François Morel chanteur: un clown blanc qui fait l'Auguste

03.11.16

François Morel chanteur: un clown blanc qui fait l'Auguste

François Morel
avec les musiciens Antoine Sahler, piano, claviers, trompette; Lisa Cat-Berro ou Tullia Morand, Sophie Alour, saxophones, trombone, flûte, claviers; Muriel Gastebois, batterie, vibraphone, percussions et Amos Mah, violoncelle, contrebasse, guitares. Mise en scène, Juliette.
La vie (titre provisoire)
Jusqu’au 6 novembre 2016
Théâtre du Rond-Point

Qui a vu les Deschiens sur C+ n’a jamais oublié François Morel et ses partenaires.
Qui a vu Lapin-Chasseur l’a encore moins oublié.
Quand on voit François Morel sur scène entouré de ses amis - tous de remarquables musiciens- on retrouve alors un ami.
Tous les comédiens, les artistes que l’on aime sont tous nos amis.
Aussi bien Morel que Al Pacino ou Francis Blanche.
C’est la magie de l’Art.
D’emblée, Morel imite Yves Montand mais ses partenaires l’interrompent car on vient voir un chanteur pas un imitateur.
Ce clin d’œil aux grands anciens nous fera aussi entrevoir Brassens et Aznavour. Trenet également.
Evacuons les influences.
Deux dominent: Boris Vian. Comme Vian, Morel déteste chanter pour ne rien dire. Toutes ses chansons sont intelligentes.
Ensuite, citons Serge Reggiani.
Le spectacle actuel que nous propose Morel est tonique, convivial, émouvant, une parfaite réussite dans le genre chaleureux qui n’est pas du tout à la mode.
Si Morel décidait de chanter seul, rien que des chansons dites graves, il serait ni plus ni moins le nouveau Serge Reggiani, tant il sait porter haut le verbe autant par le coeur que par les cordes vocales.
Il a des fins de phrases qui sont des uppercuts à l’âme.
Brel, Ferré faisaient dans le minimalisme. Ce qui équivaut au gros plan.
Il n’y a rien de ringard à chanter devant un rideau baissé. C’est le plus difficile. Faire tout voir, avec aucun artifice. Ce n’est pas un hasard si Piaf s’y risquait, sûr de son talent. Aznavour a appris sa gestuelle en observant celle de la Môme.
Au Rond-Point, on voit un Morel dans la globalité de sa personnalité.
Un être humain ultra sensible qui ne peut s’enlever la mort de la tête.
Au lieu de s’en plaindre, il choisit de chanter la vie.
Quand on sait que l’on va mourir, on vit mieux.
Quand on sait que nos proches vont mourir, on les voit mieux, on les aime plus.
Rien n’est morbide, sordide, chez Morel mais il rit pour ne pas pleurer. Le mot de Voltaire à propos de Molière. Le maux aussi.
Sous le masque de l’Auguste, le clown blanc est prêt à bondir. A vrai dire, il est plus Auguste que clown blanc, question de survie. Quand il fait le clown blanc, l’Auguste se repointe aussitôt.
On pourrait dire aussi que l’on voit un Alceste guidé par Philinte. Voir tout noir ne mène à rien. Il faut savoir apprécier les grandes caresses de l’existence: celles de l’amour, celles de la nature, celles de l’amitié, celles de la beauté des jours qui passent et ne reviennent plus.
La nostalgie n’est qu’un présent qui ne s’efface pas.
Morel sait nous faire vibrer avec les bons côtés de la vie.
Morel aime plus les maternités plus que les cimetières.
Ce n’est pas un clown qui gifle son enfant turbulent, à la fin du spectacle.
A propos, d’enfant il chante une chanson qui vrille le cœur quand il ne trouve pas les mots pour évoquer la perte encore plus inhumaine que les autres.
Il chante aussi Jésus pour dire qu’il n’y a pas de quoi être fier.
Morel chante l’amour, le quotidien, l’absurdité qui nous dépasse.
Morel chante la vie. Titre provisoire, comme il dit.
Morel est le bourgeon d’un arbre qui fait a fait fleurir Bourvil, Caussimon, Dimey, Lemarque, Mouloudji, Vassiliu, Lapointe.
Chez les grands auteurs-interprètes, il n’y a pas d’anecdotes car tout est ressenti. Pour émouvoir, il faut avoir été ému.
Morel sait aussi frapper là où il faut. Il a la dent dure quand c’est nécessaire. Ecole Jérôme Deschamps. Famille Tati. Famille d’esprit. De regard. D’observation.

Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Cornellas [Visiteur] Email
Tellement plus vivant que les morts-vivants, Émery, l'enfariné et son auguste Nasserarien, un duo de clowns patibulaires ...
PermalienPermalien 05.11.16 @ 10:47
Commentaire de: morlino [Membre]
Oui, oui, oui.
PermalienPermalien 05.11.16 @ 11:09

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