Mort de Raymond Kopa, un géant du football mondial

03.03.17

Permalien 18:18:48, Catégories: LA MAISON BLANCHE, GRAND MONSIEUR  

Mort de Raymond Kopa, un géant du football mondial

J’ai vu Kopa jouer. J’ai vu Kopa dans les studios télés où je représentais l’OGCNice lors d’un tirage de Coupe de France (1) et, lui, Reims, bien sûr. Et j’ai surtout passé une journée historique avec lui. C’était en décembre 2011. Kopa est le premier temps fort du football français. Kopa c’est l’intelligence, l’intelligence et encore l’intelligence. Il est et reste un exemple, comme le fut et le reste mon père. Il s’agit d’un DEUIL NATIONAL mais notre pays n’est hélas! pas un pays qui aime vraiment le sport. On continue à sectoriser par favoritisme comme si les politiciens étaient supérieurs aux sportifs ! Que pèse un imposteur qui puise dans les fonds publics face à Raymond Kopa ? Kopa est l’un des plus grands Français de notre histoire. Un immense serviteur de la nation. Un Français d’origine polonaise.

L’affichette, une simple photocopie A4, annonçait:
Raymond Kopa fera une séance de dédicaces à Auchan (Soisy-sous-Montmorency, Val d’Oise) pour présenter son livre LE KOPA, entre 10 h et 19 h.”
J’y suis allé, à 10 h 45.
Il était là, assis, habillé avec une veste. Simple et élégant.
J’ai attendu qu’il signe deux livres et je me suis présenté:
-"Bonjour. On s’est vu au tirage de la Coupe de France. Je représentais l’OGCNice…”
Lui: “Ah! c’était vous… Comment allez-vous ?”
On commence à parler et il me demande de m’asseoir à côté de lui.
Des gens arrivent:
-"C’est vous Kopa ?”
Lui: “Non je suis son frère…”
L’humour aiguisé, il a l’oeil bien brillant, pétillant même.
Une monsieur lui dit:
-"Le football conserve bien…”
Lui: “C’est ce que dit ma femme…” Et v’lan encore un trait d’esprit.
Entre plusieurs visiteurs, on arrive à un peu parler.
Quand il signe d’une belle écriture avec un feutre noir, il demande aux gens d’attendre 10 secondes avant de refermer le livre.
Je me propose de souffler. Il ne rate pas l’occasion de dire:
-"Vous avez vu. Auchan a mis un souffleur à ma disposition. Comme au théâtre…”
J’ai l’impression d’être Piantoni et de former un milieu de terrain avec lui.
Il m’offre un beau cadeau de Noël.
Des gens passent sans le regarder, comme quand je me promenais dans Paris avec Philippe Soupault.
Je vous livre en vrac quelques instants qui me reviennent:
Lui: “Le meilleur Français actuel ? Nasri…”
Moi: “Il n’est pas constant… A Manchester City, il n’est pas titulaire… Le plus constant c’est Lloris. Un gardien. De trois grands joueurs de champ - Vous, Platini et Zidane- on a reculé au gardien…”
Lui: “Quand en 1953, j’ai assisté à Wembley à Angleterre-Hongrie (8-3), Puskas est devenu mon idole.”
Lui: “La génération de 1998 nous a balayé complétement des médias…”
Lui: “En 1998, il vaut mieux que la France n’ait battu le Brésil que 3-1: un score fleuve aurait fait jazzer…”
Lui: “J’aimais dribbler mais dribbler cela est impuissant. Vous en faîtes un pour effacer un adversaire, puis un autre où vous résistez à une charge, au troisième vous êtes très essouffé… C’est pour cela qu’il faut des bons joueurs devant vous pour qu’ils se démarquent bien et ne gaspillent pas votre énergie. Un caviar perdu n’est pas retenu dans la mémoire. Avec Fontaine c’était bien, je savais qu’il ferait les bons appels…”
Lui: “J’ai horreur du grand n’importe quoi. Aussi ne me parlez pas du comportement des joueurs français en Afrique du Sud en 2010…”
