Le Journal intégral (1951-1986) de Matthieu Galey (Bouquins/Robert Laffont)

27.02.17

Permalien 00:03:20, Catégories: LITS ET RATURES  

Le Journal intégral (1951-1986) de Matthieu Galey (Bouquins/Robert Laffont)

Journal intégral comme nu intégral ? On n’en est pas loin, en tout cas dans ce qu’il nous donne la transparence est là.
Matthieu Galey (1934-1986) n’a pas fait d’œuvre ou plutôt son œuvre est d’avoir parlé de celles des autres. Il a chroniqué la vie littéraire et théâtrale de son temps. A sa mort, les éditions Grasset ont publié son journal qu’il a tenu dans le sillage de ceux de Renard et Léautaud. Il existe pire comme références. Le journal de Galey n’a pas la densité de ceux de ses aînés mais il savait être méchant comme eux à bon escient ! D’ailleurs la direction littéraire de chez Grasset avait tellement eu la possibilité de mesurer sa science du dézingage qu’elle avait amputé le journal de tout ce qui pouvait nuire aux pontes des éditions Grasset. Le plus puissant d’entre eux ayant disparu à son tour, le Journal reparaît en 2017 dans sa globalité avec les passages jadis mis à la poubelle.
Toute la vie littéraire est passée à la moulinette par Matthieu Galey. Enfin presque: je connais une histoire sur lui que je préfère ne pas raconter. Attention, rien de grave. Cependant, je la garde pour moi. Je la tiens d’un ancien cycliste devenu porteur de service de presse à domicile.
Matthieu Galey savait tenir sa plume qu’il conduisait comme une voiture. Parfois vite, toujours contrôlée et quelques fois au bord des précipices sans jamais tomber.
Il avait la dent dure mais jamais pour se faire plaisir. Il voit les gendelettres comme de précieux ridicules.
C’est un portraitiste de haut parage. En peu de mots, il fait voir Jean d’Ormesson sous son vrai jour. Tous ses portraits d’écrivains sont d’une grande justesse. Un vrai peintre avec des mots. Il n’y a rien de trop. Il savait s’arrêter là où il faut. Il en dit plus sans le dire, c’est la marque des écrivains, des vrais écrivains.
Il a eu raison de d’écrire un bon journal plutôt que vingt mauvais romans.
Le 23 octobre 1965, il note: “Le Pen pour que ça marche, il lui faudrait ma gueule et nos couilles à tous les deux". Qui dit ça ? Alain Delon au policier Roger Borniche qui a aujourd’hui 97 ans, puisque je vois qu’il est né en 1919 !
14 février 1953, il note :"Le coup de génie de Beckett c’est d’avoir donné un patronyme à l’infini, à l’espérance, la certitude, le désir, la terreur, l’éternité, enfin la vie, l’absolue, le mythe…” Tout cela est bien dit à propos d’ En attendant Godot… J’y ajoute, la mort. En attendant Godot= En attendant la mort.
Mathhieu apprécie Aragon, Mauriac, Morand mais pas Troyat, Maurois et Genevoix. Chacun ses goûts. Genevoix c’est exceptionnel sur la 14-18.
Malade, incurable, le diariste choisit le marbre de sa tombe.
11 février 1958: “Ecrire âmitié pour y retrouvez l’âme et vânité, pour y débusquer l’âne…” Seul un écrivain peut trouver ce genre de féérie littéraire.

-Le Journal intégral (1951-1986) de Matthieu Galey. Bouquins/Robert Laffont, 1248 p., 30 €

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