Poèmes français, de Fernando Pessoa (La Différence)

27.09.14

Permalink 23:26:53, Catégories: LITS ET RATURES, GRAND MONSIEUR  

Poèmes français, de Fernando Pessoa (La Différence)

Très fine vidéo qui incarne bien Pessoa et son double qu’il a créé à l’infini. Le mot génie convient à Pessoa.

Le livre est dédié : « In Memoriam Joaquim Vital et Robert Bréchon ». Mort en 2010, Joaquim Vital était le cofondateur des éditions La Différence. Traducteur de Fernando Pessoa, il classait les éditeurs en trois catégories : « ceux qui publient les livres qu’ils aiment ; ceux qui aiment les livres qu’ils publient ; ceux qui n’aiment pas les livres - et qui ne sont pas des éditeurs.» Dans ce trait d’esprit, il se classait dans la première et la seconde catégorie qui n’en forment qu’une ! Mort en 2012, Robert Bréchon a dirigé l’édition des œuvres de Fernando Pessoa chez Christian Bourgois pour lequel il écrivit une biographie de l’immense poète.
Fernando Pessoa (1888-1935) a écrit sous différentes identités, en créant chaque fois un caractère différent et surtout une langue différente. Il écrivait en portugais, anglais et français. Dans les années 1906-1908, il a beaucoup utilisé le français. Cela est très impressionnant de prendre un livre de Pessoa en remarquant d’emblée qu’il n’y a pas de traduction. Nous avons droit à du Pessoa par Pessoa. Ses premiers poèmes en français forment la fondation de sa galaxie d’hétéronymes ; c’est-à-dire des pseudonymes si vous n’avez jamais lu Pessoa. Je précise que son nom signifie « une personne » et non pas « personne », je veux dire « rien » comme on le croit trop souvent. Pessoa est né la même année que ma grand-mère paternelle. J’aurais pu le connaître mais sa vie fut plus brève que celle de ma grand-mère devenue presque centenaire. J’ai cependant connu quelqu’un qui l’a connu : Philippe Soupault. Je suis donc l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ! Je dis ça pour rendre vivant Pessoa. A force de parler de Balzac ou Hugo, on finit par oublier qu’ils ont vraiment existé. Il ne s’agit pas de statue de granit. Dans les écrits de Pessoa on attend son cœur battre tant il écrivait sans tricher.

«Bateau qui passe dans la nuit/ Quand la lune chasse le bruit. »
«Rien n’est ; tout passe. »
«Mon cœur est une pauvre miette/ De quelque chose de grand. »
«Avant vivre j’étais, bien que je n’étais pas. »
«Mama, maman/ Tout petit enfant/ Devenu grand/ N’en est que plus triste/ Maman, Maman/ Tu me manques tant. »
Voici quelques extraits de Pessoa, version française. Des vibrations intactes qui ont cent ans ou presque.
Et encore:
«Vous êtes belle : on vous adore. Vous êtes jeune : on vous sourit. »

Dans tout ce recueil, un mot domine : Rêve.
Ce qu’a écrit Pessoa est universel. Que l’on soit noir ou blanc, Chinois ou Russe, ainsi de suite cela fonctionne.
Il aurait pu vivre en 1244 ou en 723, cela n’y aurait rien changé. En 4450 cela se poursuivra, à moins que le monde ne soit plus qu’un repaire de robots.
Il parle de la vie, de la mort, du présent, du passé, et surtout de ce que l’on a au fond du cœur ou au fond de l’âme, c’est la même chose.
On peut lire une phrase de Pessoa est s’arrêter dessus un moment.
On se dit: “C’est vrai ce qu’il dit” ou “Que veut-il dire ? Ah ! oui, j’ai déjà pensé à ça…”
Mieux qu’un livre, c’est un homme de chevet. Un ami qui ne nous laisse jamais tomber.
On soulève la couverture de ses livres comme le marbre du tombeau. Y a quelqu’un dedans ?
-Oui, oui, c’est moi Fernando !
J’étais ami avec Antonio Tabucchi qui était la survivance de Pessoa, en version italienne. Il aimait tellement Pessoa qu’il a appris le portugais pour écrire dans la langue de son devancier.
Quand je parlais avec Tabucchi, Pessoa flottait entre nous.
Si vous n’aimez pas les grands esprits ne lisez pas Pessoa.

-Poèmes français, de Fernando Pessoa. Edition établie et annotée par Patricio Ferrari avec la collaboration de Patrick Quillier. Préface de Patrick Quillier. La Différence, 413 p., 29 €

[Post dédié à Armand Guibert]

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: HAULOTTE Anne [Visiteur] Email
Pessoa c'est aussi la sensibilité et la peur de vivre dans un monde qui pour lui sans doute n'était pas fait pour lui.

Il ne faut surtout pas expliquer à une personne qui ne l'a pas encore lu.. qu'un hétéronyme est comme un pseudonyme.

Ce sont justement ces personnages qui ont leur vie propre qui font de lui un homme génial.

Et il réveille en nous ou pose le doigt bien involontairement nos angoisses profondes.

En dehors du poète.. c'est aussi le romancier quoique c'est difficile de lui donner ce titre avec 'l'heure du Diable" où finalement on a l'impression que ce dernier est simplement une victime et l'homme le monstre.
PermalinkPermalien 14.06.16 @ 10:52

Laisser un commentaire:

Votre adresse email ne sera pas affichée sur ce site.
Votre URL sera affichée.

Balises XHTML autorisées: <p, ul, ol, li, dl, dt, dd, address, blockquote, ins, del, span, bdo, br, em, strong, dfn, code, samp, kdb, var, cite, abbr, acronym, q, sub, sup, tt, i, b, big, small>
(Les retours à la ligne deviennent des <br />)
(Sauver le nom, l'email et l'url dans des cookies.)
(Autoriser les utilisateurs à vous contacter par un formulaire de message (votre adresse email ne sera PAS révellée.))

Novembre 2020
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            

Le blog de Bernard Morlino

Rechercher

powered by b2evolution free blog software