Lui: “Antoine Bonifaci aurait dû faire la Coupe du monde 1958 si ses dirigeants italiens l’avaient laissé venir en Suède. Moi aussi j’ai failli ne pas la faire car je ne croyais pas que le Real Madrid allait me laisser prendre le risque d’une blessure…”
Lui: “Je m’attendais à mieux du Real Madrid lors du dernier clasico mais bon… Barcelone c’est la qualité supérieure. Un jeu de passes haut de gamme. Xavi et Iniesta sont aussi fantastiques que Messi. Iniesta méritait le Ballon d’or en 2010. Il fait gagner l’Espagne en finale de la Coupe du monde… Les petits, ils ne sont pas mauvais, hein [clin d’oeil, car il mesure 1 m 69].”
Une dame est venue a un moment donné pour dire:
-"Bonjour Monsieur Kopa. Je suis la petite-fille de Maurine Cottenet, l’ancien gardien de but de l’équipe de France des années 1920…”
Moi: “Ah! oui, votre grand-père à joué 18 fois en sélection mais pardonnez-moi d’être direct: il a encaissé 79 buts lors de ses matchs internationaux…”
Raymond Kopa n’a pas entendu ce que je disais tout occupé à signer des autographes à tour de bras.
Un homme d’origine congolaise, très poli, lui a demandé d’écrire:
-"A PCA qui a connu les trois plus grands 10 de l’équipe de France…”
Ce demandeur d’autographe a confié en partant:
-"Monsieur Kopa, je sais mesurer votre dimension dans le football. Je sais très bien qui vous êtes…”
Kopa souriait quand on lui disait ce qu’il fallait écrire.
Il aime terminer sa dédicace avec cette formule: “En souvenir de la belle époque.”
Lui: “J’ai combattu pour que cesse l’esclavage dans le football. Jadis les dirigeants nous faisaient signer à 17 ans et nous gardaient jusqu’à 35 ans. J’exagère à peine. Aujourd’hui, c’est le contraire: nous voici dans la liberté sans contrainte. On est passé d’une exagération à un autre comportement extrême.”
Quand des gens voulaient une photo avec lui c’est moi qui devenait photographe.
Kopa n’a pas voulu faire une pause déjeuner pour ne pas casser le rythme.
Il voulait signer 150 livres. Il a atteint l’objectif.
A 14h, je suis allé lui offrir un sandwich Paul au jambon parce que ceux d’Auchan “ont trop de mie".
Il voulait de la baguette et un jus d’orange.
Beaucoup de dames se sont arrêtées pour acheter l’un des livres qu’elle faisait signer.
Des jeunes sont venus aussi.
Je l’ai tenu au courant du score des deux matchs de L2 qui se jouaient:
Clermont 1-2 Boulogne-sur-Mer et Le Havre 2-2 Monaco.
Supporter de Reims, il conserve intacte sa passion. Il était hyper content de la défaite de Clermont qui permet à Reims d’être deuxième à trois points du leader, Clermont.
Un monsieur lui a demandé: “Quel est votre équipe préférée ?”
Le cri du coeur de Kopa: “REIMS ! REIMS !”
Une jeune homme, tout timide:
-"C’est vrai que vous avez eu le Ballon d’Or ?”
Kopa sourit et lui montre la photo de son Ballon d’Or 1958…
Le jeune homme poursuit:
-"Vous jouiez dans quelle équipe ?”
Kopa: “Au Real Madrid ! Tu es bien le seul à me le demander…”
Le jeune homme fit deux pas en arrière:
-"QUOI ! Au Real ! Comme Zidane !”
Dès qu’un enfant s’approchait de lui, il redoublait d’attention et de gentillesse.
Il leur demandait aussi de ne pas froisser les pages de l’album consulté
Lui à moi, en douce: “Il faut éduquer les jeunes. Rien n’est plus important.”
Kopa me confia que Zidane était toujours très gentil avec lui quand il le voyait.
J’ai demandé à Kopa s’il était chef dans les vestiaires, à Reims ou en Suède:
-"Pas besoin, il y avait Albert Batteux… Sur le terrain, c’était autre chose. On était seul. Là il fallait bien décider qui fait quoi dans le match… Au Real, on eut pour entraîneur Carniglia mais ensuite avec Di Stefano et mes partenaires vous savez on savait très bien ce qu’il fallait faire pour gagner. En trois ans, je n’ai perdu qu’un match: le derby contre l’Atlético !”
