me la serrer…)
-… disons qu’il faut la classe + le palmarès + les qualités humaines…
-Ah! vous pensez comme moi! Donc le Ballon d’or 2010 vous l’auriez donné à qui?
-Pas à Messi, ah! ça non…
(Il me ressert la main)
-Moi, non plus car il n’a rien gagné d’important vu son niveau.
-Je l’aurais donné à Iniesta ou Xavi.
-Moi aussi, me dit-il. A Iniesta en priorité. Lui a les trois qualités alors qu’en 2010, Messi n’a pas le palmarès réclamé. Il y a eu plus performant que lui…
-Vous parliez du dopage… les deux héros de mon enfance furent Anquetil et vous-même. Anquetil a dit qu’il se dopait, cela n’enlève rien à l’admiration que j’ai pour lui… Chez moi on était pour Anquetil et non pas pour Poulidor… La presse a tué le cyclisme ! Blondin, lui, n’a jamais parlé du dopage d’Anquetil.
-Anquetil était mon ami. On était très proche. Je sais tout de lui. Dans le cyclisme vous savez comment cela se passe. Alors Jacques… mais les courses, il les gagnait !
-Avez-vous conscience d’avoir eu un parcours exceptionnel même s’il vous manque la Coupe du monde?
-J’ai joué dans la meilleure équipe du monde de mon temps. Le Real Madrid était au sommet et j’ai participé à la maintenir au sommet.
-Pour parler d’aujourd’hui, êtes-vous pour ou contre le retour d’Evra en équipe de France?
-Ce qu’ils ont fait l’été dernier est vraiment minable. On ne peut pas faire ça!
-Oui, mais comment peut-on frapper d’interdiction Evra alors que d’autres ont été réintégrés ? Ce n’est pas juste. Les responsables furent le staff, tous les dirigeants. Avec Ferguson, Evra n’aurait pas bougé le petit doigt. Il est impossible de fermer les yeux sur Lloris et cie tout en punissant à vie Evra…
-Vu comme ça, vous avez raison…
-Je voudrais vous parler de Jean Snella et d’Albert Batteux… Mekhloufi a dit qu’il préférait Snella car il parlait plus directement de football alors que Batteux parlait beaucoup de tableau noir…
-Ah bon, il a dit ça…
-Oui, oui…
-Vous savez mes liens avec Batteux…
-Mekhloufi… Ce fut un grand joueur…Vous êtes d’accord ?
-(Kopa opine du chef, sans rien dire d’autre)
-Et Joseph Ujlaki, que j’aime aussi ?
-Oui… mais bon il était spécial….
La conversation s’interrompt, je n’ai plus le temps de lui parler de la rivalité au même poste entre Mekhloufi, Ujlaki et lui-même…
(A ce moment-là, arrive le président de Reims. Celui-ci offre une bouteille de champagne à “Tchouki” Djorkaeff qui est le responsable de la Coupe de France à la FFF).
Kopa intercepte la bouteille et rapproche ses yeux de l’étiquette avant de la rendre à Djorkaeff, en disant:
-"Tu peux être tranquille, c’est une bonne bouteille! “
Sacré Kopa! On sent sa propension à diriger. Un chef naturel. Djorkaeff, lui dit:
-"Tu sais on a joué ensemble une fois…”
Kopa l’arrête:
-"Tu veux dire l’un contre l’autre!".
Djorkaeff: “Oui, oui, bien sûr".
Et alors Kopa, magnanime: “Tu te rappelles du score…”
Djorkaeff: “On a perdu…”
Kopa, du tac au tac: “Je ne te le fais pas dire!”
Raymond Kopa reste un gagneur dans l’âme même plus d’un demi-siècle après ce match.
Un Reims-Lyon a coup sûr.
Djorkaeff a interrompu notre discussion.
C’était l’instant d’aller sur le plateau de Stade 2, en direct.
Après le tirage, Kopa a dit qu’il était satisfait de l’affiche Reims-Nice. Un peu trop satisfait.
C’était en fin d’émission.
D’habitude on interroge les représentants du club après chaque tirage, cette fois c’était une façon d’opérer très anarchiste.
Pendant l’interruption entre les sujets, j’ai bien surveillé que personne ne touche les boules. Personne ne les a touchées quand il n’en restait plus que 4.
Voyant que le temps filait et que le présentateur allait zapper ou moins trois réprésentants de clubs, j’ai demandé a avoir la parole (je sais comment ça marche), surtout que Kopa a expliqué avoir plus peur de Chambéry que de Nice:
-"Bien sûr je respecte Monsieur Kopa mais attention Reims-Nice, affiche rétro au parfum nostalgique, comprend l’OGCNice qui est aussi un grand club. Si Reims à Kopa, nous avons Antoine Bonifaci. Croyez-moi, nous serons présents !” Estimant avoir dit l’essentiel, j’ai passé le micro aux autres représentants qui n’avaient pas osé réclamer leur temps de parole… Je voulais être équitable car je sentais qu’ils étaient aussi contrariés de n’avoir pas été invité à s’exprimer.
Hors caméra, Kopa m’a alors fait signe, en levant son pouce et m’a dit:
-"On vous attend…”
Je lui ai dit tout sourire: “On sera là, croyez-moi…”

Raymond Kopaszewski dit Kopa (Polonais d’origine)
né 13 octobre 1931, à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais)
Taille 1,68 m
Milieu offensif ou avant-centre
1941-1949 US Nœux-les-Mines
1949-1951 SCO Angers
1951-1956 Stade de Reims
1956-1959 Real Madrid
1959-1967 Stade de Reims
1952-1962 équipe de France, 45 sélection, 18 buts

Palmarès essentiel
4 Championnats de France DI : Stade de Reims, 1953, 1955, 1960, 1962
Copa Latina 1953
Trophée des champions 1955
Championnat de France D2 1966
Vice Champion d’Europe 1956
2 Championnats d’Espagne Liga: Real Madrid, 1957, 1958
Coupe d’Europe des Clubs Champions (Champions League): 1957, 1958, 1959
Copa Latina 1957
Avec la France, 3e de la Coupe du Monde 1958

Ce week-end, Michel Platini a remis un trophée UEFA pour célébrer son immence parcours de joueur. “Ce prix me fait certes très plaisir, mais je souhaite le partager avec ma famille et mes anciens coéquipiers “. Raymond Kopa fut ému de recevoir «la Coupe du Président de l’UEFA 2010», sans oublier ses anciens coéquipiers du Stade de Reims, dont certains - Michel Hidalgo, Roger Piantoni, Armand Penverne, Dominique Colonna, Michel Hidalgo, Just Fontaine - étaient présents à Reims auprès de leur ami.
Michel Platini, pt de l’UEFA, souhaite que ce prix revienne à des footballeurs et non plus à des économistes ou des politiques. “C’est l’occasion de rendre hommage à l’excellence professionnelle et aux qualités personnelles exemplaires. Raymond nous a ouvert la voie. Il possédait un dribble ensorcelant. Ceux qui l’ont vu jouer parlent d’un phénomène presque chorégraphique, avec une couverture de balle diabolique” a dit Platini, lié aux grands anciens par le biais de son père, Aldo, proche de Piantoni, à Nancy. Et « Platoche » de conclure : « Son héritage est immense. c’est l’un des fondateurs du football français ».

-Reims-Nice, 1/4 de finale de la Coupe de France 2011, 1er mars à 20h 45. *

*Score du match Reims 2-3 Nice, après prolongations.

Mars 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << < Courant> >>
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31  

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software