Simone de Beauvoir et les femmes, de Marie-Jo Bonnet (Albin Michel)

15.12.15

Permalink 18:52:37, Catégories: LITS ET RATURES  

Simone de Beauvoir et les femmes, de Marie-Jo Bonnet (Albin Michel)

Tous les jours on se rappelle qu’un imbécile malheureux a tué notre ami John Lennon.

Ce très bel essai aurait-il le retentissement qu’il mérite ? J’en doute. La gauche médiatique déteste qu’on écorne ses images Panini culturelles. De Beauvoir est une icône et donc une intouchable. Tout comme Marguerite Duras. Qui dit que l’auteur de L’Amant a écrit des âneries à propos d’un fait divers atroce ? Qui rappelle qu’elle a été au service des occupants pendant la Seconde Guerre mondiale quand elle était chargée d’accorder au nom le papier aux journaux et éditeurs ? Personne ou si peu. Il en va de même pour celle que Sartre appelait le Castor. Qui dit que «l’écrivaine» , comme ils disent, Beauvoir travaillait pour Radio-Vichy ? Qui dit qu’elle draguait certaines étudiantes qu’elle refilait ensuite à Jean-Sol Sartre ? Qui dit qu’elle était bisexuelle ? Personne ou presque, en dehors de Marie-Jo Bonnet dans son remarquable essai. On rappelle toujours la phrase du Deuxième sexe : « On ne nait pas femme on le devient ». Phrase sans aucune portée car on peut dire la même chose à propos des hommes. Et de tant autres : « On ne nait pas Français, on le devient » ; « On ne n’est pas Blanc ou Noir, on le devient » ; « On ne nait pas docteur, on le devient ». Ainsi de suite.
Simone de Beauvoir n’a donné à voir que la partie de sa personnalité qu’elle a contrôlé dans les médias. Elle a été déclaré flambeau du féminisme, assumant sa vie de créatrice, avec des livres mais sans faire d’enfant. A la vérité, il y avait une Beauvoir lesbienne qui aimait aussi s’abandonner dans les bras de Nelson Algren, son amant dans une aventure qui n’avait rien de platonique.
Le duo Sartre-Beauvoir était plus une association qu’un couple. Ils avaient choisi Paris-Match au détriment des Nouvelles Littéraires. Beauvoir usait de son autorité de professeur pour attirer des mineures dans son lit. Ces nouveaux biographes sont obligés de le reconnaître. Beauvoir se moquait de la vérité. Ce qui lui importait c’est que l’on croit à ce qu’elle écrivait. Cependant la grande bourgeoise n’a jamais levé le petit doigt pour aider la condition ouvrière. Son meilleur livre est un livre posthume : Cahiers de jeunesse, 1926-1938 (Gallimard, 2008). Là, elle ne triche pas : on sent bien le combat d’une jeune femme pour avoir le droit d’écrire. Elle ne triche pas parce qu’elle était inconnue. “La gloire est toxique, méfiez-vous” m’a toujours dit Emmanuel Berl.
Colette a beaucoup plus fait pour la condition féminine que de Beauvoir.

-Simone de Beauvoir et les femmes, Marie-Jo Bonnet. Albin Michel, 340 p., 22 €

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