Le cinéma italien, appassionato(Georges Ayache), Arletty, B.B., le CNC...

25.12.16

Le cinéma italien, appassionato(Georges Ayache), Arletty, B.B., le CNC...

Un grand coup de nostalgie nous étreint quand on prend dans les mains le livre de Georges Ayache sur le cinéma italien qui s’est liquéfié. A part Nanni Moretti, plus rien. Oui, excepté Moretti, sorte de Woddy Allen transalpin, le cinéma ne nous a plus rien donné depuis la domination de la télévision de Silvio Berlusconi alors qu’en France, Francis Bouygues a produit Kusturica, Almodovar, Lynch et Wenders, le haut du panier. Notre jeunesse a été bercée par les films de Fellini, Visconti, Pasolini, Antonioni, De Sica, Scola, Risi, Bertolucci, Rosselini, Zurlini… La liste est longue, il y en a d’autres et pas des moindres. On avait rendez-vous avec Toto, Mastroianni, Gassmann, Sordi, Anna Magnani, Sophia Loren, Monica Vitti… Le livre de Georges Ayache nous fait remonter tous les souvenirs : les images ressurgissent, celles des films, le visage familier des acteurs et cinéastes, et aussi les souvenirs de notre propre vie liés à toute cette fantasmagorie cinématographique. Tous ces artistes ont donné beaucoup de chefs-d’œuvre et à coup sûr le meilleur d’eux-mêmes. Ils ne cédaient pas à la facilité ou à l’intellectualisme borné. Toute cette imagination débordante est née d’une Italie qui renaissait sur les cendres du fascisme. Les protagonistes du cinéma italien qui tenait le haut de l’affiche européen étaient d’authentiques artistes. La télé ne produit que des produits de consommation. Où sont les Visconti et Pasolini de la télé ? Il n’y en a pas.
Dans leur Dictionnaire de la pensée du cinéma, Antoine Baecque et Philippe Chevallier recensent un large panorama du cinéma mondial avec des entrées sur les principaux temps forts mais si l’on tombe sur une séquence Assayas on n’a pas un chapitre distinct sur Tati, Eastwood ou Leone. D’autres sont simplement cités, tel Coppola. Pas d’importance particulière accordée aux géniaux Audiard, Kurosawa, Cassavetes mais beaucoup de lignes pour Cournot, Dort et Daney. Rien sur Chalais qui à la télé a pourtant bien aidé le cinéma. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Chalais était un hussard de la pellicule. Il n’avait pas bonne presse. Artaud et Desnos sont heureusement bien là mais pas Soupault. De Funès mais pas Toto. Citizen Kane plus présent que son créateur Orson Welles. Comme si ceux qui regardent sont plus importants que celui qui fait. Pour ma part, j’aime autant les Cahiers du Cinéma que Cinémonde ou Ciné-Revue. L’art aboli les frontières. Il n’y a pas d’un côté les intellos et de l’autre le populo.
La couverture de Chronique d’un monde d’images, de Bénédicte Jourgeaud et Bertrand Richard, nous restitue une Jeanne Moreau éclatante de naturel. Voilà une actrice qui n’avait pas le sexe sur le visage sans avoir la froideur d’une héroïne d’Alfred Hitchcock. Cet ouvrage sur le CNC, nous relate 70 ans de service de la création de manière très claire. C’est grâce au système de redistribution que le cinéma français n’est pas mort comme son frère italien. Le cinéma est né en France depuis 1895 : les frères Lumière, Georges Méliès, Charles Pathé, Léon Gaumont… A partir de 1950, il a fait partie de la civilisation des loisirs. Après-guerre, il est devenu une industrie, selon le mot de Malraux. En 1946, la création du Centre National de la Cinématographie commence à réguler le bon fonctionnement du cinéma avec un système de subventions. En 1970, la télé fait ombrage au cinéma qui doit s’acclimateur et réfléchir. En ce début de XXIe siècle, le 7e Art français est le troisième du monde, derrière les films américains et indiens. L’Inde s’adresse essentiellement à l’Inde avec peu de films destinés à l’étranger.
L’hommage à B.B. par Marie Céhéré est une bonne introduction pour ceux qui ne la connaissent que par ce que la presse en rapporte. B.B. est bien plus qu’une icône. Elle a été plus importante que Beauvoir ou Giroud. B.B. c’est celle qui a dit merde à la gloire et au système. Beaucoup de jeunes aux dents longues devraient réfléchir sur son refus du vedettariat après y avoir goûté. B.B. fut aussi célèbre que De Gaulle et Tintin. Sa mère demandait que sa fille la vouvoie. Cela en dit long sur le besoin de se libérer. On accuse B.B. d’être mauvaise mère comme on accusa Rousseau d’être un mauvais père. Au lieu de parler pour ne rien dire, il vaut mieux savoir ce qui s’est vraiment passé. Le livre de Marie Céhére y concourt même si elle cite trop souvent l’ami Yves Bigot comme on s’appuie sur des béquilles. B.B. n’a jamais voulu devenir fille, femme, mère et grand-mère. Tout ce qui est écrit d’avance l’embête considérablement. B.B. s’est délivrée des chaines sociales. C’est une femme de tempérament. Marylin Monroe n’a pas su résister à la pression de la notoriété. B.B. oui. Elle est toujours là. Elle incarne la France. Elle fut l’une des plus belles femmes du monde. Une beauté sauvage. Libre. Pas domptable par un homme. Un symbole de liberté absolue. Ses rivales, ses imitatrices peuvent aller se rhabiller. Des millions de femmes ont montré leur cul mais il n’y a qu’une Bardot qui a la parole libre à l’inverse des politiques qui bredouillent un catéchisme inaudible. A part Deneuve et Dorléac, personne ne lui arrive à la cheville.

-Le cinéma italien, appassionato, Georges Ayache (Editions du Rocher, 310 p., 20 €)
-Arletty, «Si mon cœur est français». David Alliot (Tallandier, 256 p., 18,90 €)
-Brigitte Bardot, l’art de déplaire, Marie Céhére (Pierre Guillaume de Roux, 170 p., 18 €)
-Dictionnaire de la pensée du cinéma, Antoine Baecque et Philippe Chevallier (PUF, 812 p., 39 €)
-Chronique d’un monde d’images. Le CNC, 70 ans de service de la création, Bénédicte Jourgeaud et Bertrand Richard (Cherche Midi, 128 p., 26 €)

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