Lettres III 1957-1965, Samuel Beckett (Gallimard). Pour tous les fondus de littérature

24.12.16

Lettres III 1957-1965, Samuel Beckett (Gallimard). Pour tous les fondus de littérature

La rencontre de deux géants: un film de Beckett avec Buster Keaton.

On peut se demander à qui sont destinés les livres de correspondances, il est évident qu’ils sont pour les amoureux de littérature, encore plus pour les lecteurs passionnés par tel ou tel auteur. Ceux qui sont des fans de Beckett car on est fan d’un écrivain comme d’un chanteur, donc ceux qui sont fans de Samuel Beckett seront enchantés par le volume III de la correspondance de Samuel Beckett qui ne reste pas insensible au succès de ses pièces. L’auteur d’En attendant Godot méritait son succès. Il est réconfortant de voir s’imposer des écrivains de grand talent car tant de fausses gloires occupent le terrain. Beckett compte plusieurs textes majeurs : Fin de partie, Oh les beaux jours et aussi Molloy, La dernière bande. Quand on a écrit cinq livres de ce niveau, on peut se dire qu’on a bien travaillé et même qu’on a eu rendez-vous avec la grâce de manière régulière.
Dans la période de sa vie qui concerne ce volume III de sa correspondance, Beckett souffre des dents, des côtes et de la vue. Marié en 1961 à Suzanne Deschevaux-Dumesnil qu’il connaissait depuis la veille de la Seconde Guerre mondiale, Beckett écrit beaucoup à Barbara Bray qui sera l’une de ses proches jusqu’à sa mort en 1989. Ses biographes ne savent pas comment définir Barbara Bray : «compagne, maîtresse» ? Dans le même registre, il y a aussi Jocelyn Herbert. Ici nous sommes dans le people haut de gamme. Chez Beckett rien n’est jamais tout à fait clair ou flou. Comme dans ses pièces, beaucoup ont peur alors qu’il faudrait rire. Dans le volume de sa correspondance chaque année est précédée de repères biographiques. Cette édition est remarquable à tous les points de vue, forme et fond. Le papier est parfait. On aime avoir ce livre entre les mains, il y a même l’indispensable index. Le 15 mars 1958, Beckett remercie Jake Schwartz de lui avoir envoyé une encyclopédie en plusieurs volumes. Le 26 décembre 1959, il note à propos de son travail : «Je ne trouve pas mortelle la solitude, au contraire. Des trous s’ouvrent dans le papier et m’emmènent à des lieux du monde ». Seul un vrai écrivain peut s’exprimer de la sorte. Le 1er décembre 1960, il confie à Barbara Bray qui a trouvé de la «morphine pendant le déménagement. Assez pour tuer un poète».
Tout à coup, je me revois un jour chez Philippe Soupault. Le téléphone sonna, il décrocha et tout de suite après avoir écouté quelques secondes, le poète électrisé dit : «Oui, j’ai bien connu Beckett ! » et il raccrocha violemment. Une autre fois, Philippe Soupault me montra une lettre qui avait été envoyée par « Sam ». Soupault me désigna la fin : «Vous vous rendez compte il m’a écrit Affectueusement… Sam si austère… »
Il y a également les lettres de Sam à Roger Blin auquel il devait l’éternelle reconnaissance d’avoir fait découvrir son œuvre dramatique. Le 15 février 1961, il écrit à Jean-Jacques Mayoux pour le réconforter alors qu’il venait avec sa fille d’être victime d’un attentat, visé par l’OAS : « ces salauds sont passés chez vous » écrit-il d’Ussy sur Marne. Cela fait du bien de lire les différentes humeurs de l’écrivain. Parfois on oublie qu’il a été vivant. Pas moi, je l’ai suivi le jour des obsèques de Roger Blin. Comme si je suivais un héron. Une tête d’aigle. Il avait un béret basque. Je l’ai photographié de dos. Il n’a rien vu, rien ressenti. Il ne s’est pas aperçu de ma présence fantomatique parmi les tombes. Répétition générale !

-Lettres III 1957-1965, Samuel Beckett, traduit de l’anglais par Gérard Kahn. Edition établie par George Craig, Martha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn et Lois More Overbeck. Gallimard, 828 p., 58 €

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