L'hymne aux bistrots: "La Petite Gamberge", Robert Giraud. (Le dilettante)

21.10.16

Permalien 18:03:09, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

L'hymne aux bistrots: "La Petite Gamberge", Robert Giraud. (Le dilettante)

Giraud, c’est la famille, comme Blondin, Audiard, Prévert, Hardellet, Boudard… Des indispensables.

Le dilettante (avec minuscule, pour mieux signaler l’humilité de cette maison qui s’est imposée dans le paysage par le biais d’un travail acharné de rééditions d’écrivains majeurs que les autres éditeurs croient mineurs…) a bien raison de remettre en librairie Robert Giraud, une sorte de frère de Prévert et de Doisneau. Chez Giraud, il y a le son et l’image. Le mot qui devient son. Ce champion des bistrots sait nous compter l’âme des troquets avec une verve digne de Fargue, Carco, Dimey et Boudard. Il voit et nous restitue le “fantastique sociale” si cher à Mc Orlan. Un “fantastique” accroché au comptoir comme du salpêtre. Dans sa préface instructrice, Olivier Bailly cite Louis Nucéra qui disait de Robert Giraud qu’il avait un style “où les mots de la rue sont sertis dans une écriture classique”. Bien vu ! C’est parfait… On ne peut pas mieux dire pour célèbrer cette prose de 1961 qui n’a pas une ride, rien de rien. Cela respire le Panane qu’on aime, celui des terrasses que des abrutis sanguinaires ont arrosé à la mitraillette. Mieux vaut que Giraud n’ait jamais vu ça. Dans l’univers de Giraud, on y boit et fume comme dans les films de Marcel Carné. On a l’impression que Gabin ou Aimos vont s’échapper des pages. On se moque complétement de l’histoire, y en-a-t-il une à part celle des hommes qui ricochent de bar en bar ? Giraud est un cousin de Blondin, un petit-fils de Cendrars.“On trinquait dur à ces périodes-là. C’était connu des hommes que celui qui se laissait manger par ses souvenirs était bientôt aussi inutilisable qu’un meuble dévoré par des termites” Il y a de la filiation dans l’air qui sent bon la sciure mouillée, celle qui collait aux semelles. Désormais, elle est interdite dans les lieux publics. Une mesure idiote d’un technocrate, sans doute un aveugle voyant, un cœur sec. Bien plus écrivain que toute la racaille moderne, Robert Giraud aimait mieux la vérité des rades que la tristesse des ministères où ça schlingue la mégalomanie, la suffisance et l’incompétence.

-La Petite Gamberge, Robert Giraud. Préface d’Olivier Bailly. Le dilettante, 175 p.,17 €

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