Moi: “Et Piantoni, c’était un sacré joueur tout près de vous…”
Kopa: “Quel pied gauche! Magnifique joueur. Quel buteur ! Comme j’ai déclaré un joueur qu’il était parfois inconstant, il m’en a voulu… Cela me chagrine mais aux entraînements, il se livrait moins que moi. Il m’arrivait de le chercher alors que j’étais devant. Si on ne peut plus rien dire sur ses amis alors…”
Moi: “Et Platini, dirigeant de l’UEFA ?”
Kopa: “Ce n’est pas mon truc ça. Platini est toujours attentif à mon égard. Je n’ai pas à me plaindre de lui. Quel tireur de coup franc ! Il a beaucoup apporté au football. En 1982-1986, ils avaient un belle équipe. Giresse c’était quelqu’un aussi.”
Tout à coup, il me dit:
-"Je ne suis pas sûr de rester dans le souvenir des gens… Fontaine, oui, grâce à son record de 13 buts lors d’une seule Coupe du Monde, celle de 1958…”
Moi: “Vous rigolez ! Vous êtes historique comme Platini, Zidane. Vous êtes un des plus grands sportifs français en compagnie d’Anquetil, Bobet, Hinault, Killy, Jazy, Mimoun, Cerdan, Carpentier…”
Lui: “Français de Pologne…” dit-il avec un large sourire.
Moi: “Oui, oui, comme Bruno Rodzik…”
Concernant la commercialisation de son nom- domaine où il a été pionnier- il m’a confiée:
-"Pour faire plaisir, j’allais parfois faire acte de présence dans un magasin d’une ville en France. J’ai dû stopper. J’ai été taxé de favoritisme. Je ne pouvais pas aller dans tous les magasins. Je choisissais sans but délibéré. C’est ainsi que j’ai dû renoncer au contact avec le public. J’ai dû me contenter de l’après-match. Vous avez vu comme les gens sont gentils avec moi ? J’ai arrêté de jouer pro il y a quasi 50 ans. Il achète l’album, à presque 25 €. C’est une somme. Ce n’est pas rien. Il faut les donner en temps de crise…”
Et là je regarde la main de Kopa, celle avec le doigt coupé, suite à une blessure quand il travaillait au fond de la mine.
Une dame est venue, juste pour lui dire:
-"Vous êtes autre chose qu’Anelka et Ribéry ! Bravo Monsieur Kopa !”
Lui: “Heureusement que ma femme n’est pas là, sinon elle penserait qu’il s’agit d’une de mes anciennes amies…” (rires)
A 17 h 30, il m’a dit:
-"Bon, allez-y si vous voulez. Vous m’avez donné un sacré coup de main, en plaçant les livres, en parlant aux gens. Tous les gens croient que nous sommes venus ensemble tant on s’entend bien.”
Voilà pour vous faire un peu profiter de ce que je viens de vivre avec l’un de mes héros.
A 10 ans, je lisais des articles sur Kopa dans L’Espoir, l’édition du soir de Nice Matin.
Quasi un demi-siècle plus tard, je passe une journée avec Kopa.
Un homme s’est avancé et a dit:
-"Je suis très étonné de vous voir là à Auchan… Quand même, vous êtes un si grand personnage de la vie française…”
Lui: “Vous trouvez humiliant ce que je fais ou pensez-vous que je viens faire de l’argent ? Sachez que la modeste part qui me revient je la reverse pour la recherche contre le cancer…”
Raymond Kopa et sa femme ont perdu leur fils Denis, mort très jeune, frappé par le cancer.
En partant, il me dit:
-"Plus tard vous pourrez dire que vous m’avez payé un bon gueuleton!” (rires)
A un moment, dans l’après-midi, je ne sais plus quand, il a dit à un visiteur qui l’interrogeait sur ma présence:
-"Non, il ne travaille pas à Auchan mais je sais que cela lui fait plaisir de rester avec moi".
Cette année, mon Père Noël s’appelle Raymond Kopa.

