La galaxie des "Saigneurs du sport" et autres bad boys panthéonisés par Pascal Paillardet

18.12.14

La galaxie des "Saigneurs du sport" et autres bad boys panthéonisés par Pascal Paillardet

Il y a ceux qui ont servi le football comme Best et ceux qui s’en servent comme tant d’intermittents du talent.

Pascal Paillardet doit être remercié rien que pour avoir mis à l’honneur Claudio Gentile, le défenseur italien champion du monde 1982. L’auteur l’a rangé dans la catégorie: “Faucheurs, débroussailleurs et tondeuses à gazon". On voit que Pascal Paillardet ne manque pas d’humour. Et de connaissance car sans Gentile, le football n’aurait pas ses acteurs de l’ombre qui sont indispensables aux équipes qui veulent gagner quelque chose. Gentile c’est le soldat inconnu dans toute sa splendeur. Blessé, il pouvait se relever et dézinguer encore une compagnie d’artilleurs. Tout ça pour vous dire que c’était le genre de gars qui savait ce que veut dire professionnalisme et amour du maillot. Ce joueur me fascinait par son charisme: dur sur l’homme, fier, courageux, intelligent, grand lecteur de jeu, un mur en béton coulissant. Quand je le voyais j’étais fier d’avoir des origines italiennes alors que lui en avait des libyennes.
Les saigneurs du sport, bad boys et têtes brûlées des terrains met en lumière des seconds rôles du sport et d’anciennes gloires, de tous les sports, pas que du football, c’est ce qui fait sa grande originalité : Tonya Harding (la puncheuse du patinage), Gavin Henson (le “Beckham du rugby gallois), Jody Cundy ("cycliste amputé de la jambe droite à l’âge de trois ans"), Bodin Issara (champion de badminton)… Il y a aussi des stars comme Lance Armstrong que tout le monde a mis plus bas que terre alors qu’il s’est dopé comme Coppi et Anquetil. On sait que dans les autres sports ce n’est pas non plus très clean. Pourquoi Anquetil a pu dire “mes fesses sont des écumoires” tant il se piquait sans qu’on retire son nom du palmarès ? Parce qu’il était Français. Et la “bomba’ (amphétamines) de Coppi ? Armstrong a fait passer le dopage à l’ère moderne. Le dopage fait partie du cyclisme comme la mort de la vie.
Etes-vous prêt à vous doper pour gagner le Tour ? Moi, non. Les champions sont des êtres à part. Je respecte infiniment Armstrong qui est revenu de la mort: il avait des métastases dans le cerveau! Il avait le droit de prendre des médicaments. Quand il était en course, on le lui permettait. Il a été contrôlé tant de fois sur la route du Tour et on l’a toujours laissé repartir le lendemain matin. Pourquoi ne l’a-t-on pas pincé dès sa première victoire dans la Grande Boucle ? Dès qu’il a arrêté sa carrière, on l’a “assassiné". Je me demande comment cet orgueilleux fait-il pour vivre alors qu’on lui a tout retiré ? Lui, drogué ? Non, c’est Maradona qui se droguait. Armstrong a juste utilisé la médicalisation comme tous les grands cyclistes de l’Histoire. On n’a pas inventé l’expression “charger la mule” pour rien. Et les premiers règlements du Tour de France stipulaient que les apports médicaux étaient à la charge des coureurs. Lance Armstrong a un mental d’exception. Je ne suis pas dupe de l’hypocrisie: quand on a des cas de dopage positif en L1 et L2 on n’inquiète pas les joueurs, on dit qu’il s’agissait de “contrôles expérimentaux". Un champion du monde de football français s’est fait pincer mais on a parlé de “vice de forme” dans la procédure. Ainsi de suite.
Le très bel album de Pascal Paillardet est celui d’une passion. Le jeune Paillardet reste un blessé de Séville. Il n’a jamais oublié la charge de Schumacher (Harald) sur Battiston lors de la 1/2 finale de la Coupe du Monde 1982. Ce soir-là, la France de Platini-Giresse-Tigana était la plus belle équipe de la terre. Il ne suffit pas d’être bon pour gagner, la preuve en reste la défaite des Français aux tirs au but de France 3-3 RFA. Les Allemands étaient plus violents, c’est tout.
Pascal Paillardet propose une prose où il entremêle très bien les faits, le récit journalistique, les propos recueillis les plus significatifs et les annotations personnelles. Sa galaxie comporte Maradona, Best et Cantona, trois noms qui brillent encore dans le cerveau de ceux qui connaissent vraiment le jeu. Quand je vois jouer Ribéry et Nani, je pense à Magnusson et à Waddle tant je n’embête! Aujourd’hui on paie des Solex au prix d’une Ferrari. Les joueurs au football quelconque ont de la chance de vivre en 2014. Je préfère un tâcheron comme Stiles, ex MU. Là on était en présence d’un vrai footballeur, pas une invention médiatique. Il y a des joueurs au grand palmarès qui ne m’ont jamais fait vibrer, par exemple Henry. Sa retraite ne me fait ni chaud ni froid. C’est un grand homme d’affaires. Chapeau ! Il a gagné des titres en équipe de France grâce à Zidane et au Barça grâce à Messi. A Arsenal ? Deux championnats en 8 saisons. Cantona n’a pas établi de record de buts mais il a gagné 5 championnats anglais avec deux clubs différents entre 1992 et 1997. Henry est un joueur de football simple messieurs. Cantona était un vrai footballeur collectif, il faisait jouer les autres. Pour en revenir au livre de Pascal Paillardet, on remarque l’absence de “Titi". Même sa main contre l’Irlande ne l’a pas fait entrer dans les Bad Boys. On ne se rappelle même plus de sa présence dans le bus de la honte 2010 ni de sa visite en catimini chez Sarkozy. Ce n’est pas un hasard s’il devient consultant en Angleterre. Là-bas on lui donne beaucoup d’argent parce que le football anglais est diffusé dans le monde entier tandis que la L1 est du niveau du championnat albanais. Vous enlevez Ibrahimovic au PSG, il reste qui ? Berbatov à Monaco. Ces deux joueurs sont à la retraite. Ils sont en France pour ramasser encore un peu de monnaie dans un championnat sans pression. Vous croyiez qu’il y a de la pression à la Turbie à part celle des jets d’eau pour arroser la pelouse ? La pression de la Turbie c’est quoi pour Berbatov qui a joué à MU ?
Cet album anti langue de bois est un hymne au sport qui n’a rien à voir avec les commentaires insipides à 90 % des chroniqueurs habituels.
Un constat: tous les athlètes du livre de Pascal Paillardet déraillaient parfois mais on se souvient d’eux. Leur train finissait par arriver. Les autres se sont perdus en route. On les a oubliés.

-Les saigneurs du sport, bad boys et têtes brûlées des terrains, de Pascal Paillardet. Huginn & Muninn, 216 p., 39,95 €

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