Hommage à François Truffaut, à Charles Denner, à Suzanne Schiffman, à Antoine Duhamel (Librio, Flammarion, Cinémathéque française)

12.09.14

Hommage à François Truffaut, à Charles Denner, à Suzanne Schiffman, à Antoine Duhamel (Librio, Flammarion, Cinémathéque française)

Alors que je me préparais à célébrer une fois de plus François Truffaut, j’apprends la mort d’Antoine Duhamel (1925-2014), le grand compositeur associé à la Nouvelle Vague, expression trouvée par François Giroud.

« Nous avons écrit, Suzanne Schiffman, Michel Fermaud et moi, le scénario de L’homme qui aimait les femmes, à l’intention de Charles Denner et par admiration pour lui », dixit François Truffaut. Le regretté comédien a eu de la chance d’être servi de la sorte par cet excellent trio.
Le film de 1977 est un film culte. Le film d’une génération. Le cinéroman est de nouveau disponible. C’est l’histoire de l’écrivain Bertrand Morane, grand amoureux qui laisse libre cours à ses pulsions vers la gente féminine. C’est le moins que l’on puisse dire.
Au début du livre, je tombe sur : « Bertrand aurait apprécié le spectacle de son propre enterrement… »
J’étais présent à celui de Truffaut.
J’avais l’impression d’être dans l’un de ses films tant ses comédiens et comédiennes étaient présents. Il y avait beaucoup de monde sur le pont de Caulaincourt. A la fin, je suis resté seul à seul face à son tombeau.
Truffaut incarne la France dans toute sa splendeur. L’esprit français, à la fois grave, profond et primesautier. Il y a la mort partout dans son œuvre. La mort des sentiments.
« Ni avec, ni sans » fait-il dire à l’un de ses personnages. La série des Antoine Doinel reste un temps fort du cinéma mondial. Truffaut avait beaucoup souffert dans son enfance. On sent cette angoisse dans ses films, une angoisse du temps qui passe, de l’impossibilité de pouvoir choisir quand il est devant quatre sentiers. Pourquoi celui-là et pas les trois autres ? Il aurait voulu aller dans les quatre directions, poussé par l’appétit de vivre.
A force d’avoir peur de rater quelque chose, on peut rater l’essentiel. Parfois sa vie se joue comme à la roulette russe.
Quand Jean-Pierre Léaud dit « Monsieur » à Delphine Seyrig on atteint le sublime. Truffaut n’était pas un faiseur mais un artiste sincère. Il savait de quoi il parlait.
Truffaut était très intelligent. C’était un grand lecteur. Un autodidacte comme je les aime. Intelligent et sensible, l’un ne va pas sans l’autre. Il savait placer la caméra et diriger. La nuit américaine est du niveau de Lubitsch. Sa filmographie est grandiose. Capable de faire Le Dernier métro ,La chambre verte et La peau douce.
Il a vécu aussi vite qu’il parlait : un débit de mitraillette. J’ai sa voix dans l’oreille. Il a passé sa vie à travailler comme s’il était certain de mourir jeune. Il a tourné au moins 5 très grands films. C’est beaucoup.
Il connaissait le cinéma par cœur. On peut lire des articles, lire et relire. Par exemple, il salue La traversée de Paris de Claude Autant-Lara alors qu’il n’aimait pas ses anciens films tellement empesés. Relire Truffaut nous permet de retomber sur :
-«Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde, lui donnant son équilibre et son harmonie.» Je cite de mémoire. Ce Truffaut-là c’est mon préféré, celui qui enfant allait chaparder les photos de film à l’entrée des cinémas. Un peu de poussière d’étoiles pour supporter le réel.
Dans ses films, les adultes fabriquent souvent des jouets. Denner, Truffaut, deux amis qui restent avec nous. Duhamel aussi. Je suis une nécropole ambulante.

-Les films de ma vie, de François Truffaut. Préface d’Emmanuel Burdeau. Champs/ Flammarion
-Le plaisir des yeux, de F. Truffaut. Champs/ Flammarion
-L’homme qui aimait les femmes, de F. Truffaut. Librio, 90 p., 3 €
Exposition François Truffaut, Cinémathèque française, du 8 octobre 2014 au 25 janvier 2015.

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