Raymond Kopaszewski dit Kopa
né 13 octobre 1931, à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais)
Milieu, inter, attaquant

Parcours:
1941-1949/ US Nœux-les-Mines
1949-1951/ SCO Angers
1951-1956/ Stade de Reims
1956-1959/ Real Madrid
1959-1967/ Stade de Reims
1952-1962/ 45 sélections en équipe de France, 18 buts

Palmarès:
3 Champions League: 1957, 1958 et 1959/ Real Madrid
4 Championnats de France: 1953, 1955, 1960, 1962/ Stade Reims
2 Liga: 1957 et 1958/ Real Madrid
Champion de France D2 1966/ Stade Reims
Vice-Champion d’Europe 1956/ Stade Reims
2 Coupes latine: 1953/ Stade Reims et 1957/ Real Madrid
3e de la Coupe du monde 1958
Ballon d’Or 1958

A lire:
-Raymond Kopa et Patrice Burchkalter: LE KOPA, Éditions Jacob-Duvernet, 143 p., 24 € 95.
Un album préfacé superbement par Pelé. Excellent ouvrage qui reprend des anciens articles. Somptueuses illustrations. Le meilleur album de la collection.
-Raymond Kopa et Patrice Burchkalter: Kopa par Raymond Kopa, Éditions Jacob-Duvernet, 267 p, 19 € 90. La vie de Kopa. “Les bons côtés", m’a-t-il dit, avec infiniment de tact.

(1) A lire sur le blog. Le 4 mars 2017, le post sera de nouveau en tête de ligne.

[Post dédié à Jean-Luc Allouche. Et à mes frères Charles et Jean-Luc, plus tous ceux qui ont connu Marcel Morlino et Denis Kopa, et bien sûr aux deux disparus.]

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: FredAstaire [Visiteur] Email
Raymond Kopa, avec Piantoni, Fontaine, Di Stefano, Pelé, Puskas et Garrincha c'étaient les idoles de nos cours de récréation (même si beaucoup d'entre-nous ne les avions jamais ou peu vu jouer).
Je me souviens du jour où en allant à l'école j'ai vu à la devanture d'un kiosque, la une de l'Equipe "Le fils de Kopa est mort".
PermalienPermalien 03.03.17 @ 12:30
Commentaire de: morlino [Membre]
Ca fait mal.
PermalienPermalien 03.03.17 @ 14:15
Commentaire de: Balthazar [Visiteur] Email
Bonjour, tres bel article. J'etais moi-même à cette séance de dédicace de Raymond Kopa à Auchan Soisy, j'en parlais justement à un collègue et lui disais comme ca me faisait mal de le voir là, anonyme, et de constater le manque de culture foot des nouvelles générations.c'est pourquoi ca m'a fait tout drole de tomber sur cet article.
PermalienPermalien 08.03.17 @ 07:12

Laisser un commentaire:

Votre adresse email ne sera pas affichée sur ce site.
Votre URL sera affichée.

Balises XHTML autorisées: <p, ul, ol, li, dl, dt, dd, address, blockquote, ins, del, span, bdo, br, em, strong, dfn, code, samp, kdb, var, cite, abbr, acronym, q, sub, sup, tt, i, b, big, small>
(Les retours à la ligne deviennent des <br />)
(Sauver le nom, l'email et l'url dans des cookies.)
(Autoriser les utilisateurs à vous contacter par un formulaire de message (votre adresse email ne sera PAS révellée.))

Septembre 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software